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De la politique

[p.1] De la politique

Il est inutille d’attaquer directement la politique en faisant voir combien elle repugne a la moralle a la raison a la justice ces sortes de discours persuadent tout le monde et ne touchent persone, la politique subsistera toujours pendant qu’il y aura des passions independantes du joug des loix je croy qu’il vaut mieux prendre une voye detournée et chercher a en degouter les un peu les grands par la consideration du peu d’utilité qu’ils en retirent 1 . Je pourray la decrediteray ensuitte encore davantage en faisant voir que ceux qui ont acquis le plus de reputation par elle ont abusé de l’esprit du peuple d’une maniere grossiere 2 .

[p.2] La plus part des effets 3 arrivent par des voyes si singulieres ou dependent de causes si imperceptibles et si eloignées qu’on ne peut guere les prevoir 4

On peut de plus poser pour maxime generalle 5 que toutte revolution prevüe n’arrivera jamais car si un grand politique n’a pas affaire a des gens si habilles que lui il n’a pas affaire non plus a de si grandes bettes qu’elles voyent les malheurs prets a tomber sans les conjurer.

La verité de ceci sera reconüe par tout le monde et si chacun veut rapeller sa memoire il trouvera que presque touttes les choses qu’il a vu dans sa vie generallement prævües ne sont point arrivées.

Que si d’un autre coté on consulte [p.3] les histoires on ne trouvera par tout que de grands evenemens imprevus

Lors qu’Henri huit eut detruit dans ses estats la relligion qui reconoit un chef visible 6 il crut |n’|avoir |fait que| secoüé|r| un joug qui s’estoit appesanti par preference sur l’Angleterre 7 [.] devenu lui meme chef de l’eglise qu’il avoit faitte 8 dispensateur des depouilles de l’ancienne 9 il n’y eut personne qui ne pensat que sa puissance estoit augmentée, non[,] des que les esprits autrefois reprimés se virent en liberté ils donnerent dans le phanatisme et l’entousiasme 10 bientost ils ne reconnurent plus de puissance et s’indignerent contre les loix meme 11 , un reste du ton 12 ancien se meintint un peu sous les trois enfans d’Henri huit mais [p.4] Jaques premier ne trouva plus que le fantome de la royaute 13 Charles premier fut porté sur un echafaut je tais touts les malheurs qui ont suivi 14 .

Qui auroit dit aux huguenots 15 qui venoint avec une armée conduire Henri quatre sur le throne que leur secte 16 seroit abatüe par son fils et aneantie par son petit fils 17  [?] leur ruine totale estoit liée a des accidens qu’ils ne pouvoint pas prevoir.

Qui auroit dit au grand Gustave qu’il estoit destiné a de si grandes choses, ce prince qui n’avoit rien pour lui que son courage roy d’une nation eloignée pauvre et [p.5] qui sortant de l’esclavage des Danois n’avoit aucune reputation dans l’Europe 18 , s’offroit come un aventurier a touts les princes 19 , et son aliance estoit meprisée touttes les fois qu’elle estoit offerte 20 , mais personne ne la negligea plus que le cardinal de Richelieu meme jusqu’a ce qu’enfin le hazart l’importunité le desespoir la lui firent accepter 21 [.] Gustave descend 22 en Allemagne avec quatre mille homes et |toutte| l’Europe changea de face 23 .

Quelle politique auroit pu garantir Heraclius et les derniers rois des Perses des malheurs qui devoint leur arriver [?] ces princes que leur grandeur rendoit rivaux ne songoint qu’a se tromper [p.6] et a prendre l’un sur l’autre quelques avantages 24 , Mahomet habitant d’une ville dont ces princes ignoroint peut estre le nom, s’avise de precher il rassemble quelques gens, son sistheme fait fortune va bien et dans quatre ans de temps ses successeurs detruisent touttes les armées d’Heraclius renversent le throne des Perses 25 passent dans touttes les parties du monde et devorent presque toute la terre 26

J’avoue que je ne voy pas ou menent les princes ces rafinemens que l’on vente tant ; et s’il faut des exemples je ne scai quel parti ont tiré de leur esprit, les quatre plus grands politiques de ces derniers temps Loüis onze Sforce [p.7] Sixte Quint Philipe second je vois Louis unze pret a abandoner son royaume pour se refugier en Italie 27 je le voy prisonier du duc de Bourgogne contreint d’aller detruire lui mesme ses aliés manquer ensuitte par une faute a jamais irreparable la succession de Bourgogne 28 je voy le duc de Milan mourir dans une prison 29 Sixte perdre l’Angleterre 30 Philipe les Pais Bas 31 , et manquer malgré tant de conjonctures favorables la destruction de la monarchie francoise |touts deux par des fautes que des gens plus mediocres n’auroint pas comis je vois enfin ce dernier manquer de la meme maniere malgré tant| de conjonctures favorables la destruction de la monarchie francoise 32 . Louis quatorze n’a t il pas autant fatigué l’Europe que touts les grands [p.8] politiques dont on parle tant.

La prudence humeine se reduit a bien peu de chose dans la plus part des occasions il est inutille de deliberer parce que quelque parti que l’on prene dans les cas ou les grands inconveniens ne se presentent pas d’abort a l’esprit ils sont touts bons

Rapellons nous ce que nous avons vu dans |un certein gouvernement| la minorité d’un grand prince de l’Europe 33 , on peut dire qu’il n’y eut jamais de gouvernement plus singulier et que l’extraordinaire y a regné depuis le premier jour jusqu’au dernier 34 , que quelqu’un qui auroit fait le contraire de ce [p.9] qui a esté fait qui au lieu de chaque resolution prise auroit pris la resolution contraire n’auroit pas laissé de finir sa regence aussi hureusement que celle la a fini [;] que si tour a tour cinquante autres princes avoint pris le gouvernement et s’estoint conduits chacun a leur mode, ils auroint de meme fini cette regence heureusement 35 et que les esprits les choses les situations les interets respectif[s] estoint dans un tel estat que cet effet en devoit resulter quelque cause quelque puissance qui agist

Dans toutes les societés qui ne sont qu’une union d’esprits il se forme [p.10] un esprit |ton| et un caractere comun cette ame universelle 36 prend une maniere de penser qui est l’effet d’une chene de causes infinies qui se multiplient et se combinent de siecle en siecle, des que le ton est donné des qu’il est recu |et recu| c’est lui seul qui gouverne, et tout ce que le souverein les magistrats les peuples peuvent faire ou immaginer soit qu’il paroissent choquer le ton ou le suivre vient enfin a s’y raporter|e| toujours et il |il| domine jusques a la totale destruction

L’esprit d’obeissance est generallement |une fois est generalement| repandu chez les Francois de la |dans un estat icy 37 [,] de la| [p.11] les princes sont plus dispensés d’estre habiles cet esprit gouverne pour eux et quelque chose qu’ils fassent de mal d’equivoque de bien ils iront toujours au meme but 38 .

{Que si le ton se perd et se détruit c’est toujours par des voyes singulières et que l’on ne peut pas prevoir, elle dependent de causes si eloignées que toutte autre sembleroit devoir estre aussi capable d’operer |d’agir| qu’elles ou bien c’est un petit effet caché sous une grande cause qui produit d’autres grands effets qui frapent tout le monde pendant qu’elle garde celui cy pour le faire paroitre |fermenter| quelquefois trois siècles apres}

[p.12] L|C|e ton estoit tel sous Charles premier que de quelque maniere qu’il se conduisit sa perte estoit assuree l’affoiblissement de sa puissance estoit assuré, il n’y avoit point de prudence contre un antousiasme pareil et contre une ivresse |si| universelle

Si ce roy n’avoit pas choqué ses sujets d’une maniere il les auroit choqués d’une autre, il estoit destiné dans l’ordre des causes qu’il auroit tort 39

Si un ton donné se perd et se detruit c’est toujours par des voyes singulieres et qu’on ne peut pas prevoir elles dependent de causes si eloignées que toutte autre [p.13] sembleroit devoir estre aussi capable d’agir qu’elles ou bien c’est un petit effet caché sous une grande cause qui produit d’autres grands effets qui frapent tout le monde pendant qu’elle garde celui cy pour le faire fermenter quelquefois trois siecles apres

On peut aisement conclure de tout ce que nous venons de dire qu’une conduitte simple et naturelle peut aussi bien conduire au but du gouvernement qu’une conduite plus detournée

Rarement les grands politiques conoissent ils les homes 40 come ils ont des vües fines et adroites ils croyent que touts les autres homes [p.14] les ont de meme, mais il s’en faut bien que touts les homes soyent fins ils agissent au contraire presque toujours par caprice ou par passion ou agissent simplement pour agir et |o| pour qu’on ne dise point qu’ils n’agissent pas

Les grands politiques ont une chose 41 c’est que leur reputation leur est funeste |fait tort| on est degouté 42 de traiter avec eux par la raison seule qu’ils excellent dans leur art ainsi ils se trouvent privés de touttes les conventions qu’une probité reciproque peut engager de faire.

Dans les negotiations que la [p.15] France fit faire apres la minorité de Louis 14 pour engager |porter| quelques princes a se declarer contre l’empereur en cas qu’il violat le traité de Vestphalie 43 , nos embassadeurs eurent ordre de traiter par preference avec les ducs de Brunsvik 44 et de leur accorder plus d’avantages qu’a d’autres a cause de la reputation qu’ils avoint d’une grande propbité.

Un fourbe a cela de bon qu’il fait sans cesse l’eloge de la franchise car il veut qu’avec lui fripon touts les autres soyent honettes gens.

D’ailleurs les grands politiques voyent trop de choses et souvent [p.16] il vaudroit mieux n’en pas voir assés que d’en voir trop. Dans les traités qu’ils font ils multiplient trop les clauses ils donnent la torture a leur immagination pour prevoir touts les cas qui pourront arriver ils croyent qu’en mettant articles sur articles ils previendront touttes les disputtes et touttes les froideurs ce qui est tres ridicule car plus vous multipliés les conventions plus vous multipliés les sujets de disputte 45

|Plus il y a|

Vous prevoyés une chose qui pourra arriver et n’arrivera pas vous en faittes une clause inutile de votre traité |sur cette idée vous mettes une clause a votre traité| une partie voudra y renoncer l’autre partie ne le voudra pas parce qu’elle veut profiter de l’advantage qu’elle y trouve [p.17] une circonstance pareille fut la cause de la froideur qui reig regna entre la France et la Suede au comencement du regne de Louis quatorze 46 .

On voit aussi que ces politiques qui ont la maladie de vouloir toujours negotier ne sont point habilles quoy qu’ils ayent fait traités sur traites car come les conditions sont toujours reciproques un traité inutile est toujours onereux 47 .

Il est tres facille a ceux qui se sont fait une reputation dans les affaires d’en imposer au peuple, come on s’immagine que leur teste ne doit estre remplie que de traites de [p.18] deliberations et de projets on leur tient conte de touttes les actions comunes [:] quoy dit on cet home a toutte sa quadruple aliance 48 dans la teste et il badine et il jure come moy oh la belle chose

J’ay oui |souvent| venter l’action du cardinal a de Richelieu qui voulant faire toucher deux milions en Allemagne fait venir un Alleman a Paris envoit les deux millions ches un home a lui avec ordre de les donner sans recu a un home sans nom habillé et fait d’une telle maniere coment ne voit on pas la dedans une affectation ridicule 49  [?] qui 50 avoit il de plus simple que d’envoyer de bones lettres de change avec sans embarrasser cet Alleman avec |d’une| [p.19] si grosse some qui pouvoit l’exposer infiniment, ou s’il vouloit les donner a Paris et qu’il creignit que le s que ne les donnoit il pas lui meme

Ce ministre qui achettoit des comedies pour passer pour bon poete 51 et qui vouloit se donner a toutte force de meritte |vouloit se donner| cherchoit a excroquer toutte sorte de meritte se donnoit sans tourmentoit sans cesse pour surprendre une nouvelle estime 52 [.] voicy une autre fanfaronade

Un home a |en| qui il avoit confiance estant resté dans son cabinet pendant qu’il en sortit pour accompagner quelqu’un le cardinal se ressouvint qu’il avoit |qu’il| pouvoit avoir lu des papiers d’importance qui estoint sur sa table [p.20] il fit sur le chan une lettre qu’il lui donna a porter au gouverneur de la Bastille par laquelle le gouverneur avoit ordre de le retenir un mois temps auquel le secret devoit expirer ce qui fut fait et le mois passé le prisonier sortit avec une grande recompanse 53 . Pure fanfaronade præparée et immaginée |menagée| a loisir et meme sans beaucoup de jugement premeir premierement on ne recoit point plusieurs persones dans un cabinet ou il y a des papiers de cette importance, les gens prudens ecrivent des lettres de cette nature en chiffre enfin il y avoit mille moyens moins fastueux pour reparer cette faute grossiere mais [p.21] mais on vouloit du bruit et estre un grand ministre a quelque prix que ce fut.

Lises les lettres du cardinal Mazarin au sujet de ses negotiations avec don Loüis de Haro 54 et vous verrés un grand charlatan vous diriés que don Louis n’avoit pas le sans comun et que le cardinal negotioit avec un singe.

On dit 55 que Mr de Louvois voulant faire une expedition en Flandres envoya un paquet a l’intendant avec deffenses de l’ouvrir que quand il en [p.22] recevroit les ordres il s’agissoit de faire marcher des troupes dispersées de touts cotés et ce paquet renfermoit des ordres pour touts les gens subordonés a l’intendant pour l’execution de ce projet affin que l’intendant n’ut qu’a signer et que les comis ne revelassent point son secret cela est sel pitoyable, ce paquet qui resta pendant quinze jours dans des mains etrangeres n’exposoit il pas son secret [?] que servoit il la qu’a irriter la curiosité. |D’ailleurs| les secretaires du ministre ne pouvoint ils pas estre infidelles come ceux de l’intendant [p.23] le temps de deux heures qu’il falloit pour ecrire les ordres estoit il suffisant a ces secretaires pour reveler le secret d’une expedition [?] il y a souvent plus de petitesse d’esprit a affecter des precautions inutiles qu’a n’en prendre pas asses.

J’ay oui des gens venter un ministre b qui avoit la vanité d’aimer mieux dicter tout de travers a trois secretaires que de dicter bien a un 56

Le meme ministre estoit si affairé 57 qu’il donnoit audience a une a deux a trois heures apres minuit[.] ces choses la ne m’imposent point je scay que le grand vizir a lui [p.24] lui seul le gouvernement politique civil et militaire d’un empire de douze cens lieues de pais et qu’il ne laisse pas d’avoir de se divertir tout come un autre |a du temps de reste|

J’ay vu des gens passer pour de grands homes parce qu’ils avoint scu dire a un jeune home de la cour le lieu ou il avoit soupé la veille c 58 et il n’y a persone qui ne l’eut scu tout come eux s’il avoit pu par la se faire valoir il ne faloit pour cela qu’un laquay gris 59 .

Nous avons vu de nos jours un autre ministre qui n’avoit jamais d un seul papier sur son bureau [p.25] et qui n’en lisoit jamais aucun si|l| le avoit reussi dans ses principeaux projets on l’auroit regardé come une intelligence 60 qui gouvernoit un estat a la maniere des esprits 61 .

––––––––––––

Quand au merite que les ministres croyent avoir du secret en matiere d’affaires d’estat coment pourroint ils le violer ils ne peuvent parler sans faire voir une sotise insigne qui pourroit auroit la sotise de les interroger coment auroint ils celle de repondre la vanité leur donne un air de mistere qui leur conserve leur secret e 62

[p.26] Teucidides disoit que les genies mediocres estoint les plus propres au gouvernement 63 il faut comencer par la 64

Ce sont |C’est 65 l’invention| l|d|es postes qui ont pro a produit la politique 66

 

[p.27] 67 Des princes

|Les princes les plus |moins| belliqueux ont esté les plus politiques|

Je trouve que nous avons perdu de ce que les princes ne vont plus a la guerre. Il s’est formé de la une autre talant pour les princes qu’ils ont mis en usage chacun voulant se signaler dans son estat c’est une politique raffinée qui consiste a se tromper les uns les autres l’experiance nous ayant fait conoitre que les princes qui ont le plus gardé leur cabinet ont este les plus fourbes parce qu’ils ont fait consister leur merite personel en une politique raffinée au lieu de le mettre en franchise et courage 68

[p.28] Je trouve dans notre histoire deux actions d’une grande probité 69

Celle de Louis le jeune qui repudiant Eleo Alienor lui rendit sa duché de Guienne 70 celle de St Louis qui rendit la meme duché aux Anglois de son propre mouvement croyant qu’il des qu’il fut persuadé qu’il la detenoit injustement 71

On a peu loué ces deux actions quoy qu’elles soyent dignes d’une gloire immortelle

François premier prisonier

Si l’on a si fort loué l’action de Regulus on ne scauroit guere louer celle de Francois premier [qui prisonier] de Charles Quint ayant cedé 72

[p.29] 73 On juge mal des choses il y a souvent autant de politique employée pour obtenir un petit benefice que pour obtenir la papauté autant de causes y concourent autant d’obstacles a prevoir et a rompre, mais come

[p.30] J’ay vu dans le meme temps deux ministres remplir toute l’Europe de leur nom et tomber 3 mois apres 74 [.] il n’est rien de si facile a un home qui est dans de certeines places que d’etoner par un grand projet il y a du faux a cela ce n’est pas les moyens qui doivent estre brillans c’est la fin la vraye politique est d’y parvenir par des routes obscures 75




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Voir ce que j’ay mis dans |sur| les Romains

a Voy l’Art de regner du P. Le Moine

b D’Argenson

c Le Blanc

d Las

e Voy

Annotations réduire la fenêtre detacher la fenêtre

1 Cf. Bibliothèque française, p. 241 : « Comme rien ne choque plus la Justice que ce qu’on appelle ordinairement la Politique, cette Science de ruse & d’artifice, l’Auteur dans le Chap. 13. la décrie d’une façon plus utile, que s’il en prouvoit l’injustice. Il en montre l’inutilité. I. Par la raison ».

2 Cela pourrait distinguer une deuxième partie qui commencerait en bas de la page 17 ; mais le plan est loin d’être net (voir Introduction, « Entre Des princes, Réflexions sur le caractère de quelques princes et Traité des devoirs »).

3 Cf. Bibliothèque française, p. 241 (suite) : « La plûpart des effets, selon lui, arrivent par des voyes si singulieres, & dépendent de causes si imperceptibles, ou si éloignées, qu’on ne peut les prévoir. La Politique par consequent n’a pas lieu à l’égard de cette espèce d’évenemens ».

4 Formule retenue dans l’extrait du Traité des devoirs de la Bibliothèque française, que nous plaçons par commodité dans la section « variantes ». De la note marginale rien n’apparaît dans les Romains (ni dans la Monarchie universelle à laquelle Montesquieu renvoie parfois avec le titre « Romains » : voir Pensées, nos 271, 300, 562) ; il faut donc sans doute plutôt comprendre qu’il souhaite comparer cette remarque à l’idée-force des Romains (et de toute son œuvre ultérieure) : rien n’arrive qui ne soit l’effet de causes profondes. La mention des Romains indique que la relecture est postérieure à 1734. Sur l’importance de la notion de prévision, voir Introduction.

5 Cf. Bibliothèque française, p. 241-242 (suite) : « Elle est inutile encore sur les évenemens prévûs, parce que toute Révolution prévuë n’arrive presque jamais. L’Auteur parcourt ensuitte les plus grands Evénemens de l’Histoire. Il prouve qu’ils n’ont pû être ni préparés, ni évités ».

6 « Le Pape est le chef visible de l’Église » (Académie, 1762).

7 Henri VIII est constamment dépeint par Montesquieu sous les couleurs les plus noires (voir notamment Pensées, nº 373) ; aucune allusion n’est faite au motif généralement invoqué de la rupture avec Rome, le refus du pape d’annuler le mariage du roi avec Catherine d’Aragon.

8 Par l’Acte de suprématie (1534), Henri VIII se déclare « chef unique et suprême de l’Église d’Angleterre », auquel chaque sujet du royaume doit déclarer fidélité.

9 Grâce à la confiscation des immenses propriétés foncières des ordres religieux, qu’Henri VIII avait dissous à partir de 1534.

10 Cf. la note de régie des Réflexions sur le caractère de quelques princes , qui pourrait concerner le présent passage : « Voir si je ne pourray pas mettre la l’entousiasme » (p. 60). L’Angleterre apparaît traditionnellement aux Français comme un pays troublé et agité, après deux révolutions en un demi-siècle : voir EL, III, 3, où sont évoqués « les efforts impuissans des Anglois pour établir parmi eux la Démocratie. Comme […] l’esprit d’une faction n’étoit réprimé que par l’esprit d’une autre ; le Gouvernement changeoit sans cesse ; le Peuple étonné cherchoit la Démocratie, & ne la trouvoit nulle part. Enfin, après bien des mouvemens, des chocs & des secousses, il fallut se reposer dans le Gouvernement même qu’on avoit proscrit ». Cf. par opposition « l’esprit d’obeissance » des Français.

11 Allusion à l’Acte des six articles (1539), qui autorisa les persécutions contre les protestants ? On peut aussi penser aux mouvements de révolte (dans le Lincolnshire et le Yorkshire) qui suivirent l’abolition des monastères.

12 Sur cette notion importante, voir ci-après (« caractere comun »). Dans les Pensées (nº 1656), le règne de Marie Tudor sera placé sous le signe des disputes religieuses ; mais ces trois règnes (Édouard VI, Marie, Élisabeth Ire) n’en permettent pas moins de maintenir intacte l’autorité royale.

13 Jacques Ier se heurta au Parlement, alors qu’il considérait le pouvoir royal comme relevant du droit divin (voir son Apologia pro juramento fidelitatis [Apologie pour le serment de fidélité], 1609 ; Catalogue, nº 545). Même idée (avant 1739) dans les Pensées, nº 1302, f. 158: « Le roi Jacques avoit succedé aux etats d’Elizabeth et non pas à son authorité. De la dignité sans force un grand nom sans pouvoir. Ce qui fait la plus triste condition qui soit au monde. Elizabet fut le dernier monarque de l’Angleterre ».

14 Dans les Réflexions sur le caractère de quelques princes , c’est l’exécution de Charles Ier (1649) qui apparaît comme un événement indicible (« Le dernier crime… » ; sur ce prince, voir ci-après) ; ici ce sont « les efforts impuissans des Anglois » (voir ci-dessus note « Cf. la note de régie… »).

15 Cf. Bibliothèque française, p. 242 (suite) : « Qui auroit dit, par exemple aux Huguenots qui venoient avec une Armée conduire Henry IV. sur le Trone, que leur Secte seroit abbatuë par son Fils, & anéantie par son petit Fils. Leur ruïne totale étoit liée à des accidens qu’ils ne pouvoient pas prévoir ».

16 « En matière de Religion, Secte, s’entend d’Une opinion hérétique ou erronée », mais le mot peut avoir un sens neutre : « Nom collectif, qui se dit De plusieurs personnes qui suivent les mêmes opinions, qui font profession d’une même doctrine » (Académie, 1762, pour les deux définitions) : Montesquieu ne peut guère l’employer qu’en ce dernier sens.

17 De 1620 à 1629, Louis XIII pratique une politique de « reconquête » des places fortes protestantes, conclue par la paix d’Alès, qui laisse aux protestants la liberté de conscience mais leur retire toute autorité politique en supprimant leurs assemblées. La révocation de l’édit de Nantes en 1685 était dénoncée dès les Lettres persanes (Lettres 57, 58 et 83) ; pour une interprétation plus subtile (l’édit de Nantes lui-même, en 1598, a causé la ruine des protestants, en leur ôtant l’esprit qui les galvanisait), voir les Réflexions sur le caractère de quelques princes . Une formulation plus concise dans les Pensées, nº 20 (avant 1734).

18 Une même couronne unissait Danemark, Suède et Norvège depuis le règne de Marguerite de Danemark et l’union de Calmar (1395 selon Vertot, Histoire des révolutions de Suède, 1722, t. I, p. 36 ; Catalogue, nº 3212) ; mais la Suède avait ainsi perdu une liberté qu’elle ne recouvra qu’avec Gustave Ier Vasa (1496-1560), « administrateur » puis roi de Suède (1523 ; Vertot, t. II). Gustave II Adolphe (1594-1632), devenu roi à seize ans, poursuivit victorieusement la guerre contre la Russie et le Danemark avant de s’imposer en Pologne (1626) et de conquérir les pays baltes (1630). L’essor économique du pays au XVIIe siècle est notamment dû à la création de villes comme Göteborg (1619), qui devint rapidement un port commercial important.

19 Même leçon dans les Pensées, nº 7 : « Ce sont toujours les avanturiers qui font de grandes choses et non pas les souvereins des grands empires » ; dans les Pensées, nº 747, ces « grandes choses » sont de « grandes conquetes ».

20 Durant la guerre de Trente Ans, après avoir profité de l’alliance avec la Suède (alliance de Stockholm, du 28 avril 1628), Christian IV, roi de Danemark, se tourna vers une paix séparée avec le Saint Empire (1629).

21 Par le traité de Bärwalde (1631), la France versait des subsides à la Suède pour qu’elle intervienne contre l’Empereur, en préservant – en principe – les catholiques.

22 Descendre, « Faire une irruption à main armée par mer » (Académie, 1762).

23 Gustave Adolphe s’était attaqué au Saint Empire catholique en envahissant la Poméranie, le Mecklembourg et le Brandebourg. Il remporta sur les impériaux la bataille de Breitenfeld (1631), apparaissant comme l’élément-clé d’une union protestante à venir, mais il fut tué à la bataille de Lützen (Bavière) en 1632. Selon l’article III du traité de Bärwalde, Gustave Adolphe s’engageait à entretenir en Allemagne une armée de trente mille hommes de pied et six mille chevaux (Recueil des traités de paix, Amsterdam, Boom, et La Haye, Moetjens et Van Bulderen, t. III, 1700, p. 312a). On peut considérer que les succès suédois n’eurent pas immédiatement des conséquences si lourdes sur la guerre de Trente Ans, la mort du roi en 1632 privant d’un chef le camp protestant ; mais Montesquieu reprend une tradition historiographique : Gustave « ébranla la couronne de Dannemarc, celle de Pologne, & celle de l’Empire d’Allemagne ; et s’il eut vescu davantage, il eut fait tomber la derniere entre ses mains » (Jean Le Royer, sieur de Prade, L’Histoire de Gustave Adolphe dit le Grand, et de Charles Gustave, comte palatin, rois de Suède, Paris, Hortemels, 1686, Épître). On a pu aussi considérer qu’il contribua à renouveler l’art de la guerre, ce dont le Grand Condé sut s’inspirer.

24 Héraclius Ier, empereur romain d’Orient (610-641), lutta jusqu’en 630 contre l’Empire sassanide de Khosro II, qui lui avait enlevé plusieurs provinces orientales (Syrie, Palestine, Égypte), puis contre les arabo-musulmans qui conquirent ces mêmes provinces (633-636, 642 pour l’Égypte). L’affrontement des deux grands empires, dans lesquels ils s’épuisent, laisse donc le champ libre à une nouvelle force.

25 L’Empire perse fut définitivement vaincu par les Arabes en 642, soit dix ans après la mort de Mahomet ; les « quatre ans de temps » ne s’appliquent donc qu’aux victoires sur l’Empire romain d’Orient, sauf si Montesquieu considère que la bataille de Cadésie (636), en ouvrant la voie à la capitale, marque la fin de l’Empire perse.

26 Les Romains en donneront les raisons : la ruine de la Palestine, dans laquelle s’engouffrent les Arabes (chap. X), la supériorité technique de leur armée, notamment sa cavalerie, la bigoterie et la petitesse d’esprit des Romains face au fanatisme conquérant des musulmans (chap. XXII, « Foiblesse de l’Empire d’Orient »).

27 Louis XI avait confié à Commynes son intention de se réfugier auprès de son allié Francesco Sforza, duc de Milan, s’il n’avait pu entrer dans Paris en août-septembre 1465, après la bataille de Montlhéry (Commynes, Mémoires, I, 8, Chouet, 1615, p. 58). L’idée est reprise dans les Pensées, nº 1302 (f. 154r).

28 Fait prisonnier par le duc de Bourgogne à Péronne en 1468, Louis XI fut contraint de signer le traité rédigé par celui-ci et de l’accompagner pour réprimer l’insurrection de Liège, qu’il avait lui-même suscitée (Commynes, II, 7 et 19, p. 139 et 150). Il avait souhaité faire épouser à son fils la fille de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne, qui finalement s’unit à Maximilien de Habsbourg, fils de l’empereur Frédéric III (Commynes, VI, 3, p. 504) ; ses tentatives pour revendiquer la totalité de l’héritage bourguignon lors d’un procès posthume fait au duc Charles (1478) se soldèrent également par un demi-échec (voir Pensées, nº 1302, f. 158r) : seul le duché de Bourgogne entra dans le royaume, à l’exclusion de tous les fiefs d’Empire.

29 Exemple retenu par Montaigne pour illustrer l’idée « qu’il ne faut juger de notre heur, qu’après la mort » : « Ludovic Sforce, dixiesme Duc de Milan, soubs qui avoit si long temps branslé toute l’Italie, on l’a veu mourir prisonnier à Loches : mais apres y avoir vescu dix ans, qui est le pis de son marché » (Essais, I, 18, p. 151 ; édition Coste, 1727, Catalogue, nº 1507). Montesquieu a sans doute lu une des sources de Montaigne, l’Histoire des guerres d’Italie de Guichardin (Guicciardini), qui met en lumière les manœuvres de Ludovic Sforza, dit Ludovic le More, plus connu par ailleurs comme chef de guerre et mécène, mais jugé redoutablement habile : « il s’estudioit coustumierement de se montrer plus prudent que les aultres, avec des inventions dont on ne s’avisoit pas » (Histoire des guerres d’Italie, trad. Chomedey, 1568, Catalogue, nº 1022, f. II [consulter]) ; ainsi le futur duc de Milan s’était allié au pape Alexandre VI pour attirer Charles VIII en Italie (1492), se montrant constamment capable d’un « tres grand artifice » (ibid., f. IX) ; s’étant heurté aux ambitions françaises en Italie, il fut fait prisonnier par les troupes de Louis XII en 1500.

30 Avec le schisme opéré par Henri VIII (voir ci-dessus, « Lors qu’Henri huit… »), l’Angleterre était perdue pour Rome bien avant l’avènement de Sixte Quint ; celui-ci pouvait mettre ses espoirs en Marie, reine d’Écosse, catholique, mais il ne fit rien pour la soutenir, et quand Élisabeth Ire, de confession protestante, la fit exécuter, il se contenta d’excommunier à grand bruit la reine d’Angleterre (Leti, Vie de Sixte Quint, 1699, t. II, p. 191). Dès lors la rupture était définitive, malgré l’estime que se portaient mutuellement les deux souverains.

31 La révolte des Pays-Bas (à partir de 1572) est longuement traitée dans les Réflexions sur le caractère de quelques princes comme la preuve de l’échec de Philippe II : malgré ses bonnes qualités, il était « fort inferieur » à Tibère.

32 Voir Pensées II, nº 1302, f. 155bis: le roi d’Espagne découvre « trop ses desseins » en demandant la couronne de France pour sa fille, au lieu de soutenir le duc de Mayenne contre la branche des Bourbons.

33 Il s’agit alors d’événements récents : la Régence s’est achevée en février 1723, avec la majorité de Louis XV, et Philippe d’Orléans est mort en décembre 1723.

34 Même jugement dans les Pensées : la Régence est « une succession de projets manqués, et d’idees independantes[,] des saillies mises en air de sistheme, un mêlange informe de foiblesse et d’aucthorité » (nº 1613) ; cet article est copié en 1748-1750, mais y sont reprises des idées plus anciennes (Pensées, nº 173, antérieur à 1733, peut-être contemporain de la mort du Régent).

35 Cela correspond à ce que les Pensées définiront comme « la facilité de gouverner un grand estat » (nº 912, antérieur à l’été 1739).

36 Reprise d’une expression dont l’usage est surtout théologique, pour la première définition que donne Montesquieu de la notion d’esprit général, qui deviendra essentielle (voir Céline Spector, « Esprit général », Dictionnaire Montesquieu).

37 Par opposition à l’Angleterre (voir ci-dessus).

38 Un signe de raccord (le chiffre 1) figure ici et en haut de la page suivante, ce qui permet en fait d’intercaler les deux premiers alinéas de cette page, où l’alinéa suivant est ensuite repris.

39 Cf. Réflexions sur le caractère de quelques princes  : « Charles estoit ne avec une telle incapacité pour gouverner qu’il n’y en a point d’exemple dans les histoires ».

40 Cf. Bibliothèque française, p. 242 (suite) : « ce qui fait, dit l’Auteur, que la Politique a si peu de succès, c’est que ses Sectateurs ne connoissent jamais les Hommes : comme ils ont des vues fines & adroites, ils croient que tous les hommes le sont de même ; mais il s’en faut bien que tous les Hommes soient fins ; ils agissent au contraire presque toûjours par caprice, ou par passion, ou agissent seulement pour agir, & pour qu’on ne dise pas qu’ils ne font rien ».

41 Cf. Bibliothèque française, p. 242 (suite) : « Mais ce qui ruine les plus grands Politiques, c’est que la réputation qu’ils ont d’exceller dans leur Art, dégoûte presque tout le monde de traiter avec eux & qu’ils se trouvent par là privés de tous les avantages des Conventions ».

42 Rebuté, détourné.

43 Allusion probable aux capitulations de l’empereur Léopold Ier, élu en 1658, qui s’engageait par là à ne pas favoriser les entreprises espagnoles, tandis que Mazarin renforçait encore l’influence française dans l’Empire grâce à la Ligue du Rhin, alliée à la France et composée d’États opposés à l’Espagne. Nous n’avons pu identifier la source de Montesquieu.

44 Le duché de Brunswick-Lunebourg était divisé en plusieurs principautés (les deux principales étant Brunswick-Wolfenbüttel et Brunswick-Lunebourg), sur lesquelles régnaient des membres de la même famille, qui portaient tous le titre de duc de Brunswick-Lunebourg.

45 Idée reprise avant 1739 dans les Pensées, nº 549 (« la multiplicité des traites entre les princes ne fait que multiplier les occasions et les pretextes de la guerre »), puis nº 742 : Richelieu y est explicitement désigné, et ses maximes sont critiquées.

46 Sur le « traité d’alliance » de 1661, voir Recueil des traités de paix, 1700, t. III, p. 17 et suiv. ; sur le « traité de renouvellement », voir ibid., t. IV, p. 70 et suiv. : par des articles secrets du traité de Fontainebleau (1661), la France s’engageait à verser à la Suède d’importants subsides afin que celle-ci favorise l’élection au trône de Pologne du duc d’Enghien (Henri Jules de Bourbon-Condé, 1643-1709) ; le projet échoua, et la France révisa ses accords avec la Suède, réduisant considérablement ses subsides à partir de 1663 (voir Recueil des instructions données aux ambassadeurs, t. II, Suède, Paris, 1885, p. LII et p. 31).

47 Cf. Richelieu, Testament politique, IIde partie, VI : « Une négociation continuelle ne contribue pas peu au bon succès des affaires », 1688, p. 237 (Catalogue, nos 2430 et 2431).

48 Voir ci-après, note « En décembre 1718… ».

49 Le jésuite Le Moyne voyait là une preuve incontestable de la générosité et de la franchise du ministre, qui fit ainsi remettre 800 000 livres dans le plus grand secret (L’Art de régner, Paris, Cramoisy, 1685, IIIe Partie, Discours VII, article 5, p. 489 ; la nationalité de l’envoyé n’était pas précisée, mais il était dit plus loin que cette mesure arrêta une « inondation d’Allemans »). Dans les Romains, Montesquieu reconnaîtra que les lettres de change permettent aux négociants d’être informés de secrets d’État (XXI, lignes 95-97).

50 Lire qu’y.

51 L’idée se fonde sur l’épisode des « cinq autheurs », Richelieu ayant donné à écrire un acte d’une pièce à Boisrobert, L’Estoile, Corneille, Colletet et Rotrou (Pellisson-Fontanier, Relation de l’histoire de l’Académie française, 1653, p. 181), et sur le bruit que la Mirame de Desmarets lui était en fait due, ainsi que Les Tuileries, L’Aveugle de Smyrne, La Grande Pastorale, dont il aurait écrit cinq cents vers, corrigés par Chapelain (ibid., p. 178).

52 Selon les Pensées (nº 214), Richelieu « affectoit toutes sortes de reputations ». Les passages rejetés du Discours de réception à l’Académie française (Pensées, nº 299) rappellent les prétentions littéraires supposées de Richelieu (dans une lettre à Bel du 29 septembre 1726, Montesquieu le dit « déterminé [seulement] par une basse jalousie » envers Corneille ; voir aussi Pensées, nº 857).

53 L’anecdote provient de Marana, L’Espion du Grand-Seigneur (dit L’Espion turc), Amsterdam, Henry Wetstein, 1696, p. 378. Montesquieu connaissait depuis longtemps cet ouvrage, auquel les Lettres persanes doivent beaucoup (il possédait l’édition de 1717 en six volumes : Catalogue, nº 672).

54 Mazarin, Lettres, 1693 (Catalogue, nº 2294 [consulter]), à propos du traité du traité des Pyrénées (1659), où dom Luis de Haro (1598-1661) était le principal négociateur espagnol ; voir par exemple la manière dont Mazarin évoque Pimentel avec lui (19 août 1659, p. 56 et suiv.) et surtout dont il s’étonne de certaines de ses paroles (26 août 1659, p. 165). Le traité fut très favorable à la France. Le personnage du cardinal était le thème d’innombrables satires : voir Lettres persanes, Lettre supplémentaire 5.

55 La source, que nous n’avons pas identifiée, pourrait être orale, et relever de la légende noire qui s’est développée au XVIIIe siècle autour de Louvois, ministre de la Guerre souvent brutal à qui les décisions les plus controversées de Louis XIV furent attribuées, par contraste avec la légende dorée qui se développa autour de Colbert : il apparaît plus souvent comme assoiffé de pouvoir que comme habile politique, même s’il sut constamment se faire écouter du roi. En 1671-1672 il avait préparé avec grand soin l’invasion des Provinces-Unies, massant des troupes importantes aux frontières de la Flandre et veillant à leur approvisionnement. Les trois cas évoqués ensuite montrent qu’ici Montesquieu s’attache à dénoncer surtout la propension des ministres à s’entourer de secret, à prétendre tout connaître et à paraître accablés de travail, plutôt que la politique proprement dite.

56 Marc René de Voyer de Paulmy (1652-1721), premier marquis d’Argenson. Fils d’un ambassadeur français à Venise, il fut maître des requêtes, lieutenant général de police (1697-1718), mais aussi conseiller au conseil de commerce (1704) et conseiller d’État (1709) ; quittant la police, il devint garde des Sceaux en janvier 1718, assumant alors en même temps la présidence, après Noailles, du conseil des finances, à laquelle il renonça en janvier 1720, perdant les Sceaux en juin 1720 en raison du retour en grâce du chancelier d’Aguesseau. Selon Saint-Simon, il « avoit mis un tel ordre dans cette innombrable multitude de Paris, qu’il n’y avoit nul habitant dont jour par jour il ne sût la conduite et les habitudes » (1718 ; édition Boislisle, t. XXXIII, p. 35). Montesquieu peut tenir cette information et celles qui suivent de son ami Jean-François Melon, qui travailla auprès de d’Argenson avant de devenir secrétaire de Law jusqu’à la faillite du Système, en 1720, puis du Régent, et après la mort de celui-ci en décembre 1723, du duc de Bourbon. Dans les Pensées (nº 1949 ; copié en 1748-1750, et manifestement antérieur), Montesquieu en fait un portrait au vitriol.

57 « Qui a bien des affaires […] Il est du style familier » (Académie, 1762).

58 Claude Le Blanc (1669-1728), secrétaire d’État de la guerre tombé en disgrâce sous le ministère du duc de Bourbon (1723-1726). Le trait semble néanmoins pouvoir s’appliquer plutôt à d’Argenson (voir ci-dessus la remarque de Saint-Simon).

59 Le laquais, valet de pied, doit porter une livrée aux couleurs de son maître ; un « laquais gris » est donc anonyme.

60 Le terme « signifie aussi, Une substance purement spirituelle. […] les Anges sont de pures intelligences » (Académie, 1762).

61 Cf. dans les Lettres persanes la manière dont le « fils d’Eole » agit par la seule imagination (Lettre 136).

62 Cette remarque devrait sans doute être jointe plutôt à la critique de Richelieu et de Louvois, qui affectent le mystère, alors que les trois ministres évoqués précédemment se distinguent par une activité ostentatoire.

63 Thucydide, III, 37 (Catalogue, nº 2800, traduction latine de Lorenzo Valla, 1538, p. 195) : « tardioris ingenii homines administrare commodius plerunque civitates quam solertioris. Nam isti tum legibus sapientiores videri tum semper superiores […] volunt » (des gens à l’esprit lent gouvernent généralement mieux les cités que des gens plus habiles. En effet ceux-ci veulent apparaître plus sages que les lois et toujours l’emporter […] »).

64 Probablement indication lors de la relecture, pour indiquer une nouvelle entrée en matière.

65 Le mot réutilise des lettres de « Ce sont ».

66 Formule reprise avant 1733 dans les Pensées, nº 8 (et également après 1750 : nº 2207). Sur le développement des relations internationales et des ambassades permanentes, dues notamment à « l’invention des postes, du change l’extreme communication des peuples », voir Pensées, nº 1814.

67 Ont été placés ici les trois feuillets (p. 27-28, 29, 30), qui à l’origine étaient des feuillets volants, retrouvés intercalés dans le texte (voir Introduction, « Le manuscrit »). Les feuillets 29 et 30 ont été collés sur le feuillet 31.

68 Repris (et abrégé) dans les Pensées, nº 886. Le thème apparaît aussi dans les Réflexions sur le caractère de quelques princes , sans pour autant tourner à l’exaltation de l’héroïsme.

69 Ces exemples sont repris sous forme abrégée avant 1733 dans les Pensées, nos 225 (Regulus et François Ier) et 226 (l’Aquitaine).

70 Masculin ou féminin (Académie, 1694), duché est dit seulement masculin dès l’édition de 1718 du même dictionnaire : le féminin est donc archaïque. Dans les Pensées (nº 226), à une date indéterminée, Montesquieu ajoute en marge : « Louis le jeune y fut force jamais les sujets d’Alienor ne lui auroint obei » ; la réflexion a alors notablement progressé.

71 Le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Louis VII ayant été annulé en mars 1152, Aliénor, héritière du duché d’Aquitaine, épousa Henri Plantagenêt (futur Henri II d’Angleterre) deux mois plus tard. Louis IX est l’arrière-petit-fils de Louis VII ; par le traité de Paris, en 1258-1259, il confère au roi d’Angleterre la suzeraineté sur la Guyenne (l’Aquitaine est ainsi appelée pour la première fois) et autres terres attenantes pourtant conquises (Limousin, Périgord, Saintonge, etc.), sous condition de l’hommage-lige au roi de France, ce qui met fin à près d’un siècle de conflit avec l’Angleterre.

72 La suite a disparu, le papier ayant été découpé (n’apparaissent plus que les mots « qu’il » à la ligne suivante) ; nous restituons d’après la reprise de ce texte dans les Pensées (nº 225), où est évoqué le traité de Madrid (1526) que dut signer François Ier, emprisonné après la défaite de Pavie : « On a si fort loué l’action de Regulus que l’on ne scauroit guere loüer celle de Francois premier qui prisonier de Charles Quint ayant cedé la Bourgogne pour sa rançon s’excusa des qu’il fut libre sur ce que la Bourgogne ne vouloit pas changer de maitre mais il ne retourna pas a Madrit come Regulus a Carthage ». Bodin en jugeait autrement : « Mais les sages Princes ne doyvent faire serment aux autres Princes, de chose qui soit illicite de droit naturel, ou du droit des gens, & ne contraindre les Princes plus foibles qu’eux, à jurer une convention qui soit deraisonnable ». Selon Bodin, en livrant ses fils en otages, François Ier respectait sa parole (Les Six Livres de la République, 1579, V, 6, p. 559-560 ; Catalogue, nº 2371).

73 Bien que portant des numéros de page successifs, ces deux fragments, actuellement collés sur la page numérotée 31, constituent deux entités différentes (voir Introduction, « Le manuscrit »).

74 Le système de John Law avait été établi progressivement à partir de décembre 1717, Law n’étant devenu contrôleur général des finances en titre que le 5 janvier 1720 ; le Système s’effondra en juillet 1720, entraînant un profond bouleversement social en France. En décembre 1718, Alberoni, Premier ministre du roi d’Espagne, avait déclaré la guerre à la Quadruple-Alliance (France, Angleterre, Provinces-Unies, Saint Empire romain germanique) ; victorieuse, celle-ci exigea de Philippe V son renvoi en décembre 1719.

75 Les deux ministres, dont la puissance était purement illusoire, n’ont donc pas même montré les qualités élémentaires des bons politiques.