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Caractère de quelques princes

[p.1] Essai 1 de quelques |Refflections sur quelques| paralleles historiques |Refflections sur le caractere et|
ou plustost pensees diverses sur le caractere et la vie de quelques princes et |et les evenemens de leur vie :|
Refflections sur le caractere et la vie de quelques princes et sur quelques evenemens de leur vie
|Refflections sur le caractere de quelques princes et sur quelques evenemens de leur vie|

1

Il 2 seroit difficille de trouver dans l’histoire deux princes qui se soyent si fort ressemblés que Charles 12 roy de Suede et Charles dernier duc de Bourgogne [:] meme courage, meme suffisance 3 meme embition meme temerité memes succés memes malheurs et meme fin, ils se rendirent celebres dans un age que les autres princes passent dans les plaisirs, Charles 12 entreprit de detroner le roy Auguste 4 come le duc Charles voulut degrader 5 Louis unze et lors qu’ils estoint couverts de gloire, l’un alla perdre son armée devant Pultova 6 come l’autre perdit la sienne devant Morat 7  :

[p.2] Ces princes eurent encore cela de comun qu’ils se revolterent toujours contre leur destinée, qu’ils devinrent moins sages quand ils furent moins hureux, ils ne manquerent point de prudence lors qu’elle leur fut utile, mais ils la perdirent entierement lors qu’elle leur devint necessaire 8  :

Ils se ressemblent en ce qu’ils chercherent de nouveaux ennemis a mesure qu’ils firent de nouvelles pertes qu’ils continuerent d’entreprendre apres une deffaite tout come apres une victoire 9 la mort de la pluspart des princes tués dans les combats est un effect du hazart la conduite de ceux cy fut telle qu’[u]ne pareille mort devint pour eux une necessite 10 .

[p.3] Quand on lit la vie de ces deux princes on est plus touché des malheurs du duc de Bourgogne la raison en est que celui cy est un personage original et l’autre une mauvaise copie d’Alexandre 11  :

2

Tibere et Louis unze s’exilerent de leur pais avant de parvenir a la supreme puissance 12 ils furent touts deux braves dans les combats mais |et| timides 13 dans la vie privée ils mirent leur gloire [p.4] dans l’art de dissimuler 14 ils establirent une puissance arbitraire 15 ils passerent leur vie dans le trouble et dans les remors et la finirent dans le secret le silence et la heine publique 16  :

Mais si l’on examine bien ces deux princes on sentira d’abort combien l’un estoit superieur a l’autre 17 Tibere cherchoit a gouverner les homes Loüis ne songoit qu’a les tromper Tibere ne laissa sortir ses [p.5] vices qu’a mesure qu’il vit qu’il le pouvoit faire impunement, l’autre ne fut jamais le maitre des siens, Tibere sçut paroitre vertueux lors qu’il fallut qu’il se montrat tel celui cy se decredita 18 des le premier jour de son regne.

Enfin Louis avoit de la finesse 19 Tibere de la profondeur on pouvoit avec peu d’esprit se deffendre des artifices de Louis le Romain metoit des ombres devant touts les esprits et se derroboit a mesure qu’on comencoit a le voir 20  :

Louis qui n’avoit pour art 21 que de|s| pet caresses fausses et de petites flateries gaignoit [p.6] les homes par leur propre foiblesse le Romain par la superiorité de son genie, et une force invincible qui les entrainoit

Louis estoit assez hureux a reparer |reparoit asses hureusement| ses imprudences et le Romain n’en faisoit point.

Le Romain |Celui cy| laissoit toujours dans le meme estat toutes les choses qui y pouvoint rester l’autre changoit tout avec une inquietude 22 et une legereté qui tenoit de la folie 23  :

3

Philipe second me paroit encor fort inferieur a Tibere 24 avec de la patiance de l’inflexibilité de la philosophie de l’embition ce prince parut dans le monde [p.7] il avoit de vastes desirs comme s’il estoit idolatre de la fortune[,] et de la moderation dans les revers come s’il la meprisoit mais le melange de ses deffauts et de ses bones qualités estoit tel qu’il estoit difficile qu’il eut jamais de certeins succes et c’est de ces melanges differens et bien ou mal assortis qu’il arrive que des gens qui semblent nes pour faire de grandes choses ne font rien |n’en font point| et que d’autres qui paroissent ne devoir estre que des homes mediocres font de si grandes choses

[p.8] Philipe ne conut jamais d’autres liens que ceux de l’empire 25 et de l’obeissance toujours roy et jamais home, toujours sur le throne ou dans le cabinet sa dissimulation qu’il ne sçut pas cacher |dissimuler| lui fut peu utile mais son inflexibilité lui fut nuisible car come elle ne lui permit point les temperamens il porta le meme esprit dans touts les evenemens de sa vie et ne se plia jamais aux evenemens :

[p.9] A force de rigeur il rendit les fautes æternelles, toujours dans l’exces de la justice il ne laissa jamais expier le crime, il cherchoit la punition come les autres cherchent le repentir, jamais touché par les larme flechi par les prieres intimidé par le desespoir 26  :

Il avoit de la lenteur et non pas de la prudence le masque de la politique et non pas la sciance [p.10] des evenemens, l’apparance de la sagesse meme avec un esprit faux qui infecta touts ses conseils 27  :

Le dessein de porter l’Inquisition dans les Pais Bas a 28 celui d’y establir le gouvernement espagnol s|f|ont voir qu’il ne conoissoit ny les Flamans ny les peuples libres ny meme les homes 29  :

[p.11] Des provinces si eloignées si etrangeres a l’Espagne et qui pouvoint se donner tant de maitres ne pouvoint estre gardées que par la force des loix

Il fit de grandes entreprises mais il ne scut jamais se mettre dans une situation propre a les faire reussir il regarda de son cabinet l’Europe ses provinces ses armées et [p.12] les vit toujours mal et passa sa vie a calculer de loin et en gros des evenemens que la moindre circonstance pouvoint faire manquer 30

Il ne profita point des guerres civiles de France il y consuma [p.13] veinement ses thresors, et dans la confusion de cette monarchie il choisit de touts les plant|s| celui b qui pouvoit le moins servir a la grandeur reele de sa maison |celui qui choquoit le plus le chef de la faction| |rencontroit le plus d’obstacles 31 | celui qui estoit le plus opposé 32 a l’esprit de la nation francoise celui qui reunissoit touts les coeurs a celui meme du chef de la faction au |au prince legitime :| [p.14] ignorant la vraye mesure de sa puissance il attaqua a la fois la France l’Angleterre et les Pais Bas. Mais il ne veinquit ny le courage d’Henry quatre ny la prudence d’Helisabeth ny le desespoir des provinces rebelles 33

Ainsi il ne merita les louanges d’un prince pacifique ny celles d’un [p.15] prince guerrier il affoiblit ses forces et laissa a ses enfans les memes terres et non pas la meme monarchie :

4

Paul trois et Sixte Quint ont esté de grands homes 34 mais autant que l’art est au dessous de la nature autant Sixte Quint est il inferieur a Paul trois, on voit par tout dans la vie de l’un quelque chose de [p.16] facile on trouve de l’affectation dans toutes les actions de l’autre

Sixte Quint prit plus de peine a paroitre un grand home qu’a l’estre en effect et se mit moins dans le monde que sur le theatre du monde

Pour corriger l’idée qu’on avoit de la bassesse de sa naissance 35 il voulut etonner a force de hauteur en quoy il a este plus comparable a Boniface huit qu’a aucun de ses [p.17] prædecesseurs 36 et come si la fortune qui |qui| auroit †† pu tant faire pour lui en lui accordant |donant| beaucoup moins n’avoit pas encore asses fait, il eut de l’embition dans la premiere place de l’eglise et il montroit |osa montrer| de l’orgeuil devant les Espagnols 37  :

Quoy qu’on ait pu dire de sa rigeur extreme on peut l’excuser en ce qu’elle n’estoit jamais fondée que sur l’exacte justice 38  :

[p.18] Du reste il est le premier qui ait perdu la puissance temporelle des papes en ouvrant la porte aux emprunts 39 chose qui ne pouvoit estre que fatale dans un gouvernement singulier qui n’est pas successif 40 et qui cependant est monarchique :

Paul trois avec un esprit naturel 41 mais penetrant, un genie plein de ressources, des idées justes une grande conoissance des homes fut le [p.19] restaurateur du pontificat qu’il soutint pour ainsi dire a un fil, il ne porta dans les affaires ni|y| vanité ny humeur ny prejuje ny prevention et tira parti de chaque evenement et ce qui pouvoit estre pour lui le fut toujours :

Ce vieillart decrepite 42 n’avoit pas meme les deffauts de son age, ny la lenteur ny la timidite ny les mefiances ny l’irresolution 43 et s’il estoit prudent il n’estoit pas moins sage 44 .

[p.20] Il se trouva dans de cruelles circonstances le mur de separation entre les catoliques et les protestans n’estoit pas encore mis de facon que ceux cy parlant habilement le langage des premiers et ne demendant qu’un concile et la reformation de quelques abus 45 il sembloit que les interets de Rome seule divisassent les esprits :

Le luteranisme sur tout estoit [p.21] funeste en ce que le peuple qui voyoit a peu pres le meme exterieur croyoit n’avoir presque pas changé et sentoit peu de chose de cette infinie distance qu’il y a d’une relligion a l’autre, de facon qu’un prince qui se donoit le nom de catholique ou un autre qui se donoit celui de protestant se faisoit d’abord suivre par ses sujets et come [p.22] il y avoit des protestants par tout on estoit a chaque instant sur le point de voir les princes moderés abandoner Rome pour le bien de la paix et les princes avides pour avoir les richesses de l’Eglise 46  :

D’ailleurs Charles Quint n’avoit de qualité bien conüe qu’une [p.23] grande embition, et il estoit sur que pour proteger la relligion il attendroit toujours qu’il eut interest a le faire 47  :

Mais les terres papales formoint de nouveaux embarras, car si Charles soutenoit la puissance spirituele il estoit toujours pret a envahir la temporele :

[p.24] Il falloit engager François premier a deffendre le pape contre Charles, et Charles a deffendre l’Eglise contre les protestans 48  :

Enfin on estoit forcé a chaque instant de changer de conduite sous des princes qui varioint toujours et d’abandoner touts les anciens plans dans un temps ou touts les estats d’Europe avoint pris de nouveaux interets :

[p.25] Il 49 eleva aux dignités touts les gens de merite qu’il put trouver et les interessa a la deffence comune 50

Le concile que ses prædecesseurs avoint tant creint tant promis tant reffuse il l’accorda et sans s’emouvoir de ce qui s’estoit passé a Constance et a Basle 51 il vit qu’il estoit dans d’autres circonstances que sa querele estoit celle de tout le clergé que dans un temps ou l’esprit general estoit de corriger il faloit [p.26] par un concile prevenir les assemblées laiques et se conserver |par la| le jujement des dogmes et le droit de reformer 52  :

Il jujea que la plus part des princes ayant perdu le respect pour le pontificat c’est a dire pour cette puissance qui n’est deffendüe que par le respect il falloit qu’il se rendit lui meme considerable par une armée et qu’il facilitat par la ses négotiations

Il regarda avec attention les differents effects de cette fermentation [p.27] generale qui estoit dans l’Europe profita des uns se joüa des autres et sentit toujours le premier ce qui pouvoit lui nuire ou le servir

Lors que Charles Quint eut pris le mauvais parti de regler lui meme les disputes de relligion 53 ce pape qui sçavoit [p.28] bien que dans ces sortes d’affaires il n’y a point de conciliation et que touts les partis sont extremes ne fit que rire de la malhabileté de ce prince qui alloit s’atirer contre lui les protestans et les catholiques et il ne se vit jamais plus a la teste des affaires de la relligion que dans le temps que l’empereur crut qu’il l’en alloit exclure :

[p.28bis] 54 Paul t 3.

Charles dont les affaires estoient embarrassées avec toutes celles du monde d’allors lui manqua souvent et il ne se piqua jamais et cela put bien lui faire changer d’interets et jamais de conduite :

[p.29] Enfin il mourut apres avoir relevé le pontificat ; et fait a sa famille dans des temps si difficiles un des grands establissemens c qu’aucun pape ait jamais fait pu faire 55  :

5

Le duc de Mayene et Cromvel

Le duc de Mayene 56 et Cromvel 57 se semblent s’estre trouves dans les memes [p.30] circonstances mais la politique vouloit que le duc de M premier se fit roy et non pas le second on avoit attaque la royauté en faisant mourir Charles 58 , on n’avoit attaqué que le roy en assassinant Henry, le but de la faction d’Angleterre estoit d’abolir le tittre celui de la faction de France de le porter dans une famille [p.31] catholique, Cromwel se faisant roy 59 detruisoit l’esprit de sa faction le duc de Mayene prenant la courone fortifioit celui de la sienne : Le duc de Mayene fit des fautes irreparables il mit la courone en depot sur la teste du vieux cardinal de Bourbon 60 , c’est à dire qu’il rapella la fidelité de la nation a la maison de ses roix bientost il fit pendre les [p.32] Seize a cause de leurs exces, et par la il acheva de detruire l’esprit qui agitoit son party 61 Cromvel tua bien de sa propre main quelques uns des siens qui n’obeissoint pas, mais il n’ut garde de les punir de leur fureur contre le party oppose, il se servit quelque fois de moyens violents pour faire passer ses gens d’une extravagance a un[e] autre mais le duc de Mayene les employa pour doner [p.33] a son party de la moderation c’est a dire pour le faire perir :

Quoy qu’on ay ne puisse guere trouver des ames plus differentes que celles de Cromvel et celle de Cæsar cependant on ne peut pas dire que l’Anglois fut |ait esté| inferieur au Romain par le genie 62  :

Les grands homes vont a leur but [p.34] par une route Cromvel y alla par touts les chemins 63 , on peut avec de la penetration decouvrir la cheine des desseins des autres cela fut impossible avec celui cy il alla de contradiction en contradiction mais il alla toujours tel que ces pilotes que presque touts les vents conduisent au port comme si lui seul avoit [p.35] eu une ame pour gouverner des machines il mit touts ses concitoyens en action sans qu’aucun scut 64 les consequences de ce qu’il feroit il n’ut aucun confident tout le monde fut sa dupe, et tel fut le succés de ses desseins que ses complices meme en furent epouvantés :

Le dernier crime qui le porta [p.36] semblable a ceux que ventent les fables parut d’abord faire horreur a la nature entiere, mais lui prit de sang froit le gouvernement jetta par tout l’epouvante fit succeder le respect a la heine et forca les roix les plus superbes 65 a couroner l’injure et a devenir ses aliés 66  :

6

[p.37] Henry trois roy de France et Charles premier roy d’Angleterre 67  :

Ces deux princes estoint foibles et

|Henry trois roy de France et Charles premier roy d’Angleterre 68 estoint estoint des princes foibles et| superstitieux 69 toujours embarrassés dans des procedes personels pleins de preventions dans leurs heines et leurs amities egalement prets a tout entreprendre et a tout ceder[,] toujours mal a propos hardis ou timides ayant quelque soin de se faire aimer de leurs [p.38] courtisans |††|, aucun de se rendre agreables a leurs sujets :

Il y a des conjonctures ou les plus petits genies peuvent gouverner asses bien, il y en a d’autres ou les plus grands esprits sont etonés l’art de regner est quelquefois l’art du monde le plus aisé et quelquefois le plus difficile 70

[p.39] Dans la prosperite d’une monarchie un prince peut estre meprisé impunement car la force du gouvernement 71 supplée a la foiblesse de celui qui gouverne mais lors que l’etat est dans sa decadance il n’y a que le respect pour la persone du prince qui puisse suppléer a la foiblesse des loix, et pour lors ses imperfections et ses vices sont les vrayes playes de l’estat 72  :

[p.40] De la heine que l’on concut pour la persone de Charles on passa peu a peu au mepris, au contraire du mepris que l’on eut pour la persone d’Henry on passa insensiblement a la heine, et cela est fort extraordinaire car ces deux princes n’avoint pas d’asses grandes qualités pour meriter d’estre hais :

Je pourrois m’etendre icy sur 73

[p.41] La vie privée de Charles estoit admirable et le censeur le plus austere n’auroit pu y rien trouver a reprendre 74 Henry avoit des vices qu’un particulier qui en peut esperer le secret ne scauroit avoir sans rougir 75 sans

Mais Charles estoit ne avec une telle incapacité pour gouverner qu’il n’y en a point d’exemple dans les histoires 76 pas meme dans celle d’Henry trois.

Il

Il y a des imbecillités 77 qui sont telles [p.42] q’une plus grande imbecillité vaudroit mieux

Qu’on voye la vie de Louis treize, un degre |Louis treize en est un exemple un degré| de moins de foiblesse auroit rendu ce prince le joüet des evenemens parce qu’il auroit mis du sien dans son gouvernement |gouverné par lui meme| un degre de plus de foiblesse le rendit plus puissant que touts ses predecesseurs parce qu’il resta sous la main d’un ministre dont le puissant genie devora l’Europe 78 , il est vray que |ce prince |’il| n’obtint d’autre gloire qui|e| celle de cet empereur tartare qui conquit la Chine a six ans 79

[p.43] Henry trois trouva la France depuis long temps agitée par les guerres civiles Charles les fit naitre en Angleterre il forca pour ainsi dire les Anglois a lui disputer tout, et si quelques circonstances qu’il ne devoit pas esperer ne l’avoint pas mis en estat de faire la guerre 80 il seroit arrivé |on auroit vu| une chose bien extraordinaire un grand monarque abatu dans un moment sans aucune conspiration contre sa persone sans effusion de sang sans combat et par [p.44] la seule force des loix |puissance civile|

7

Comme Henry trois a esté le martire de ses vices je m’etendray un peu sur ce prince sur le caractere d’esprit qui regnoit a sa cour et l’estat ou estoit pour lors sa nation

Il estoit affoibli par les deux choses les plus capables de perdre les homes la molesse 81 et la superstition :

[p.45] 82

{le caractere d’esprit qui regnoit sur la cour de ces deux princes l’estat ou estoit pour lors leur nation mais †…† par raport a l’Angleterre ce sujet a esté traité de main de maitre par milord Clarendon 83 je ne parleray plus que d’Henry et des Francois :
Henry trois estoit affoibli par les deux choses les plus capables de perdre les homes la molesse et la superstition}

[p.46] Un vice qui n’est malhureusement inconu qu’aux nations barbares fut porté a la cour jusqu’a une licence effrenée.

Les femmes qui avoint joüé un si grand role a la cour de Francois premier a celle d’Henry second 84 , et dans les differentes regences de la reine Caterine ne manquerent pas de decrier ce regne et come elles donoint le ton 85 [p.47] et pouvoint tout dans un parti dont la superstition les jeunes gens et les devots estoint l’ame elles lui joüerent des tours au dessus de leur sexe et echauferent encore plus la Ligue que les precheurs 86  :

Le roy qui portoit la fureur jusqu’a les hair les decrioit de son mieux il publioit leurs galentries et qui pis est des |certeins| deffauts secrets que la pudeur cache encor apres qu’on l’a perdüe

[p.48] Instruit par ses mignons 87 de touts ces details il ne s’entretenoit que de ces sortes de discours de choses discours qui sont hureux quand ils ne sont qu’inutiles et qui|’on| ne convienent |pardone| pas meme a l’oisiveté des particuliers 88

Comme la reine de Navare avoit fait des railleries sanglantes sur les debauches de la cour le roy ne l’avoit pas epargnée sur ses [p.49] †† galanteries et ils trouverent l’un et l’autre mille occasions de se venger 89

La duchesse de Monpensier furieuse d’un secret revelé forma elle même Jaques Clement a son detestable parricide 90 on a cru meme qu’elle l’y engagea par ses faveurs 91  :

Les favoris tenoint le roy pour ainsi dire dans un serrail et ne vouloint le laisser aller echaper ny a sa molesse ny a leur embition [p.50] ils lui faisoint mettre sans cesse de nouveaux impots sur le peuple dont ils se saisissoint d’abord et come ils n’estoint point liés a lui par l’honeur ny par le devoir mais par les plaisirs ils se soucioint peu de le rendre meprisable au peuple par ses vices ou odieux par ses prodigalités 92  :

Lors qu’un prince foule 93 ses sujets sujets il faut au moins qu’il p.51] leur fasse envisager quelque utilité qui les seduise et qu’il ne les afflige pas au point de leur faire voir qu’ils se sont privés de leur necessaire pour ses voluptés, ce qui determina a la fin le peuple de Rome a abandoner Neron c’est que dans une famine il aprit que trois vaisseaux d’Alexandrie estoint arrivés chargés de poussiere pour les luteurs 94

Come les favoris creignoint les [p.52] affaires, et regardoint l’argent destiné a la guerre come une |ou au meintien de l’estat comme une| conquete faite sur eux ils prenoint souvent mal a propos la voye des adoucissemens et des pardons insolans dans le cours de leur fortune et timides dans le terme 95 ils consternoint la majesté royale apres l’avoir faitte monter jusqu’aux nües abusant egallement du pouvoir pour l’outrer ou le degrader sans mesure :

[p.53] Il seroit difficile de dire si la reine mere fit plus de mal aux catholiques aux calvinistes |huguenots| au royaume ou aux royx ses enfans 96

Dans ses differentes regences elle n’avoit employé que la finesse 97 , pleine de ces petits artifices que le coeur et l’esprit d’une femme produisent si aisai aisement elle avoit fait entrer dans le cabinet toutes les intrigues des ruelles et les galenteries des filles de sa cour estoint les plus grands ressorts de sa politique 98  :

[p.54] Enfin elle parvint a decrier la souve[rai]neté meme en faisant regarder les paroles les actions les faveurs de nos rois comme des pieges ou il n’y avoit que les dupes qui se laissassent surprendre :

Quoy qu’elle eut une espece de courage elle ne songea qu’a abaisser celui du roy, elle lui dona toujours de la mefiance, et avilit son authorité pour qu’il la lui remit entre les mains :

[p.55] Le roy dont les debauches estoint conües avoit le foible de croire qu’il les racheteroit par des pratiques exterieures 99 , mais sa devotion estoit soubsonée a mesure qu’elle devenoit publique et l’on jugeoit toujours de sa relligion par ses moeurs

Il s’estoit rependu dans la nation un certein esprit de zele qui ne distinguoit plus le catholique d’avec le protestant par les pratiques relligieuses, car si cela avoit esté [p.56] quel prince auroit passé pour plus catholique que Henry trois, mais on regardoit come catholique celui qui estoit pret de 100 verser le sang des protestans et come protestant celui qui estoit disposé a rependre le sang des catholiques :

Cependant les progrés des Guises estoint si rapides que l’on sentoit déjà le besoin que l’on auroit du parti huguenot mais le moindre menagement estoit une tache d’heresie :

[p.57] Le roy n’empecha point les estats 101 de declarer qu’il falloit faire la guerre aux huguenots heretiques, mais si tost qu’ils l’eurent fait cette resolution devint le sentiment unanime de la nation, et le roy ne faisant pas cette guerre cela dona occasion de former une ligue, et de recourir a une autre authorité qu’a celle des loix :

La foiblesse de la cour fit d’abort croire que la relligion estoit en [p.58] danger cela fit que les peuples intimidés mirent leur confiance dans les Guises et de l’autre coté la force des Guises augmenta la foiblesse de la cour :

Dans les guerres civiles ordinaires quelque reste du ton ancien peut subsister, il peut arriver que l’ordre soit troublé et non pas a touts egarts aneanti |on peut avec les principes du gouvernement combatre pour ou contre le gouvernement| mais lors que l’opinion du peril de la relligion met les armes à la main pour lors tout est [p.59] confondu, tout le monde devient un personage important car chacun a un interest egual a la chose et est pour ainsi dire partie principale 102

C’est pour lors que touts les esprits sont outrées que les interests de l’estat sont sacrifiés au succes de l’idée de chacun, qu’il ne reste plus de liens dans la societé que ceux d’une heine et d’une fureur comune que les gens les plus foibles s’emparent du pouvoir [p.60] pour mettre a leur teste les plus fourbes qui se presentent que toutte extravagance est ecoutée, et que l’hipochrisie prend la place des moeurs des vertus et des loix 103

La puissance du roy d’Espagne et les menagemens que les autres estats avoint pour les heretiques avoint fait penser aux moines qu’il importoit a la relligion catholique que ce prince eut [p.61] l’empire catholique ainsi ils lui estoint touts devoüés les papes qui creignoint d’estre subjugués si la puissance devenoit unique n’estoint pas si catoliques que les moines qui sont des enfans perdus 104 qui n’ont jamais dans la teste que deux ou trois principes de theologie avec lesquels ils vont toujours en avant sans avoir jamais deux creintes a la fois 105

Les grandes qualités du duc de Guise [p.62] achevoint de degrader 106 le roy, il n’y a guere d’exemple dans les histoires qu’un etranger ait esté porté a la puissance par l’adoration des peuples celui cy disposa 107 de la heine des Francois contre les princes et les seigneurs francois 108  :

Le roi qui voulut faire voir qu’il estoit zelé pour les|a relligion| catoliques souffrit que ses sujets fissent une ligue pour la conserver et come si l’estat n’estoit pas lui même une ligue il authorisa [p.63] celle cy au lieu de regarder touts les partis du haut du throne :

|Ce qui produit dans le monde les divisions funestes c’est l’authorité souvereine employée d’un coté et la force du desespoir de l’autre : 109 |

Il y avoit dans l’esprit de la nation une fureur impuissante de s’entredetruire mais les catoliques en faisant la guerre servoint les huguenots qui s’establissoint par la et qui en arrachant des edits mettoint de leur coté les loix :

Lors qu’une relligion nait dans un estat et qu’ayant paré les premiers coups qu’on lui a portés fortifiée par les [p.64] disgraces elle est parvenüe a se soutenir par sa puissance meme il est contre la politique de l’attaquer, il ne faut point creindre qu’elle s’estende car les proselites ne se font que lors que les questions sont indecises et que chacun s’immagine estre encor dans la meme relligion mais lors que la separation est faite que les noms sont dones et recus que chacun a pris son parti les proselites sont rares il est donc [p.65] pour lors de l’interest de la relligion dominante de laisser l’autre se refroidir dans la paix d

de disputer le pouvoir et non pas les comodites du culte, enfin de rendre ses enne enemis artisans et laboureurs et non pas soldats 110  :

Le roy estoit tres malhureux, il ne pouvoit persuader a ses sujets catholiques qu’il fut catholique et il estoit personelement chargé dans l’esprit de ses sujets protestants d’un rosle principal [p.66] dans l’affaire de la Saint Bartellemi 111 et si l’on fait bien attention aux noirceurs qui la precederent a la fureur avec laquelle elle fut executée a l’insolance avec laquelle |elle fut| soutenue on avoüera que rien n’estoit plus capable de decrier un prince pour jamais :

Il estoit dans ces circonstances lorsque les assassinats du duc de Guise du cardinal son frere et de l’archeveque de Lion 112 glasserent ses amis et rendirent furieux ses ennemis.

[p.67] Il est aussi impossible d’aprouver ce qu’il fit que la maniere dont il le fit, et quelle que fut sa situation pour lors il faut pour l’honneur de la vertu et en faveur de la nature humeine detester cette action ou n’en pas jujer 113  :

Sixte Quint fit assembler les cardinaux Mes freres leur dit il le roy de France a fait mourir un cardinal come si Dieu n’estoit pas dans le ciel et come si nous ne regnions 114 |n’etions| pas sur la terre 115 il excomunia |le roy| 116 proscription fatale qui dans les circonstances de ces temps la exposa sa vie a chaque instant 117  :

[p.68]




notes réduire la fenêtre

a Na Charles V en avoit establi une espece

b De doner la courone à l’infante et la marier a un prince francois :

c Les duchés de Parme et Plaisance

Voir si je ne pourray pas mettre la l’entousiasme

Metre icy que le calvinisme estoit plus contraire aux rois que le luteranisme lors que l’un se ventoit d’estre plus conforme a ce que JC avoit dit l’autre a ce que les apotres avoint fait :

d C’est l’édit de Nentes qui a abatu en France le corps protestant qui |il| a esté detruit par les faveurs et non pas par les epees Le corps protestant a esté abatu en France par l’edit de Nantes ce sont les faveurs qui l’ont detruit et non pas les epées

Passer au paralelle avec Charles 1er

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1 Lecture incertaine de ce mot, comme de la succession des corrections.

2 Ce premier alinéa est copié avant 1734, avec quelques modifications, dans les Pensées (nº 140) ; l’article porte en marge « Mis dans le Journal » ; sur sa transformation ultérieure, ou plutôt sa dissolution dans le Traité du prince, voir Introduction, « Analyse ».

3 « Capacité, aptitude pour quelque emploi » (Académie, 1762).

4 Lors de la Grande Guerre du Nord, Charles XII, roi de Suède, à peine âgé de dix-huit ans, avait remporté la bataille de Narva (1700) contre l’armée, beaucoup plus nombreuse, de Pierre le Grand, et l’année suivante celle de la Duna contre le roi de Pologne Auguste II. À cet âge, Charles dit le Téméraire (1433-1477), futur duc de Bourgogne, alors comte de Charolais, écrase le soulèvement flamand à Gand (1452) ; il n’attaque Louis XI qu’en 1465, en prenant la tête de la ligue du Bien public.

5 « destituer quelqu’un d’une charge, d’une dignité, d’un rang d’honneur qu’il possédoit » (Trévoux, 1743). Même expression ci-après à propos de Henri III, mais en un autre sens. Cf. Pensées, nº 140 : « detrôner » (sans doute effet d’une correction).

6 Graphie usuelle à l’époque. La prise de la ville ukrainienne de Poltava, qui ouvrait le chemin de Moscou (elle se trouvait dans des territoires de l’Union de Pologne-Lituanie passés sous protectorat russe en 1667), aurait permis à Charles XII d’attendre les renforts espérés contre Pierre Ier (1709 ; voir Voltaire, Histoire de Charles XII, 1731, livre IV). Dans les Pensées (nº 774), l’analyse, qui montre la vanité du projet du roi de Suède, est beaucoup plus poussée, au point qu’elle peut être directement utilisée en 1747 pour entrer dans L’Esprit des lois (X, 14 [13]) ; à propos d’autres passages du Charles XII de Voltaire, Montesquieu ne note rien qui soit à la gloire du souverain (voir Pensées, nº 641) ; ici est dénoncée l’exaltation héroïque d’une figure dont il ne retient que la folie de ses entreprises.

7 La bataille de Morat (1476) vit la déroute totale des Bourguignons devant les Suisses, alliés de Louis XI, ouvrant la voie à l’annexion de la Bourgogne par la France ; elle ruina le rêve de Charles le Téméraire de constituer un royaume bourguignon (sur la haine que se vouaient le duc de Bourgogne et Louis XI, voir Pensées, nº 1302, f. 153 et suiv.). Dans les Pensées, nº 140, la dernière proposition a pour sujet le seul Charles XII (« succes » y est au singulier, mais cela peut être une erreur de copie ou de dictée).

8 La « prudence » n’est pas ici la qualité machiavélienne indispensable au prince, particulièrement en honneur au XVIe siècle, mais la réflexion qui doit contrebalancer la vivacité de l’homme de guerre et guider son action. Elle réapparaît à plusieurs reprises (chez Élisabeth Ire ou Paul III).

9 Les deux princes apparaissent ainsi pleinement responsables de leur sort ; cf. Pensées, nº 1302, f. 157v, à propos du duc de Bourgogne : « ce prince incapable des leçons de la bonne ou de la mauvaise fortune plus aisé à détruire qu’à corriger se faisoit par tout des perils et se chargeoit des querelles de ses voisins comme des siennes » ; nº 774 : « Charles XII qui n’employa que ses seules forces determina sa chute en formant des desseins qui ne pouvoient être exécutés que par une longue guerre chose dont son royaume n’etoit point capable ».

10 Charles le Téméraire eut la tête fracassée au siège de Nancy (1477) ; Charles XII mourut la tête traversée par un projectile lors du siège de Fredriksten (1718). Montesquieu évite le rapprochement trop évident que pourrait entraîner le détail même de leur mort.

11 Charles XII, grand lecteur de Quinte-Curce, se proposait explicitement comme modèle la figure d’Alexandre (voir Pensées, nº 774 : « Il ne se regloit point sur la disposition actuelle des choses mais sur un certain modele qu’il avoit pris. Encor le suivoit il tres mal, il n’êtoit point Alexandre mais il auroit êté le meilleur soldat d’Alexandre ». Dans L’Esprit des lois, deux chapitres successifs, 13 et 14, qui seront intervertis dans les éditions posthumes, évoquent les deux conquérants pour mieux les opposer.

12 Tibère dut s’exiler à Rhodes pendant sept ans, pour des raisons mal connues ; il n’en succéda pas moins à l’empereur Auguste quelques années plus tard (14 après J.-C.). En 1447 le futur Louis XI se retira en Dauphiné pour s’éloigner de son père, Charles VII, puis s’enfuit en Brabant jusqu’à la mort de celui-ci, en 1461, pour se mettre sous la protection de son cousin le duc de Bourgogne.

13 « Craintif, peureux » (Académie, 1762).

14 Application de la maxime attribuée à Louis XI, « Qui nescit dissimulare nescit regnare » (Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner), et des principes constamment rapportés à Tibère par Tacite, puis par les théoriciens du tacitisme au XVIIe siècle, pour définir un art de régner : c’est la « politique » que démythifie le chapitre «  De la politique  » du Traité des devoirs (1725 ; voir Introduction, « Analyse ») ; voir aussi ci-après note « Le rapprochement… ».

15 Dans les Romains, XIV, Tibère tient une place majeure : il détourne les lois pour servir ses intérêts, notamment la loi de lèse-majesté. Voir Pensées, nº 1302, f. 149r : « La mort de Charles VII fut le dernier jour de la liberté françoise on vit dans un moment un autre roi un autre peuple une autre politique une autre patience et le passage de la servitude a la liberté fut si grand si prompt si rapide les moyens si etranges si odieux à une nation libre qu’on ne sauroit regarder cela que comme un esprit d’étourdissement tombé tout à coup sur ce royaume ».

16 Les remords de Tibère sont bien connus grâce à Tacite (Annales, VI, 16) et constituent un véritable topos, par exemple chez Louis Racine (La Religion, 1742, ch. I, p. 24) : voir Catherine Volpilhac-Auger, Tacite en France de Montesquieu à Chateaubriand, Oxford, Voltaire Foundation, 1993, p. 484-489. À la fin de son règne, au château de Plessis-lez-Tours, Louis XI « êtoit le plus malheureux de tous les hommes » (Pensées, nº 1302, f. 158v).

17 Le rapprochement entre les deux princes est topique ; voir [Amelot de La Houssaye], Tibère. Discours politiques sur Tacite, 1683 (Catalogue, nº 2438), p. 283 : « Louis XI, le Tibére de la France […] ». Mais comme dans «  De la politique  », Montesquieu juge que les capacités de Louis XI ont toujours été surestimées, comme le montrent tous ses échecs ; il reconnaît en revanche à Tibère « des lumières » qui lui permettent de comprendre l’évolution du gouvernement à Rome (EL, VII, 4), mais aussi de tordre les lois à son profit et de se faire obéir (Romains, XIV).

18 Les éditions antérieures portaient discrédita ; ce verbe n’est entré dans la langue qu’au XIXe siècle.

19 « signifie aussi, Ruse, artifice, & se prend presque toujours en mauvaise part » (Académie, 1762). Voir Pensées, nº 1565 : « La fin[e]sse est une arme defensive c’est la resource des gens foibles ».

20 Portrait manifestement inspiré par Tacite (Annales, I-VI) : l’historien évoque constamment la manière dont Tibère manie l’ambiguïté et se joue des sénateurs, incapables de deviner ses intentions.

21 Au sens (classique) de technique.

22 « Trouble, agitation d’esprit, inconstance d’humeur, &c. impatience causée par quelque passion » (Académie, 1762).

23 Les réformes doivent toujours être prudentes et mesurées : ce sera une des leçons de L’Esprit des lois.

24 Le parallèle tourne court, au profit d’un développement consacré au seul Philippe II, considéré traditionnellement lui aussi comme un des grands « politiques », mais que Montesquieu juge aussi surestimé que Louis XI (voir «  De la politique  », et Pensées, nº 1302, f. 162), bien qu’il lui attribue ici toutes les qualités nécessaires à un grand prince.

25 Au sens premier de « commandement, puissance, autorité » (Académie, 1762).

26 « Un prince qui pardone a ses sujets s’immagine toujours faire un acte de clemance au lieu qu’il fait tres souvant un acte de justice, il croit au contraire faire un acte de justice lors qu’il punit mais souvent il en fait un de tyranie » (Pensées, nº 162, repris dans le Traité du prince, Pensées, nº 1986). La clémence sera dans L’Esprit des lois un des fondements de la monarchie, « la qualité distinctive des Monarques » (VI, 21).

27 La Couronne espagnole s’appuyait sur de nombreux conseils chargés d’assister le souverain et d’éclairer ses décisions : conseils de territoire (de Castille, de la chambre de Castille, d’Aragon, de Flandres, etc.), et thématiques (d’État, de finances, de guerre, de l’Inquisition, des ordres militaires, etc.).

28 À partir de 1522, Charles Quint nomma des inquisiteurs dont les attributions tenaient compte des autorités locales et des compétences des inquisiteurs apostoliques, nommés par le pape ; les procédures, dans toute leur brutalité, n’en étaient pas moins calquées sur le modèle espagnol. En 1566, sous Philippe II, le bruit courut qu’une « inquisition à l’espagnole » allait être imposée ; les questions religieuses alimentèrent la révolte ; après la pacification de Gand (1576), les affaires d’hérésie revinrent aux officialités.

29 Voir EL, VIII, 18 : l’Espagne « essaya le Despotisme dans les Pays-Bas ; & si-tôt qu’elle l’eût abandonné, ses embarras augmenterent ».

30 La politique comme science du calcul et de la prévision apparaît constamment démentie par les faits : «  De la politique  » en prend justement comme exemple la perte d’une partie des Pays-Bas par Philippe II.

31 L’Espagne ne voulait pas voir la France tomber aux mains d’un roi protestant ; en mai 1593 l’ambassadeur d’Espagne, le duc de Feria, avait proposé de déférer la couronne de France à l’Infante d’Espagne (Isabelle d’Autriche, 1566-1633, petite-fille d’Henri II et de Catherine de Médicis), qui aurait épousé Charles, 4e duc de Guise (1571-1640) ; la demande portée en juillet au duc de Mayenne (voir ci-après) fut refusée (le 28 juin 1593, l’arrêt Le Maistre du parlement de Paris avait écarté toute possibilité de changement de dynastie). L’idée est ainsi commentée dans les Pensées, nº 617 : « L’envie de Philippe 2d de voir sa fille sur le throne de France et celle de Louis 14 de voir son petit-fils sur celui d’Espagne ont egallement affoibly leur puissance » ; elle réapparaît dans les Pensées, nº 1302, f. 155bisr : « Bientôt cette opposition infinie dans l’esprit des deux partis ne fut plus la même surtout lorsque le roi d’Espagne eut decouvert ses desseins et demandé la couronne pour sa fille [:] tout ligueur outré fut regardé comme traitre ».

32 Une tache d’encre dissimule en partie les lettres finales.

33 Ne pouvant s’opposer à l’indépendance des Provinces-Unies (1581), échouant dans son projet d’envahir l’Angleterre grâce à l’Invincible Armada (1588), Philippe II fut forcé de mettre un terme à son conflit avec la France par la paix de Vervins (1598).

34 Là encore le parallèle semble tourner court, la comparaison ne dépassant pas le premier alinéa : après une évocation synthétique de Sixte Quint, Paul III est seul envisagé ; mais ce portrait s’oppose implicitement à celui de Sixte Quint : tous les défauts de celui-ci se déduisent des qualités de celui-là. Mais surtout au-delà du « caractère » (« moral », c’est-à-dire psychologique), c’est l’équilibre des puissances, dans une Europe traversée par les oppositions religieuses, qui permet d’appréhender le « génie » du pape Farnèse ; du portrait on passe en fait à l’analyse de l’état politique et diplomatique de l’Europe au temps de Charles Quint.

35 Selon Gregorio Leti, né dans une famille très pauvre, Felice Peretti ne dut sa carrière qu’à la rencontre fortuite d’un franciscain (Histoire de la vie du pape Sixte cinquième, livre I, 1699 [consulter] ; Catalogue, nº 265).

36 Hauteur « signifie, Fermeté, quand on ne passe point les bornes de la raison & du devoir […] Mais quand on excède les bornes de la raison & du devoir, il signifie, Arrogance, orgueil » (Académie, 1762). Même critique dans les Pensées, nº 623 (aucune pape n’a « porté plus loin l’orgueil du rang ») ; mais au-delà de l’attitude individuelle, le terme renvoie aussi à une politique intransigeante, comme l’indique la comparaison avec Boniface VIII qui voulait se poser en arbitre des Couronnes et revendiquait le primat du spirituel sur le temporel (en témoigne l’excommunication qu’il prononça contre Philippe le Bel autour de 1300) – ce que Montesquieu, s’inscrivant dans le débat pluriséculaire du gallicanisme, considère comme un abus caractérisé. En atteste aussi l’excommunication prononcée contre Henri de Navarre (futur Henri IV) et Henri de Condé en 1585 : « Elle élevoit la Superiorité du Pape au-dessus de toutes les Puissances de la Terre, en vertu du Pouvoir donné par Nôtre Seigneur à St. Pierre […] » ([François Bruys ?], Histoire des papes, La Haye, Scheurleer, 1734, t. V, p. 55).

37 Sixte Quint réorganisa ses troupes et les places fortes des États de l’Église ; les Espagnols « voyoient avec impatience l’inclination guerriere du Pape, à la promotion duquel ils se repentoient d’avoir travaillé » (Leti, livre VII, t. II, p. 67). Pour Montesquieu, la sage administration qui lui permit de construire tant d’ouvrages en amassant « un grand tresor » leur inspira aussi de la « jalousie » (Pensées, nº 179 ; voir aussi nº 1633). Mais la grande affaire qui opposait le pape aux Espagnols était le royaume de Naples, qu’il aurait voulu réunir à l’État romain (Leti, livre VI, t. I, p. 475).

38 Voir Leti, ibid., p. 462. Le jugement très favorable des Pensées va en ce sens (Sixte Quint fut un grand souverain « par son bon gouvernement par l’austerité des moeurs qu’il etablit par la destruction des bandits par la protection continuelle donnée aux loix », nº 179) ; sur la différence entre justice et sévérité, voir ci-dessus note « “Un prince qui pardone… ». On notera cependant que cette « rigeur extreme » est « excus[ée] », et non pas considérée comme un titre de gloire, ainsi que le voulait Leti.

39 Les monti créés par Sixte Quint servaient à payer une énorme dette publique, nécessaire aux grands travaux qui embellirent Rome, mais aussi à une thésaurisation exceptionnelle ; ce qui est ici interprété comme un signe de fragilité est jugé beaucoup plus favorablement dans les Pensées, nº 1633.

40 Successif s’oppose à électif. Le jugement global est donc mitigé, alors qu’à la suite de Leti, beaucoup voyaient en Sixte Quint le restaurateur du pontificat.

41 « Qui n’est point déguisé, point altéré, point fardé, mais tel que la nature l’a fait » (Académie, 1732) ; il s’oppose ainsi à l’esprit politique. De même «  De la politique  » juge préférable à « une conduite plus detournée » « une conduitte simple et naturelle ».

42 Forme du masculin : « Remarquez qu’on dit decrépites au pluriel dans le masculin » (title, 1743) ; « Ménage, dans ses Observations sur Malherbe, écrit décrépite au masculin » (Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, Marseille, Mossy, 1787-1788).

43 Timide : « craintif, peureux » (Académie, 1762). Alexandre Farnèse (1468-1549), élu pape à soixante-six ans, mourut quinze ans plus tard. Sur la faiblesse qui caractérise les vieillards, voir Pensées, nº 904, et Notes sur Cicéron, OC, t. 17, [110] : « le veritable caractere du vieillard » est de pleurer.

44 La distinction entre sage et prudent, qui sont souvent synonymes, renvoie-t-elle à la qualité des « politiques » (voir ci-dessus note « La “prudence” n’est pas… ») ? La prudence chez un vieillard pourrait le vouer à l’inaction ; elle est ici une composante de la sagesse. Aux positions altières et provocantes de Sixte Quint s’oppose la diplomatie habile de Paul III, qui évite ainsi d’être pris en étau entre Charles Quint et François Ier.

45 Luther avait réclamé un concile dès 1518. La Confession d’Augsbourg, présentée par les luthériens en 1530 lors de la diète tenue en cette ville, fut refusée par Charles Quint.

46 Ainsi Maurice de Saxe (1521-1553), protestant lui-même, se retourna contre les protestants en 1547, apparaissant comme un traître.

47 Le schisme n’était donc pas écrit d’avance : les questions dogmatiques comptent moins que les « circonstances », auxquelles Paul III est sensible, à la différence de Charles Quint.

48 Dans le cadre de la septième guerre d’Italie (1726-1729), François Ier déclara la guerre à Charles Quint et obligea l’armée impériale à libérer Rome, qui avait été saccagée en 1527. Mais l’échec des Français poussa Clément VII à signer la paix avec l’Empereur, puis à le couronner. Le sacre (1530) raffermit Charles Quint dans le rôle de défenseur de la foi catholique, mais son conflit avec les princes du Saint Empire convertis à la Réforme s’acheva avec la paix d’Augsbourg (1555) qui proclama le principe « tel prince, telle religion ».

49 Il s’agit de Paul III ; sur cette rupture de rédaction, voir Introduction, « Le manuscrit » (les pages 25-26 ont été ajoutées).

50 Gasparo Contarini, Reginald Pole, Girolamo Aleandro…, membres de la commission « De emendanda Ecclesia » (sur la réforme de l’Église) formée en 1536.

51 Le concile de Constance (1414-1418) mit fin au Grand Schisme d’Occident dont les origines remontaient à la double élection pontificale de 1378 et à la prise de position presque immédiate de Charles V en faveur du pape « avignonnais », contre Urbain VI, sur fond d’un affrontement doctrinal sur « les deux puissances », spirituelle et temporelle, depuis le conflit opposant Philippe le Bel et Boniface VIII (1295-1303), à propos des prétentions de celui-ci sur le temporel (voir ci-dessus). Mais le concile se solda aussi par la condamnation des « hérétiques » et la mort de John Wyclif, de Jan Hus puis de Jérôme de Prague. Le concile de Bâle (1431-1449) commença par mettre le pape Eugène IV en accusation ; en 1439 il fit sécession, élisant un autre pape ; le transfert à Ferrare puis à Florence occasionna une scission, le nouveau concile récusant les décisions prises à Bâle et travaillant à la réunion avec les Églises d’Orient.

52 Le concile de Mantoue, que Paul III avait convoqué dès 1536, ne put se tenir, de même que celui de Vicence en 1538. Il fallut attendre le concile de Trente, convoqué en 1542, réuni seulement en 1545 et qui s’acheva en 1663, pour que l’Église romaine envisage de se réformer.

53 Voir ci-dessus la note sur la Confession d’Augsbourg. Sur les disputes théologiques qui minèrent l’Empire romain d’Orient et sur l’impossibilité d’y mettre fin, voir Pensées, nº 601, et Romains, XXII, lignes 170-174 ; sur la manière dont Catherine de Médicis prétendit inviter catholiques et huguenots à la soumission, voir Pensées, nº 621.

54 Papillon épinglé sur la page 28. Au verso, un mot isolé, « C’est » (trace de réemploi).

55 En 1545 Paul III avait accordé à son fils Pier Luigi Farnèse, né en 1503 lorsqu’il était cardinal, le duché de Parme et Plaisance, pris sur le Milanais et dépendant du Saint-Siège. Le duché se maintint pendant presque deux siècles d’abord en luttant contre les prétentions de Charles Quint et de la papauté, puis en se renforçant d’alliances et en jouant de la rivalité des puissances européennes. En 1714 Élisabeth Farnèse épousa Philippe V : devenue reine d’Espagne, elle montra un caractère impérieux, pesant considérablement sur la politique de son mari, ce qui peut apparaître comme l’apogée de l’influence de la famille Farnèse, jusqu’à la fin de la dynastie en 1734.

56 Charles de Lorraine (1554-1611), duc de Mayenne, frère d’Henri, 3e duc de Guise, devint le chef de la Ligue en 1589 après l’assassinat de son frère. Entré dans Paris et titré « lieutenant général de l’État et Couronne de France » en 1589, reconnu comme tel par le parlement de Paris resté à Paris, il mène le siège de Paris et le combat contre les « royalistes » (partisans d’Henri III puis d’Henri de Navarre). Après la conversion d’Henri IV, il fait sa soumission au roi en 1595.

57 Voir Pensées, nº 372 (« pendant Cronvel ce fut tiranie apres lui jusqu’au retablissement [de la monarchie] partie tiranie partie anarchie »), et Romains, XXII, lignes 57-60 : les troupes de Cromwell sont composées de fanatiques. Montesquieu pouvait lire la Vie d’Olivier Cromwell de François Raguenet publiée en 1691, ou l’ouvrage de Gregorio Leti publié sous le même titre (1694 pour la traduction française, plusieurs fois rééditée, très hostile à Cromwell), mais aussi l’Histoire des révolutions d’Angleterre du jésuite Pierre-Joseph d’Orléans (1689 ; Catalogue, nº 3204 ; sur ces sources, voir Myrtille Méricam-Bourdet, « La perception du cas de Cromwell : du destin d’un individu à celui de l’État », dans Biographie et politique : vie publique, vie privée, de l’Ancien Régime à la Restauration, Lyon, PUL, 2014, p. 219-231). Mais surtout, comme on le voit plus loin (p. 45), il admirait, de Clarendon, l’Histoire de la rébellion et des guerres civiles d’Angleterre depuis 1641 jusqu’au rétablissement de Charles II, La Haye, 1704 (Catalogue, nº 3198) : il avait lu l’ouvrage avec enthousiasme en 1723 et en avait parlé à son ami Bulkeley (voir la réponse de celui-ci, en date du 22 octobre 1723 : voir Correspondance). Edward Hyde (1608-1674), nommé par Charles Ier chancelier de l’Échiquier puis 1er comte de Clarendon, fut disgracié et banni ; son œuvre, publiée après sa mort, était parfaitement informée, en raison de sa proximité avec le Parlement et la Cour, et lui permettait de justifier ses actions en reconnaissant les erreurs commises par le roi et ses partisans.

58 Le procès et l’exécution de Charles Ier en 1649 avaient horrifié l’Europe ; Montesquieu montre à quel point il déteste aussi ces actions, ici (voir ci-après « Le dernier crime… ») comme dans des textes certainement postérieurs (voir Pensées, nos 681 et 1514 ; Romains, XII, note i) ; mais il n’en dénonce pas moins la médiocrité des Stuart (voir ci-après, « Charles estoit ne… »). Dans L’Esprit des lois, ils apparaîtront incapables de comprendre qu’ils doivent s’appuyer sur la noblesse, qui leur est fidèle et garantit pour ainsi dire la monarchie (II, 4 ; VIII, 9 ; XI, 6, in fine). Le régicide est un exemple fatal à la monarchie et à l’idée même de « grandeur souveraine » (Pensées, nº 75 ; voir Jean Ehrard et Catherine Volpilhac-Auger, « Théorie des révolutions dans le rapport qu’elles ont avec les divers gouvernements », Dix-huitième siècle 21, 1989, p. 23-47).

59 Comprendre : s’il s’était fait roi aurait détruit… (imparfait à valeur d’irréel). « Lord protecteur », Cromwell s’était bien gardé de prétendre au titre de roi, malgré les rumeurs qui en avaient couru ; selon le père d’Orléans, il refuse en 1657 la demande explicite du Parlement (livre X, Amsterdam, 1714, t. III, p. 250) ; Clarendon évoque ce point en détail (t. VI, p. 410 et suiv., notamment p. 418 : « Mais le refus qu’il fit du Titre de Roi, soit par modestie, soit par prudence, soit par crainte, ne fut suivi d’aucun désavantage pour lui »). Sur le soin qu’eut Auguste de conserver « l’extérieur de l’égalité » sans prendre le titre de roi, honni des Romains, voir EL, XIX, 3.

60 Prince du sang mais sans qualités personnelles pour régner, Charles de Bourbon (1523-1590) apparut aux yeux des ligueurs comme le seul prince susceptible d’accéder au trône et comme héritier présomptif en 1584, après la mort du dernier frère d’Henri III, le duc d’Alençon. Quand en 1589 Henri III mourant confirma la reconnaissance du protestant Henri de Navarre comme son successeur, Bourbon fut proclamé roi par le parlement de Paris resté à Paris. L’idée est reprise dans les Pensées, nº 1302, f. 164: « Il est certain qu’en faisant declarer roi le cardinal de Bourbon il accoutumoit le peuple a reverer encore ceux de cette maison et le rapelloient a la fidelité ancienne ».

61 Les Seize étaient des bourgeois ligueurs qui pendirent le président Brisson et les conseillers Larcher et Tardif le 15 novembre 1591 : voir Pierre de L’Estoile, Mémoires pour servir à l’histoire de France depuis 1515 jusqu’en 1611, 1719 (Catalogue, nº 3005, édition utilisée dans les Pensées ; t. II, p. 53) ; dès le 4 décembre 1591, quatre furent exécutés, plusieurs exilés sur ordre de Mayenne (ibid., p. 62-65). Dans les Pensées, nº 1302, le passage cité à la note précédente développe ensuite cette idée : « Lorsque le duc de Mayenne pendit les Seize il suivit la justice et non pas la politique. Il ôta cet esprit de faction qui l’avoit elevé, et toute la chaleur qui animoit son parti. La perte des battailles peut se reparer mais l’esprit d’une faction qui decline ne peut guêre se retablir ».

62 La comparaison est un véritable topos du vivant même de Cromwell, y compris pour souligner le danger qu’il représente : voir Jean-François Dunyach, « Cromwell, un Jules César anglais ? Images et usages d’un parallèle dans l’Angleterre de Cromwell », Histoire, économie et société, 2019/2 (38e année), p. 97-108.

63 Voir d’Orléans, livre X, t. III, p. 258 : « Il eut toute sa vie en tête de faire fortune, & d’en tenter toutes les voies. Ce fut l’unique plan qu’il se forma quand il entra dans cette carriere ».

64 Lecture incertaine de ce mot.

65 « Orgueilleux, arrogant » (Académie, 1762) ; mais l’adjectif peut aussi retenir quelque chose du sens dérivé (« Somptueux, magnifique »).

66 Clarendon, La Haye, 1709, t. VI, p. 253 : « Le roi d’Espagne disputoit avec la France pour l’amitié du Protecteur ». D’Orléans (ibid., livre IX, t. III, p. 33) a soin de dissocier Louis XIII et Louis XIV de la décision de s’allier avec Cromwell, la rejetant exclusivement sur les ministres Richelieu et Mazarin.

67 Au-dessous de ce mot, le signe « (1) », destiné à raccorder le titre (devenu le début de la phrase) avec estoint (biffé), qui est précédé du même signe. Ce passage devait être déplacé après le développement sur Henri III (voir p. 68, et Introduction, « Le manuscrit »).

68 Sur Charles Ier, voir ci-dessus note « Le procès et… ».

69 Sur la source probable de Montesquieu (l’édition de 1702 du Dictionnaire historique et critique de Bayle, voir ci-après, note « En général les historiens… »). Sur les « fausses devotions » d’Henri III, voir Bayle, Dictionnaire, « Henry III », 1702, Remarque N, p. 1526 et Mézeray, Abrégé chronologique ou extrait de l’histoire de France, 1690, 3 vol. (Catalogue, nº 3011), t. III, p. 243. Clarendon associe souvent papisme et superstition : voir par exemple Histoire de la rébellion, t. III, p. 17, 52, 325, 329, etc.

70 Voir «  De la politique  » : « L’esprit d’obeissance est generalement repandu icy[,] de la les princes sont plus dispensés d’estre habiles cet esprit gouverne pour eux et quelque chose qu’ils fassent de mal d’équivoque de bien ils iront toujours au meme but ».

71 « se dit aussi pour La constitution d’un État » (Académie, 1762). C’est « la force de son institution » qui permet à Rome de surmonter faiblesses et désastres (EL, XXII, 11 ; XXIII, 23) et même de ne pas être corrompue par le luxe (Romains, X).

72 Les défauts et faiblesses d’Henri III et de Charles Ier renforcent donc un mouvement général ; cette convergence conduit les deux rois à la mort.

73 Le texte continue (également biffé) à la page 45 : les deux feuillets paginés 41-44 ont été ajoutés (voir Introduction, « Le manuscrit »).

74 Charles Ier avait épousé Henriette Marie, fille d’Henri de Navarre. « Le couple royal devint […] le centre d’un mythe familial, magnifiant les rôles de père, de mère, d’époux et d’épouse » (Bernard Cottret, La Révolution anglaise, Paris, Perrin, 2015, p. 80).

75 En général les historiens traitent sans ménagement Henri III, à qui ils reprochent d’avoir laissé le pouvoir à des favoris et d’avoir dépensé pour eux les revenus de l’État ; voir notamment Pierre de L’Estoile, déjà signalé plus haut. Mais la source principale pourrait bien être Bayle, Dictionnaire historique et critique, 1697 (Catalogue, nº 2453), « Henri III », t. II, p. 60, et sa Critique générale de l’Histoire du calvinisme de M. Maimbourg, citée dans cet article, textes renvoyant eux-mêmes à d’autres sources (notamment de Thou) que Montesquieu n’a sans doute pas eu à consulter lui-même : le roi y est clairement dénoncé comme homosexuel ; mais cet article est fortement étoffé dans l’édition de 1702 (Reinier Leers, t. II, p. 1521-1528), d’où peuvent provenir d’autres détails (voir ci-après). Voir aussi Mézeray, année 1581, t. III, p. 213 : « Depuis la mort de la Princesse de Condé, il avoit eu peu d’attachement pour les femmes, & son avanture de Venise lui avoit donné un autre penchant ».

76 Voir «  De la politique  » : « Si ce roy n’avoit pas choqué ses sujets d’une maniere il les auroit choqués d’une autre, il estoit destiné dans l’ordre des causes qu’il auroit tort ».

77 « Foiblesse. Il ne se dit qu’en parlant de l’esprit » (Académie, 1762).

78 Loin de voir là un éloge de Richelieu fort éloigné de la condamnation de «  De la politique  », comme le voulaient les premiers éditeurs (Mélanges inédits, Bordeaux-Paris, 1892, p. LIV), nous considérons que Montesquieu le montre avant tout dangereux pour la France comme pour l’Europe : en le qualifiant de « puissant genie », il semble reconnaître ses qualités, mais l’expression pourrait bien être seulement descriptive, et « devora » (voir note suivante) est fortement péjoratif : il voue à ce ministre une haine constante, depuis 1725 jusqu’à 1750 et au-delà (voir Céline Spector, « Richelieu », Dictionnaire Montesquieu). Sur les conséquences de cette interprétation pour la datation de l’ouvrage, voir Introduction, note « Les premiers éditeurs… ».

79 Shunzhi ou Xun Chi (1638-1661), fondateur de la 22e dynastie ; Montesquieu suit ici Martino Martini, Histoire de la guerre des Tartares contre la Chine, 1667 (Catalogue, nº 3155), p. 408, qui ne donne pas son nom ; l’emprunt doit donc être antérieur à la lecture de la Description de la Chine de Du Halde, dont Montesquieu dresse un extrait peu après sa publication en 1735 ; en effet selon Du Halde, « Chun Tchi » régna à quatorze ans (Geographica, p. 203). Ce passage est repris dans le « Traité du prince » copié en 1748-1750 dans les Pensées (nº 1987), avec peu de modifications (« le jouet de sa nation parce qu’il auroit voulu gouverner […] dont le genie devora l’Europe, mais qui ne luy laissa d’autre gloire […] » (voir Introduction, « Analyse »). La faiblesse de Louis XIII est un lieu commun des historiens ; Montesquieu lui accorde une attention particulière, tant il déteste Richelieu qu’il voit gouverner la France à la place du roi (voir Pensées, nº 1302, f. 163bisv et suiv.).

80 En juin 1642, l’édit de mobilisation donna au roi les moyens de s’opposer au Parlement, qui avait fixé le fonctionnement de la milice en mars, limitant la prérogative royale.

81 Mézeray (voir ci-dessus note « En général les historiens… »), année 1581, t. III, p. 213 : le roi « s’affoiblissoit de plus en plus, & s’amolissoit dans l’oisiveté & dans les delices ». Selon les Pensées, nº 1272 (copie antérieure à l’été 1739, reprise au nº 1340), « le luxe et la mollesse » s’étaient introduits à la cour de France avec les Italiens proches de Catherine de Médicis, qui s’étaient imposés à la faveur de ses régences. Ces articles, sous le titre « Du changement de mœurs arrivé dans la nation » pour le premier, présentent sous un jour très défavorable l’influence croissante des femmes ; le présent texte montre qu’ayant perdu le pouvoir qu’elles avaient sur le souverain au temps de François Ier et d’Henri II (voir Pensées, nº 1302, f. 161v, et l’introduction des Pensées), elles n’en jouent pas moins sous Henri III un rôle d’autant plus pernicieux qu’il est souterrain. La société se trouve ainsi divisée, ce que Montesquieu de manière générale craint par-dessus tout.

82 Suite du texte abandonné et biffé ci-dessus en bas de la page 41 (voir Introduction, « Le manuscrit »).

83 Les mots « milord Clarendon » semblent avoir été biffés avec un soin particulier. Sur cette lecture, voir ci-dessus note « Voir Pensées, nº 372… ».

84 Dans les Pensées, l’article nº 1302, qui constitue une histoire de la puissance royale en France, résume ces deux règnes à la rivalité des maîtresses en titre (f. 161v).

85 Le terme a valeur forte dans «  De la politique  » : « Que si le ton se perd et se détruit… » (passage biffé) ; Montesquieu systématisera cette notion en développant celle d’esprit général.

86 Sur le rôle nuisible des femmes dans une monarchie et sur cette évolution historique, voir Pensées, nos 1254 et 1272 ; dans L’Esprit des lois l’« art qu’ont les petites ames d’intéresser les grandes » et toutes les mesquineries féminines seront dénoncés, mais n’en apparaîtront pas moins comme caractéristiques des monarchies, par opposition au despotisme qui ne tolère pas la « liberté des femmes » (VII, 9).

87 Le mot peut n’avoir que le sens ordinaire de favori.

88 Sur la frivolité des conversations, voir Pensées, nº 107.

89 La mésentente entre Henri III et sa sœur Marguerite de Valois était notoire ; mais l’allusion peut être plus précise et renvoyer à la « guerre des amoureux » : Henri III ayant dénoncé au roi de Navarre l’inconduite de sa femme, celle-ci s’en vengea en incitant les dames de son entourage à séduire les proches d’Henri de Navarre, afin de créer des troubles avec le roi de France (Mézeray, années 1579-1580, t. III, p. 208).

90 « se dit également du crime que commet celui qui attente sur la vie du Souverrain » (Académie, 1762).

91 Voir Bayle, « Henry III », Remarque D, 1697 p. 61, 1702 p. 1522. Catherine Marie de Lorraine (1552-1596), veuve de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, était la sœur d’Henri de Lorraine, 3e duc de Guise, dit le Balafré, dont il est question ensuite. L’exemple sera utilisé dans L’Esprit des lois, XII, 28, sans la supposition finale.

92 Bayle, ibid., Remarque B, évoque longuement, d’après Mézeray, de coûteuses festivités lors du mariage d’un de ses favoris.

93 « Opprimer par des exactions, Surcharger » (Académie, 1762).

94 Suétone, Vie de Néron, 45 : « Ex annonae quoque caritate lucranti adcreuit inuidia ; nam et forte accidit, ut in publica fame Alexandrina nauis nuntiaretur puluerem luctatoribus aulicis aduexisse » (« Il avait spéculé sur le prix des denrées alimentaires, ce qui augmenta aussi la haine contre lui ; le hasard fit même qu’au milieu d’une disette générale, on annonça l’arrivée d’un navire d’Alexandrie transportant du sable pour les lutteurs de la Cour » ; comme toutes les traductions, celle-ci est nôtre).

95 Comprendre sans doute : quand leur fortune vint à son terme.

96 Montesquieu reprend, en l’amplifiant, le jugement sévère des historiens (voir aussi Pensées, nos 615, 621, 622). Sur l’influence de Catherine de Médicis sur l’évolution de la société française, voir ci-dessus note commençant par « Mézeray… ».

97 Le sens est péjoratif, comme plus haut (« Enfin Louis avoit de la finesse… »).

98 Voir ci-dessus note « Sur le rôle nuisible… ».

99 Sur ses « superstitions », voir ci-dessus note « Clarendon associe… ».

100 Confusion fréquente au xviii e siècle entre prêt à et près de, soigneusement distingués par les grammairiens.

101 Les premiers états généraux de Blois (1576-1577).

102 Sur le danger des querelles religieuses pour un État, voir Pensées, nº 690.

103 L’« enthousiasme » évoqué dans la note de régie désigne dans les Pensées (nos 558 et 560) le fanatisme des juifs, ce qui semble exclu ici ; la notion peut renvoyer à certains passages du chapitre XXII des Romains, qui évoquent les querelles religieuses à Constantinople à travers l’exemple des partisans de Cromwell ou des conquérants musulmans (lignes 54-60), ou à quelque autre développement dont on a perdu la trace ; mais il faut penser aussi au déchaînement du « phanatisme et [de] l’entousiasme » qui suivit le schisme anglican voulu par Henri VIII et aboutit à l’abolition de la monarchie anglaise, selon «  De la politique  ».

104 « On appeloit autrefois Enfans perdus, Les soldats détachés qui commençoient l’attaque un jour de combat » (Académie, 1762).

105 Leur hardiesse n’est donc en fait que rigidité d’esprit. Montesquieu montre constamment haine et mépris pour les moines ; dans les Pensées, nº 1192, il en trouvera une justification physiologique dans la vie qu’ils mènent, en s’appuyant sur l’analyse de l’Essai sur les causes (1736-1738 ?) : l’épaississement des fibres de leur cerveau les rend incapables de former des idées.

106 Même verbe à propos de Louis XI (p. 1).

107 En marge, appel à correction biffé ; le soulignement sous ce mot qui signale le terme à corriger a été biffé.

108 L’addition prévue dans la note de régie correspond à un passage des Pensées (nº 917) copié avant l’été 1739 : « Luther ayant pour lui les princes ne pouvoit leur faire gouter une authorïte qui n’auroit point de preeminences exterieures, et Calvin ayant pour lui des peuples obscurcis dans la monarchie ou des peuples vivant dans des republiques ne pouvoit guere establir des dignites et des præeminences dans la relligion ». Le calvinisme fait primer l’esprit égalitaire du message évangélique, le « luthéranisme » la supériorité des clercs, dérivant du rôle des Apôtres. Ce passage des Pensées sera repris dans L’Esprit des lois, XXIV, 5.

109 Texte figurant dans les Pensées, nº 700 (copié avant l’été 1739).

110 La tolérance est donc souhaitable, une fois qu’une nouvelle religion s’est implantée (ce que confirmera L’Esprit des lois, XXIV, 9), avant tout pour préserver la paix civile, ce que constatait déjà la première dissertation de Montesquieu, Sur la politique des Romains dans la religion (1716 ; « la religion egyptienne, fut toujours proscritte a Rome, c’est que elle etoit intolerante, qu’elle vouloit regnér seule, et s’etablir sur les debris des autres, de maniere que l’esprit de douceur et de paix qui regnoit chez les Romains, fut la veritable cause de la guerre qu’ils luy firent sans relache »). La même leçon se dégage des Lettres persanes (Lettre 33, Lettre 83) comme des Romains (XX). Mais ici le paradoxe est double : non seulement une nouvelle religion ne s’étend plus une fois qu’elle s’est clairement affirmée, ce qui rend les persécutions inutiles, mais le protestantisme s’est affaibli à mesure qu’il s’est légitimé. On en conclura aisément que la révocation de l’édit de Nantes (1685) a eu l’effet inverse de celui qu’il visait. Sur l’impossibilité de prédire les événements à venir, et notamment la chute des huguenots, voir «  De la politique  ».

111 Bayle, Dictionnaire, « Henry III », 1702, p. 1525 : « Humainement parlant les Huguenots avoient de justes raisons de le haïr, car il les persécutoit à toute outrance, et il passoit pour l’un des grands promoteurs de la Saint Barthelemi, et il se glorifioit même de l’avoir été ».

112 L’assassinat à Blois du cardinal de Guise (Louis de Lorraine, 1555-1588) suivit de peu celle de son frère aîné. En revanche, Pierre de Saint-Priest d’Épinac (1540-1599), archevêque de Lyon, resta détenu mais fut épargné.

113 Une version très proche, biffée mais semble-t-il plus élaborée et mieux frappée, dans les Pensées, nº 616 (voir Introduction, « Datation »). Sixte Quint aurait déclaré qu’Henri III devait se débarrasser d’un personnage aussi dangereux pour la royauté (Leti, livre IX, t. II, p. 275-276) ; quant aux huguenots, ils se félicitaient de la disparition du chef de la Ligue (Bayle, Critique générale de l’Histoire du calvinisme , Villefranche, 1684, 3e édition, Lettre III, p. 35). Dans L’Esprit des lois, IV, 2, Montesquieu louera Crillon d’avoir refusé d’exécuter l’ordre qui lui en avait été donné, incompatible avec son honneur.

114 La lecture de ce mot n’est pas absolument certaine.

115 Dans les Voyages (p. 344) le texte est cité en latin (« Venerabiles fratres rex Galliæ occidit cardinalem, quasi Christus non esset in cœlis, et quasi nos non viveremus in terris »), parmi plusieurs anecdotes qui semblent dater du séjour à Rome (1729) ; nous n’avons pas trouvé l’origine de cette citation, en français comme en latin. Les paroles du pape, plus soucieux du cardinal que du duc, se passent de commentaire ; la bulle (en fait un monitoire pontifical) enjoignant à Henri III de se repentir et de libérer le cardinal de Bourbon et l’archevêque de Lyon (voir note suivante) ne dit pas un mot de l’assassinat du duc de Guise : il ne saurait être considéré que comme un sujet en révolte contre son souverain, qui peut légitimement s’en défaire. Montesquieu ne se distingue pas ici de l’ensemble des historiens qui peuvent constituer ses sources (Du Haillan, Pierre Matthieu, de Thou…) : ces historiens catholiques, « défenseurs de l’ordre monarchique », apparaissent comme « dépositaires d’un gallicanisme royal classique » qui tend à se renforcer sous Henri IV (Pierre-Jean Souriac, « Écrits historiques et excommunication sous Henri III et Henri IV, dans Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale, Lyon, LARHRA, Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires, nº 7, 2009, p. 11-44 ; nous remercions Pierre-Jean Souriac de ses remarques et des informations qu’il nous a fournies).

116 Le 7 janvier 1589, la faculté de théologie de Paris avait délié les sujets de leur serment d’obéissance à Henri III. Entre le 20 et le 26 mai, Sixte Quint lança contre lui un monitoire d’excommunication ; l’assassinat du roi empêcha la procédure d’aller à son terme (voir la Bulle de notre saint Père le pape contre Henri de Valois et ses complices, 1589 [consulter]). En 1585 le pape avait déjà excommunié Henri de Navarre (voir ci-dessus note « Hauteur… »), ce qui fut réitéré en 1591 par son successeur Grégoire XIV, sans grand effet. Le pape déliait les sujets d’Henri III de toute fidélité envers leur roi, ce qui était intervenir directement dans les affaires de France.

117 Sur la note de régie portée par la page 68, qui renvoie aux pages 37-44, voir Introduction, « Le manuscrit ».