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Éditions fictions poesies lettres persanes [LETTRE SUPPLÉMENTAIRE 7]

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VAR1 b Rica à Usbek

VAR1 c Rica à Usbeck a *** |Rica|

Lettres Persanes

[LETTRE SUPPLÉMENTAIRE 7] 1

Usbek à Rica.

Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j’étois allé, deux sçavans qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien appréciée, se réduisoit à ceci : Ce que j’ai dit est vrai, parce que je l’ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose : Ce que je n’ai pas dit n’est pas vrai, parce que je ne l’ai pas dit.

J’aimois assez le premier : car qu’un homme soit opiniâtre, cela ne me fait absolument rien ; mais qu’il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le premier défend ses opinions ; c’est son bien : le second attaque les opinions des autres ; & c’est le bien de tout le monde.

Oh, mon cher Usbek 2  ! que la vanité sert mal ceux qui en ont une dôse plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la nature 3  ! Ces gens-là veulent être admirés, à force de déplaire. Ils cherchent à être supérieurs ; & ils ne sont pas seulement égaux.

Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur & le charme de la vie. Vous croyez que vous n’avez rien ; & moi, je vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n’humiliez personne ; & vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois par-tout, je les précipite de leur tribunal, & je les mets à vos pieds.

De Paris, le 22 de la lune de Chahban 1720.




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1 Première publication : Œ58, où cette lettre porte le numéro 144.

2 La correction finale (état c  : voir la variante 1) qui fait clairement de Rica le destinataire n’a pas été confirmée dans le cours de la lettre, sans doute par inadvertance. Les analyses suscitées par cette incohérence se partagent pour conclure à l’attribution à l’un ou l’autre personnage, mais d’après des critères formels et sans jamais se référer aux manuscrits eux-mêmes (ainsi Darach Sanfey, « L’attribution de la lettre CXLIV des Lettres persanes », Travaux de littérature n o 6, 1993, p. 173-192, s’appuie sur l’interprétation erronée de Paul Vernière : voir Introduction, note 122).

3 Allusion à la théorie selon laquelle l’amour de soi (ici confondu avec l’amour-propre) serait non seulement naturel, mais ferait partie intégrante du mécanisme de conservation de l’organisme, donc nécessaire à la nature humaine. C’est une des idées essentielles de Malebranche, notamment dans son Traité de morale (1684) : voir Antony McKenna, De Pascal à Voltaire. Le rôle des Pensées de Pascal dans l’histoire des idées entre 1670 et 1734 , p. 289-292.