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VAR1 C, Œ58 la préséance

VAR2 C, Œ58 puisqu’elle peut avoir l’effet de détruire

VAR3 B c’est

VAR4 B c’est

VAR5 B établi […] retranche

VAR5 C, Œ58 que les tribunaux ont établie, pour retrancher

VAR6 C, Œ58 de notre société, & n’est plus un des membres qui la composent

VAR7 C, Œ58 [à partir de « & à son alliance » les deux alinéas sont remplacés par les suivants] ¶La conquête ne donne point un droit par elle-même. Lorsque le peuple subsiste, elle est un gage de la paix & de la réparation du tort : [ a  : et lorsqu’il s’est dispersé, elle est un gage de son consentement à l’établissement d’une autre societé |si le peuple est dispersé détruit, ou dispersé, elle est le monument d’une tirannie| [ recopié sans ratures dans b et c] &, si le peuple est détruit, ou dispersé, elle est le monument d’une tyrannie. ¶Les traités de paix sont si sacrés parmi les hommes, qu’il semble qu’ils soient la voix de la nature, qui réclame ses droits. Ils sont tous légitimes, lorsque les conditions en sont telles, que les deux peuples peuvent se conserver : sans quoi, celle des deux sociétés qui doit périr, privée de sa défense naturelle par la paix, la peut chercher dans la guerre. ¶Car la nature, qui a établi les différens dégrés de force & de foiblesse parmi les hommes, a encore souvent égalé la foiblesse à la force par le désespoir.

Lettres Persanes

LETTRE XCII.

Usbek au même.

Les Magistrats doivent rendre la justice de Citoyen à Citoyen : chaque Peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre Peuple. Dans cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d’autres maximes que dans la premiere.

De Peuple à Peuple il est rarement besoin de tiers pour juger ; parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs, & faciles à terminer. Les interêts de deux Nations sont ordinairement si separez, qu’il ne faut qu’aimer la justice pour la trouver ; on ne peut gueres se prévenir dans sa propre cause.

Il n’en est pas de même des differens, qui arrivent entre particuliers. Comme ils vivent en Societé, leurs interêts sont si mêlez & si confondus : il y en a de tant de sortes differentes, qu’il est nécessaire qu’un tiers débrouille ce que la cupidité des parties cherche à obscurcir.

Il n’y a que deux sortes de guerres justes 1  : les unes, qui se font pour repousser un Ennemi, qui attaque : les autres pour secourir un Allié, qui est attaqué.

Il n’y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles particulieres du Prince ; à moins que le Cas ne fût si grave, qu’il meritât la mort du Prince, ou du Peuple qui l’a commis. Ainsi un Prince ne peut faire la guerre, parce qu’on lui aura refusé un honneur, qui lui est dû, ou parce qu’on aura eu quelque procedé peu convenable à l’égard de ses Ambassadeurs, & autres choses pareilles ; non plus qu’un particulier ne peut tuer celui, qui lui refuse le pas . La raison en est que comme la declaration de guerre doit être un acte de Justice, dans laquelle il faut toujours que la peine soit proportionnée à la faute ; il faut voir si celui, à qui on declare la guerre, merite la mort. Car faire la guerre à quelqu’un, c’est vouloir le punir de mort.

Dans le Droit public l’acte de Justice le plus severe, c’est la guerre ; puisque son but est la destruction de la Societé 2 .

Les represailles sont du second degré. C’est une Loi que les Tribunaux n’ont pû s’empêcher d’observer, de mesurer la peine par le crime 3 .

Un troisieme acte de Justice, est de priver un Prince des avantages, qu’il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine à l’offense.

Le quatrieme acte de Justice, qui doit être le plus frequent, est la renonciation à l’alliance du Peuple, dont on a à se plaindre. Cette peine répond à celle du bannissement établie dans les Tribunaux, qui retranche les coupables de la Societé. Ainsi un Prince, à l’alliance duquel nous renonçons, est retranché par là de notre Societé, & n’est plus un de nos Membres .

On ne peut pas faire de plus grand affront à un Prince, que de renoncer à son alliance, ni lui faire de plus grand honneur, que de la contracter. Il n’y a rien parmi les hommes, qui leur soit plus glorieux, & même plus utile, que d’en voir d’autres toujours attentifs à leur conservation.

Mais pour que l’alliance nous lie, il faut qu’elle soit juste : ainsi une Alliance faite entre deux Nations pour en opprimer une troisieme, n’est pas legitime, & on peut la violer sans crime.

Il n’est pas même de l’honneur, & de la dignité du Prince de s’allier avec un Tyran. On dit qu’un Monarque d’Egypte fit avertir le Roi de Samos de sa cruauté, & de sa tyrannie ; & le somma de s’en corriger : comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu’il renonçoit à son amitié, & à son alliance 4 .

Le Droit de Conquête n’est point un Droit 5 . Une Societé ne peut être fondée que sur la volonté des Associez : si elle est détruite par la Conquête, le Peuple redevient libre : il n’y a plus de nouvelle Societé ; & si le Vainqueur en veut former, c’est une tyrannie 6 .

A l’égard des Traitez de Paix, ils ne sont jamais legitimes, lorsqu’ils ordonnent une cession, ou dedommagement plus considerable, que le dommage causé : autrement c’est une pure violence, contre laquelle on peut toujours revenir : à moins que pour ravoir ce qu’on a perdu, on ne soit obligé de se servir de moyens si violens, qu’il en arrive un mal plus grand que le bien, que l’on en doit retirer.

Voilà, cher Rhedi, ce que j’appelle le Droit Public ; voilà le Droit des Gens, ou plutôt celui de la Raison.

A Paris le 4. de la Lune de Zilhagé 1716.




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1 Voir une analyse plus complexe dans L’Esprit des lois (X, 2), où la définition de la « guerre juste » est plus large, puisqu’elle inclut les guerres préventives.

2 Dans L’Esprit des lois (X, 4), Montesquieu condamnera la destruction de la société, alors qu’il estime parfois légitime celle de l’État.

3 C’est, à l’échelle des États, une sorte de loi du talion : cf. L’Esprit des lois, XII, 4.

4 Amasis renonça à l’amitié de Polycrate, dont il prévoyait les malheurs à venir, d’après Diodore de Sicile, Bibliothèque historique , I (in fine), dont Montesquieu possédait deux traductions latines, Bâle, 1531 et 1548 ( Catalogue , n os 2776 et 2777 ; trad. Terrasson, 1737, t. I, p. 200).

5 Voir L’Esprit des lois (X, 3), « Du droit de conquête », mais justement pour affirmer que « lorsque la Conquête est faite, le Conquérant n’a plus le droit de tuer ».

6 La version de 1758 est plus nuancée, peut-être en raison de l’étude que Montesquieu a menée en 1747-1748 (et au-delà) sur la conquête de la Gaule par les Francs, qui lui est apparue comme un modèle de sagesse et de modération, alors qu’en 1721 il en avait une image simplifiée : voir Lettre 125, in fine et L’Esprit des lois, X, 3 (sur la manière dont par leurs lois, les barbares vainqueurs des Romains « firent du Barbare & du Romain des concitoyens ») et 4 (« C’est à un Conquérant à réparer une partie des maux qu’il a faits. Je définis ainsi le droit de Conquête : un droit nécessaire, légitime & malheureux, qui laisse toûjours à payer une dette immense, pour s’acquiter envers la Nature humaine. »).