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VAR1 Œ58 valent la

VAR2 C d’examiner cette foule de gens qui y abordoit sans cesse, et qui me présentoit

VAR2 Œ58 d’étudier cette foule de gens qui y abordoient sans cesse, & qui me présentoient

VAR3 a et

VAR4 a me trouverés peut-être, luy dis-je, plus de curiosité que de politesse ; mais permettés que je vous fasse quelques questions : car je suis au desespoir de n’être au fait de rien, et de ne demeller les moeurs, ny les caracteres

VAR5 a donné bien de fois la torture ; mais je

VAR5 b, c, Œ58 donné deux cens fois la torture ; & je

VAR6 a je vous diray tout ce que je scauray me répondit-il, vous etes un home discret

VAR7 a a une politesse generalle

VAR8 C, Œ58 dis-je, qu’on

VAR9 C, Œ58 il est

VAR10 C, Œ58 mais qui parle

VAR11 B, C, Œ58 [recte] aimés

VAR12 b, c, Œ58 qu’ils ont

VAR13 C, Œ58 hommes

VAR14 C, Œ58 de si bonne

VAR15 C, Œ58 les vices sont plus rafinés ; & peut-être en est-il

VAR16 a [phrase biffée]

VAR17 B monté la

VAR18 B, C, Œ58 [recte] racontera ses aventures le

VAR19 C, Œ58 pourquoi, lui

VAR20 B, C, Œ58 s’est retreci

VAR21 C, Œ58 l’habitude des

VAR22 a d’oû qu’il

VAR23 a Dans ce moment

VAR24 a instant

VAR25 C, Œ58 ne sera pas de bonne humeur

VAR26 a une seule et

VAR27 B de me perdre

Lettres Persanes

LETTRE XLVI.

Usbek à Rhedi.
A Venise.

Ceux qui aiment à s’instruire ne sont jamais oisifs : quoique je ne sois chargé d’aucune affaire importante, je suis cependant dans une occupation continuelle. Je passe ma vie à examiner : j’écris le soir ce que j’ai remarqué, ce que j’ai vû, ce que j’ai entendu dans la journée : tout m’interesse, tout m’étonne : je suis comme un enfant dont les organes encor tendres sont vivement frappez par les moindres objets.

Tu ne le croirois pas peut-être, nous sommes reçus agreablement dans toutes les Compagnies, & dans toutes les Societés : je crois devoir beaucoup à l’esprit vif, & à la gayeté naturelle de Rica, qui fait qu’il recherche tout le monde, & qu’il en est également recherché : notre air étranger n’offense plus personne, nous jouïssons même de la surprise où l’on est, de nous trouver quelque politesse 1  : car les François n’imaginent pas que notre Climat produise des hommes 2  : cependant, il faut l’avouër, ils valent bien la peine qu’on les détrompe.

J’ai passé quelques jours dans une maison de campagne auprès de Paris, chez un homme de consideration 3 , qui est ravi d’avoir de la Compagnie chez lui : il a une femme fort aimable, & qui joint à une grande modestie une gayeté, que la vie retirée ôte toujours à nos Dames de Perse.

Etranger que j’étois, je n’avois rien de mieux à faire que d’étudier selon ma coûtume sur cette foule de gens, qui y abordoit sans cesse, dont les caracteres me presentoient toujours quelque chose de nouveau. Je remarquai d’abord un homme dont la simplicité me plut ; je m’attachai à lui ; il s’attacha à moi, de sorte que nous nous trouvions toujours l’un auprès de l’autre.

Un jour que dans un grand cercle nous nous entretenions en particulier, laissant les conversations generales à elles-mêmes : Vous trouverez peut-être en moi, lui dis-je, plus de curiosité, que de politesse : mais je vous supplie d’agréer que je vous fasse quelques questions : car je m’ennuye de n’être au fait de rien, & de vivre avec des gens, que je ne sçaurois demêler  : mon esprit travaille depuis deux jours : il n’y a pas un seul de ces hommes, qui ne m’ait donné la torture plus de deux cens fois ; & cependant je ne les devinerois de mille ans ; ils me sont plus invisibles que les femmes de notre grand Monarque. Vous n’avez qu’à dire, me répondit-il, & je vous instruirai de tout ce que vous souhaitterez ; d’autant mieux que je vous crois homme discret , & que vous n’abuserez pas de ma confiance.

Qui est cet homme, lui dis-je, qui nous a tant parlé des repas qu’il a donnez aux Grands, qui est si familier avec vos Ducs, & qui parle si souvent à vos Ministres qu’on me dit être d’un accès si difficile ? Il faut bien que ce soit un homme de qualité : mais il a la physionomie si basse, qu’il ne fait gueres honneur aux gens de qualité 4  : & d’ailleurs je ne lui trouve point d’éducation. Je suis étranger, mais il me semble qu’il y a en general une certaine politesse commune à toutes les Nations, je ne lui trouve point de celle-là ; est-ce que vos gens de qualité sont plus mal élevés que les autres ? Cet homme, me répondit-il en riant, est un fermier 5  : il est autant au dessus des autres par ses richesses, qu’il est au dessous de tout le monde par sa naissance : il auroit la meilleure table de Paris, s’il pouvoit se resoudre à ne manger jamais chez lui 6  : il est bien impertinent 7 comme vous voyez ; mais il excelle par son Cuisinier ; aussi n’en est-il pas ingrat ; car vous avez entendu qu’il l’a loüé tout aujourd’hui.

Et ce gros homme vêtu de noir, lui dis-je, que cette Dame a fait placer auprès d’elle ? Comment a-t-il un habit si lugubre avec un air si gai, & un teint si fleuri 8  ? Il sourit gracieusement dès qu’on lui parle ; sa parure est plus modeste, mais plus arrangée que celle de vos femmes. C’est, me répondit-il, un Predicateur, & qui pis est, un Directeur 9  : tel que vous le voyez, il en sçait plus que les maris : il connoît le foible des femmes ; elles sçavent aussi qu’il a le sien. Comment, dis-je ? Il parle toujours de quelque chose, qu’il appelle la Grace ? Non pas toujours, me répondit-il : à l’oreille d’une jolie femme il parle encore plus volontiers de sa chute : il foudroye en public ; mais il est doux comme un Agneau en particulier. Il me semble, dis-je pour lors, qu’on le distingue beaucoup, & qu’on a de grands égards pour lui. Comment si on le distingue ? C’est un homme necessaire 10  ; il fait la douceur de la vie retirée ; petits conseils, soins officieux, visites marquées 11  ; il dissipe un mal de tête mieux qu’homme du monde ; c’est un homme excellent.

Mais si je ne vous importune pas, dites-moi qui est celui qui est vis à vis de nous ; qui est si mal habillé ; qui fait quelquefois des grimaces, & a un langage different des autres ; qui n’a pas d’esprit pour parler, mais parle pour avoir de l’esprit ? C’est, me répondit-il, un Poëte, & le grotesque du Genre Humain 12  : ces gens-là disent qu’ils sont nez ce qu’ils sont 13  ; cela est vrai, & aussi ce qu’ils seront toute leur vie, c’est à dire, presque toujours, les plus ridicules de tous les hommes : aussi ne les épargne-t-on point ; on verse sur eux le mépris à pleines mains : la famine a fait entrer celui-ci dans cette maison ; & il y est bien reçu du Maître, & de la Maîtresse, dont la bonté, & la politesse ne se dementent à l’égard de personne : il fit leur Epithalame lorsqu’ils se marierent : c’est ce qu’il a fait de mieux en sa vie ; car il s’est trouvé que le Mariage a été aussi heureux qu’il l’a predit.

Vous ne le croiriez pas peut-être, ajoûta-t-il, entêté comme vous êtes des préjugez de l’Orient ; il y a parmi nous des Mariages heureux ; & des femmes, dont la Vertu est un gardien severe. Les gens dont nous parlons goûtent entr’eux une paix, qui ne peut être troublée ; ils sont animez & estimez de tout le monde : il n’y a qu’une chose ; c’est que leur bonté naturelle leur fait recevoir chez eux toute sorte de monde ; ce qui fait qu’il y a quelquefois mauvaise compagnie : ce n’est pas que je les desaprouve ; il faut vivre avec les gens tels qu’ils sont 14  : les gens qu’on dit être de bonne compagnie ne sont souvent que ceux, dont le vice est plus rafiné ; & peut-être qu’il en est comme des poisons, dont les plus subtils sont aussi les plus dangereux .

Et ce vieux homme, lui dis-je tout bas, qui a l’air si chagrin ? Je l’ai pris d’abord pour un étranger : car outre qu’il est habillé autrement que les autres, il censure tout ce qui se fait en France, & n’approuve pas votre Gouvernement. C’est un vieux Guerrier, me dit-il, qui se rend memorable à tous ses Auditeurs par la longueur de ses exploits. Il ne peut souffrir que la France ait gagné des batailles, où il ne se soit pas trouvé, ou qu’on vante un siege, où il n’ait pas monté à la 15 tranchée : il se croit si necessaire à notre Histoire, qu’il s’imagine qu’elle finit, où il a fini : il regarde quelques blessures, qu’il a reçuës, comme la dissolution de la Monarchie : & à la difference de ces Philosophes, qui disent qu’on ne jouït que du present 16 , & que le passé n’est rien ; il ne jouït au contraire que du passé, & n’existe que dans les Campagnes, qu’il a faites : il respire dans les tems, qui se sont écoulez, comme les Heros doivent vivre dans ceux, qui passeront après eux. Mais pourquoi, dis-je, a-t-il quitté le service ? Il ne l’a point quitté, me répondit-il, mais le service l’a quitté, on l’a employé dans une petite place, où il racontera le reste de ses jours : mais il n’ira jamais plus loin ; le chemin des honneurs lui est fermé. Et pourquoi cela, lui dis-je ? Nous avons une maxime en France, me répondit-il, c’est de n’élever jamais les Officiers, dont la patience a langui dans les emplois subalternes 17  : nous les regardons comme des gens, dont l’esprit s’est comme retreci dans les détails ; & qui par une habitude de petites choses, sont devenus incapables des plus grandes : nous croyons qu’un homme, qui n’a pas les qualitez d’un General à trente ans, ne les aura jamais : que celui qui n’a pas ce coup d’œil, qui montre tout d’un coup un terrain de plusieurs lieuës dans toutes ses situations differentes ; cette presence d’esprit, qui fait que dans une victoire, on se sert de tous ses avantages, & dans un échec, de toutes ses ressources, n’acquerra jamais ces talens : C’est pour cela que nous avons des emplois brillans pour ces hommes grands & sublimes, que le Ciel a partagé 18 non seulement d’un cœur, mais aussi d’un genie heroïque ; & des emplois subalternes pour ceux, dont les talens le sont aussi. De ce nombre sont ces gens, qui ont vieilli dans une guerre obscure ; ils ne réüssissent tout au plus qu’à faire ce qu’ils ont fait toute leur vie ; & il ne faut point commencer à les charger dans le tems qu’ils s’affoiblissent.

Un moment après, la curiosité me reprit, & je lui dis : je m’engage à ne vous plus faire de questions, si vous voulez encor souffrir celle-ci. Qui est ce grand jeune homme qui a des cheveux 19 , peu d’esprit, & tant d’impertinence ? D’où vient qu’il parle plus haut que les autres ; & se sçait si bon gré d’être au monde ? C’est un homme à bonnes fortunes, me répondit-il. A ces mots des gens entrerent, d’autres sortirent, on se leva, quelqu’un vint parler à mon Gentilhomme, & je restai aussi peu instruit qu’auparavant. Mais un moment après je ne sçais par quel hazard ce jeune homme se trouva auprès de moi ; & m’adressant la parole : il fait beau ; voudriez-vous, Monsieur, faire un tour dans le parterre ? Je lui répondis le plus civilement qu’il me fut possible ; & nous sortimes ensemble. Je suis venu à la campagne, me dit-il, pour faire plaisir à la maîtresse de la maison, avec laquelle je ne suis pas mal : il y a bien certaine femme dans le monde, qui pestera un peu  ; mais qu’y faire ? je vois les plus jolies femmes de Paris ; mais je ne me fixe pas à une, & je leur en donne bien à garder 20  ; car entre vous & moi je ne vaux pas grand’chose 21 . Apparemment, Monsieur, lui dis-je, que vous avez quelque charge, ou quelque emploi, qui vous empêche d’être plus assidu auprès d’elles. Non, Monsieur, je n’ai d’autre emploi que de faire enrager un mari, ou desesperer un pere : j’aime à allarmer une femme qui croit me tenir, & la mettre à deux doits de ma perte  : nous sommes quelques jeunes gens, qui pârtageons ainsi tout Paris, & l’interessons à nos moindres demarches 22 . A ce que je comprens, lui dis-je, vous faites plus de bruit que le guerrier le plus valeureux ; & vous êtes plus consideré qu’un grave Magistrat. Si vous étiez en Perse vous ne jouïriez pas de tous ces avantages : vous deviendriez plus propre à garder nos Dames qu’à leur plaire. Le feu me monta au visage ; & je crois que pour peu que j’eusse parlé, je n’aurois pû m’empêcher de le brusquer.

Que dis-tu d’un pays, où l’on tolere de pareilles gens, & où l’on laisse vivre un homme, qui fait un tel métier ? Où l’infidelité, la trahison, le rapt, la perfidie, & l’injustice conduisent à la consideration ? Où l’on estime un homme parcequ’il ôte une fille à son pere, une femme à son mari, & trouble les societez les plus douces, & les plus saintes ? Heureux les enfans d’Hali, qui défendent leurs familles de l’opprobre, & de la seduction : la lumiere du jour n’est pas plus pure que le feu 23 , qui brûle dans le cœur de nos femmes : nos filles ne pensent qu’en tremblant au jour, qui doit les priver de cette Vertu, qui les rend semblables aux Anges, & aux Puissances incorporelles 24 . Terre natale, & cherie, sur qui le Soleil jette ses premiers regards ; tu n’es point souillée par les crimes horribles, qui obligent cet Astre à se cacher, dès qu’il paroît dans le noir Occident.

A Paris le 5. de la Lune de Rhamazan 1713.




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1 Ce trait est souligné par Chardin : « Les Persans sont les peuples les plus civilisez de l’ Orient, & les plus grands complimenteurs du monde. Les gens polis parmi eux peuvent aller du pair avec les gens les plus polis de l’Europe. Leur air, leur contenance est la mieux composée, douce , grave, majestueuse , affable, & caressante au possible » (t. IV, p. 108).

2 Écho de la Lettre 28 : « Comment peut-on être Persan ? ».

3 L’expression ne désigne pas nécessairement un noble, à la différence d’ homme de qualité (voir note suivante) : la considération est l’« Estime & […] la reputation, que meritent les bonnes qualitez, ou que la dignité, & les charges attirent. » (Académie, 1718).

4 « De qualité enchérit sur de condition ; car on se sert de cette derniere expression dans l’ordre de la bourgeoisie, & l’on ne peut se servir de l’autre que dans l’ordre de la noblesse. » (Gabriel Girard, Les Synonymes français, Paris, Veuve d’Houry, 1736, p. 104).

5 Depuis 1687 la totalité des revenus du roi était réunie sous ce qu’on appelait la ferme générale, ou consortium d’hommes de finance qui partageait le bail ou contrat de perception passé avec la Couronne. Le parti des finances « est celui où la fortune est toujours […] ample & […] avantageuse pour les richesses. Elles ne sont pas gagnées, à ce qu’on dit, fort innocemment ; mais donnant toute sorte de crédit & de pouvoir dans le Monde, leur faste fait pardonner leur acquêt. » (Challe, Les Illustres Françaises, t. II, p. 16 -17). Voir La Nouvelle École publique des finances, ou l’art de voler sans ailes (1708), où Raymond, fils de paysan, d’abord laquais, meurt fermier général, ou le portrait du maltotier dans l’ Histoire véritable, livre II, OC, t. 9, p. 141 ). Cependant il s’agit plus d’un cliché, ou d’un type littéraire, que d’une réalité : voir Lettre 95, notes 5 et 10. Le type du « laquais-financier », « impossible, sinon impensable » dans la réalité (Daniel Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand siècle , Paris, Fayard, 1984, p. 104), relève du mythe, illustré par La Bruyère (Les Caractères, 11 e éd., 1714, Catalogue , nº 660 ; édition utilisée ici : 9 e édition, Paris, Estienne Michallet, 1716, p. 176-215) et Lesage (Turcaret ) ; sur l’ensemble de cette question, voir Daniel Dessert, p. 98-107.

6 Souvenir de Cléon dans Le Misanthrope (II, 4) :
Célimène : […] c’est à sa table à qui l’on rend visite.
Eliante : Il prend soin d’y servir des mets fort délicats.
Célimène : Oui ; mais je voudrais bien qu’il ne s’y servît pas :
C’est un fort méchant plat que sa sotte personne,
Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu’il donne.

7 « Sot, ridicule, qui n’agit, ou qui ne parle pas selon la raison […] » (Trévoux , 1704).

8 Souvenir de Tartuffe : « Il a l’oreille rouge et le teint bien fleuri » (I, 4).

9 « Confesseur ordinaire d’une personne » (Richelet, 1680, p. 245), ou plus spécifiquement un directeur de conscience. Quelques années plus tard, Marivaux fera de la « femme à directeur » un grand thème du Paysan parvenu (1733-1734), mais La Bruyère l’avait déjà exploité (« Des femmes », Les Caractères , p. 76-113).

10 Voir « De la nécessité d’avoir un Directeur pour entrer & pour marcher dans les voyes de la Dévotion » dans François de Sales, Introduction à la vie dévote , livre I, chap. iv (Paris, 1696, p. 15 -19). C’est ce que recommandent les jésuites.

11 Régulières, réglementaires, ou prévues : Usbek parle des « jeûnes marqués » des chrétiens (Lettre 33), analogues à ceux des musulmans, et Rica de « l’heure marquée » pour son entretien avec le bibliothécaire du couvent (Lettre 129).

12 Si c’est un poète en particulier qui est visé, il pourrait s’agir de Louis Racine, dont La Grâce date de 1720 (Montesquieu notera d’ailleurs dans les Pensées, nº 141, avec la date du 22 décembre 1722, « Le poëme de Racine sur la grâce est ici infiniment admiré et meprisé ») ou de Jean-Baptiste Rousseau, connu à l’époque pour ses odes et ses couplets mordants, dont le même article des Pensées évoque « le feu et le fiel ». Voir la critique du genre poétique dans la Lettre 131 .

13 D’après le proverbe latin Fiunt oratores, nascuntur poetae (on devient orateur, on naît poète).

14 Souvenir de la sagesse de Philinte dans Le Misanthrope (I, 1) : « Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,/J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font. ».

15 La leçon de l’édition B n’est pas absurde (« Monter la trenchée, c’est monter, ou descendre la garde à la trenchée », Furetière, 1690, art. « Trenchée »), mais elle dénature le sens de la phrase.

16 Pascal s’adresse à eux dans les Pensées , nº 80 (Catalogue , nº 415, 1678, p. 182-183).

17 Selon le Dictionnaire des institutions de Marcel Marion, il existait des « officiers de fortune », d’origine roturière, qui pouvaient parvenir au grade de sous-lieutenant ou de major, mais jamais à celui de capitaine ; ils devaient avoir un rôle administratif, mais ne pas commander en campagne (Paris, 1923 ; reprint Paris, Picard, 1976 ; « Officiers de fortune » ; voir aussi l’article « Grades »). Ainsi cette distinction serait fondée en nature : seul l’aristocrate-né aurait le don du commandement.

18 Doté ; partager « se dit aussi de la nature, & des dons qu’elle fait aux uns & aux autres » (Furetière, 1690. t. III).

19 Jean Frédéric Bernard dit à propos des petits-maîtres de l’époque : « L’habillement de leur tête n’est pas moins singulier que celui des femmes : la tête de l’homme du monde est ensevelie dans un amas de cheveux tressés & bouclés ; élevés demi-pied au dessus de front ; la forme en change au moins toutes les années. Ces cheveux postiches sont d’un admirable secours » (Réflexions morales , « Cinquième fragment du philosophe persan », p. 210). Cotolendi de même évoque la perruque des jeunes gens à la mode « avec leurs plumes, & leurs perruques blondes » (« Traduction d’une lettre italienne, écrite par un Sicilien à un de ses amis », p. 418).

20 En donner à garder à quelqu’un  : « C’est à dire, en faire acroire, dire des bourdes & des contes […] » (Richelet, 1680, « Garder »).

21 Chez ce petit-maître, l’expression est sans doute un aveu de sa faiblesse sexuelle. Le verbe est utilisé en ce sens dans l’ Histoire véritable  ; après avoir été un fat présomptueux, le narrateur dans sa vie suivante décide de faire la cour aux femmes vieillies et riches : « [...] j’avois toujours eû pour maxime de commencer par faire connoître ce que je valois. Je n’ignorois pas que les femmes sont trop avares pour se ruiner avec de certaines amans, et que si les hommes les quittent par caprice, elles ne quittent guêre les hommes que par raison. » (Livre II ; OC, t. 8, p. 145).

22 Voir le portrait (plus tardif) par Charles Duclos de « l’homme à bonnes fortunes » : « Il n’y a point de profession, point d’objets d’ambition ou de fortune, point de macerations religieuses qui imposent autant de soins, d’embarras, de peines & d’inquiétudes que la prétention d’être un homme à la mode. Tel s’y livre de dessein formé qui, s’il y étoit condamné, se trouveroit le plus malheureux des hommes. » (1751 ; Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs du xviii e siècle , Paris, 1751, p. 138-139).

23 Souvenir du vers de Racine : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur » (Phèdre, IV, 2) ?

24 La comparaison de la virginité avec l’état des anges, employée souvent par les moralistes catholiques, provient de l’Évangile : « Car après la résurrection, les hommes n’auront point de femmes, ni les femmes de maris : mais ils seront comme les Anges de Dieu dans le ciel. » (Matthieu, XXII, 30).