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VAR1 C, Œ58 ont

VAR2 C, Œ58 Je sçais

VAR3 a il semble que tout leur soit permis depuis la mort du grand eunuque

VAR4 Œ58 qu’elles arrivassent

Lettres Persanes

LETTRE CXLIII.

Solim à Usbek.
A Paris.

Si je gardois plus long-tems le silence, je serois aussi coupable que tous ces criminels, que tu as dans le Serrail.

J’étois le confident du grand Eunuque, le plus fidelle de tes Esclaves. Lors qu’il se vit près de sa fin, il me fit appeller, & me dit ces paroles : Je me meurs, mais le seul chagrin que j’aye en quittant la vie, c’est que mes derniers regards ayent trouvé les femmes de mon Maître criminelles. Le Ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je prevois : puisse après ma mort mon ombre menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, & les intimider encore 1  ! Voilà les clefs de ces redoutables lieux : va les porter au plus vieux des Noirs : mais si après ma mort, il manque de vigilance, songe à en avertir ton Maître. En achevant ces mots, il expira dans mes bras.

Je ne sçais ce qu’il t’écrivit quelque tems avant sa mort sur la conduite de tes femmes 2  : il y a dans le Serrail une Lettre qui auroit porté la terreur avec elle, si elle avoit été ouverte 3  : Celle que tu as écrite depuis a été surprise à trois lieuës d’ici : je ne sçais ce que c’est, tout se tourne malheureusement.

Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenuë : depuis la mort du grand Eunuque, il semble que tout leur soit permis  : La seule Roxane est restée dans le devoir 4 , & conserve de la modestie. On voit les mœurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes cette vertu mâle & severe qui y regnoit autrefois : une joye nouvelle repanduë dans ces lieux, est un témoignage infaillible selon moi de quelque satisfaction nouvelle : dans les plus petites choses je remarque des libertez jusqu’alors inconnuës : il regne même parmi tes esclaves une certaine indolence pour leur devoir, & pour l’observation des regles, qui me surprend : ils n’ont plus ce zele ardent pour ton service, qui sembloit animer tout le Serrail.

Tes femmes ont été huit jours à la campagne 5 , à une de tes maisons les plus abandonnées. On dit que l’esclave qui en a soin, a été gagné, & qu’un jour avant qu’elles n’arrivassent , il avoit fait cacher deux hommes dans un reduit de pierre, qui est dans la muraille de la principale chambre, d’où ils sortoient le soir, lorsque nous étions retirez. Le vieux Eunuque qui est à present à nôtre tête, est un imbecille, à qui l’on fait croire tout ce qu’on veut.

Je suis agité d’une colere vangeresse contre tant de perfidies : & si le Ciel vouloit pour le bien de ton service, que tu me jugeasses capable de gouverner ; je te promets que si tes femmes n’étoient pas vertueuses, au moins elles seroient fidelles.

Du Serrail d’Ispahan le 6. de la Lune de Rebiab 1. 1719.




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1 Lenglet Du Fresnoy dans son Recueil des dissertations et nouvelles sur les apparitions, les visions et les songes (Paris, 1752, 4 vol.) évoque plusieurs cas de revenants rappelant les ordres de leurs maîtres.

2 Voir Lettre 139.

3 Lettre 140. Près de dix-huit mois ont donc été perdus depuis le premier appel à l’action dans la Lettre 139.

4 Comme dans la Lettre 19, Roxane est encore donnée comme exemple d’une vertu exceptionnelle.

5 Voir un épisode semblable à la Lettre 3.