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Lettres Persanes

LETTRE CXLI.

Narsit à Usbek.
A Paris.

Le grand Eunuque vient de mourir 1 , magnifique Seigneur : comme je suis le plus vieux de tes Esclaves ; j’ai pris sa place, jusques à ce que tu ayes fait connoître sur qui tu veux jetter les yeux.

Deux jours après sa mort on m’apporta une de tes Lettres qui lui étoit adressée : je me suis bien gardé de l’ouvrir : je l’ai enveloppée avec respect ; & l’ai serrée, jusques à ce que tu m’ayes fait connoître tes sacrées volontez.

Hier un Esclave vint au milieu de la nuit me dire, qu’il avoit trouvé un jeune homme 2 dans le Serrail : je me levai ; j’examinai la chose ; & je trouvai que c’étoit une vision.

Je te baise les pieds, sublime Seigneur ; & je te prie de compter sur mon zele, mon experience, & ma vieillesse.

Du Serrail d’Ispahan le 5. de la Lune de Gemmadi 1. 1718 3 .




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1 « […] je suis vieux », avait dit le premier eunuque sept ans plus tôt (Lettre 9).

2 Voir Lettre 139 et Lettre 149.

3 Cette lettre répond à la Lettre 140en moins de cinq mois. De même, la Lettre 140 qui est certainement une réponse immédiate à la Lettre 139 la suit de cinq mois et dix jours. Usbek dit dans la Lettre 147 : « j’attens quelquefois six mois entiers des nouvelles du Serrail » ; mais en fait il n’y a que peu de cas où l’intervalle dépasse cinq mois, et un seul cas ou il dépasse six mois (voir Lettre 41, note 1).