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Éditions fictions poesies lettres persanes LETTRE CXXXVII

Variantes réduire la fenêtre

VAR1 B interne

VAR2 Œ58 tour pour un

VAR3 C, Œ58 Ce que tu m’accordes

VAR4 C, Œ58 jusqu’à ce qu’une puissance

VAR5 c [passage supprimé]

VAR5 Œ58 [passage supprimé, mais reproduit en note et ainsi justifié]  : L’auteur, dans le manuscrit qu’il avoit confié de son vivant aux libraires, a jugé à propos de faire des retranchemens. On n’a pas cru devoir en priver le lecteur, qui les trouvera ici en notes.

VAR6 a, b depuis trente-cinq jours ne dormoit point

VAR7 a [(f. 54v)] quelqu'un de ces livres que je vous achetois autrefois pour une vielle tante

VAR7 a [(f. 55r)] quelque vieux livre de devotion que vous n'ayés pas pu vendre

VAR7 b quelques vieux livres de devotion que vous n'ayes pas pu vendre

VAR8 a du Pere Rodriguez

VAR8 Œ58 du R. P.& Rodriguès

VAR9 a Caussin. [Là-dessus]

VAR9 b, c [passage non repris]

VAR10 Œ58 affoiblie

VAR11 a voir[.]

VAR11 b, c [La fin de la Lettre 137 est supprimée et remplacée par la Lettre Supplémentaire 7 ]

VAR11 Œ58 [note : Voyez la note de la page précédente] [voir variante  ; toute la fin de la lettre est reproduite en note.]

VAR12 a [§ supprimés]

VAR13 Œ58 faites-la infuser

VAR14 a, b [§ supprimé]

VAR14 Œ58 [...] teigne [...]

VAR15 a, b [§ supprimé]

VAR16 a, b [les quatre paragraphes suivants sont supprimés]

Lettres Persanes

LETTRE CXXXVII.

Rica à Nathanael Levi,
Medecin Juif à Livourne 1 .

Tu me demandes ce que je pense de la vertu des Amulettes, & de la puissance des Talismans. Pourquoi t’adresses-tu à moi ? Tu ès Juif, & je suis Mahometan ; c’est-à-dire que nous sommes tous deux bien credules 2 .

Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du Saint Alcoran ; j’attache à mes bras un petit paquet, où sont écrits les noms de plus de deux cens Dervis : Ceux d’Ali, de Fatmé, & de tous les purs sont cachez en plus de vint endroits de mes habits 3 .

Cependant je ne desapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que l’on attribuë à de certaines paroles : il nous est bien plus difficile de répondre à leurs raisonnemens, qu’à eux de répondre à nos experiences.

Je porte tous ces chiffons sacrez par une longue habitude, pour me conformer à une pratique universelle : je crois que s’ils n’ont pas plus de vertu que les bagues & les autres ornemens dont on se pare, ils n’en ont pas moins : mais toi tu mets toute ta confiance sur quelques lettres mysterieuses 4  ; & sans cette sauvegarde, tu serois dans un effroi continuel.

Les hommes sont bien malheureux : ils flottent sans cesse entre de fausses esperances & des craintes ridicules : & au lieu de s’appuyer sur la Raison, ils se font des monstres qui les intimident, ou des fantômes qui les seduisent.

Quel effet veux-tu que produise l’arrangement de certaines lettres ? Quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler ? Quelle relation ont-elles avec les vents, pour appaiser les tempêtes ; avec la poudre à Canon, pour en vaincre l’effort ; avec ce que les Medecins appellent l’humeur peccante, & la cause morbifique des maladies, pour les guerir ?

Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que ceux qui fatiguent leur Raison pour lui faire rapporter de certains évenemens à des vertus occultes, n’ont pas un moindre effort à faire, pour s’empêcher d’en voir la veritable cause.

Tu me diras que de certains prestiges 5 ont fait gagner une bataille : & moi je te dirai qu’il faut que tu t’aveugles, pour ne pas trouver dans la situation du terrain ; dans le nombre, ou dans le courage des Soldats ; dans l’experience des Capitaines, des causes suffisantes pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause.

Je te passe pour un moment qu’il y ait des prestiges : passe-moi à mon tour un moment qu’il n’y en ait point ; car cela n’est pas impossible : Cette concession que tu me fais , n’empêche pas que deux armées ne puissent se battre : veux-tu que dans ce cas-là, aucune des deux ne puisse remporter la victoire ?

Crois-tu que leur sort restera incertain jusques à ce [que] 6 quelque puissance invisible vienne le déterminer ? que tous les coups seront perdus, toute la prudence vaine, & tout le courage inutile ?

Penses-tu que la mort dans ces occasions renduë presente de mille manieres, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs paniques, que tu as tant de peine à expliquer ? Veux-tu que dans une armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme timide ? Crois-tu que le decouragement de celui-ci, ne puisse pas produire le decouragement d’un autre ; que le second qui quitte un troisieme, ne lui fasse pas bien-tôt abandonner un quatrieme ? Il n’en faut pas davantage pour que le desespoir de vaincre saisisse soudain toute une armée, & la saisisse d’autant plus facilement qu’elle se trouve plus nombreuse.

Tout le monde sçait & tout le monde sent que les hommes, comme toutes les Creatures qui tendent à conserver leur Etre, aiment passionnément la vie. On sçait cela en general, & on cherche pourquoi dans une certaine occasion particuliere ils ont craint de la perdre ?

Quoique les Livres Sacrez de toutes les Nations soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n’imagine rien de si frivole ; parce que pour s’assûrer qu’un effet, qui peut être produit par cent mille causes naturelles, est surnaturel ; il faut avoir auparavant examiné, si aucune de ces causes n’a agi, ce qui est impossible.

Je ne t’en dirai pas davantage, Nathanaël ; il me semble que la matiere ne merite pas d’être si serieusement traitée.

De Paris le 20. de la Lune de Chahban 1720.

P.S. Comme je finissois, j’ai entendu crier dans la ruë une Lettre d’un Medecin de Province à un Medecin de Paris (car ici toutes les bagatelles s’impriment, se publient, & s’achettent) : j’ai cru que je ferois bien de te l’envoyer, parce qu’elle a du rapport à notre sujet 7  ; il y a bien des choses que je n’entens pas : mais toi qui ès Medecin, tu dois entendre le langage de tes Confreres.

LETTRE
d’un Medecin de Province à un Medecin de Paris.

Il y avoit dans notre Ville un malade, qui ne dormoit point depuis trente-cinq jours  : son Medecin lui ordonna l’Opium : mais il ne pouvoit se resoudre à le prendre ; & il avoit la coupe à la main, qu’il étoit plus indeterminé que jamais : enfin il dit à son Medecin. Monsieur je vous demande quartier seulement jusqu’à demain : je connois un homme qui n’exerce pas la Medecine, mais qui a chez lui un nombre innombrable de remedes contre l’insomnie ; souffrez que je l’envoye querir, & si je ne dors pas cette nuit, je vous promets que je reviendrai à vous. Le Medecin congedié, le malade fit fermer les rideaux, & dit à un petit laquais : tien, va-t-en chez Mr. Anis 8 , & dis lui qu’il vienne me parler. Mr. Anis arrive : Mon cher Mr. Anis, je me meurs ; je ne puis dormir ; n’auriez-vous point dans votre boutique la C. du G. 9 ou bien quelque Livre de devotion composé par un R. P. J. 10 que vous n’ayez pas pû vendre. Car souvent les remedes les plus gardez sont les meilleurs. Monsieur, dit le Libraire, j’ai chez moi la Cour Sainte du Pere Caussin 11 en six volumes à votre service ; je vais vous l’envoyer : je souhaite que vous vous en trouviez bien : si vous voulez les Oeuvres du Reverend Pere Rodriguez Jesuite Espagnol 12  ; ne vous en faites faute : mais croyez-moi, tenons-nous-en au Pere Caussin, j’espere avec l’aide de Dieu, qu’une periode du Pere Caussin vous fera autant d’effet, qu’un feuillet tout entier de la C. du G. Là-dessus Mr. Anis sortit, & courut chercher le remede à sa Boutique. La Cour sainte arrive ; on en secouë la poudre ; le fils du malade jeune Ecolier commence à la lire ; il en sentit le premier l’effet, à la seconde page il ne prononçoit plus que d’une voix mal articulée, & déja toute la Compagnie se sentoit affoiblir ; un instant après tout ronfla excepté le malade, qui après avoir été longtems éprouvé, s’assoupit à la fin.

Le Medecin arrive de grand matin : Eh bien a-t-on pris mon Opium ? On ne lui répond rien : la femme, la fille, le petit garçon tous transportez de joye lui montrent le Pere Caussin. Il demande ce que c’est : on lui dit : vive le Pere Caussin ; il faut l’envoyer relier : qui l’eût dit ? Qui l’eût cru ? C’est un miracle : tenez, Monsieur, voyez donc le Pere Caussin ; c’est ce volume-là qui a fait dormir mon pere : & là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s’étoit passée.

Le Medecin étoit un homme subtil, rempli des mysteres de la Cabale, & de la puissance des paroles & des Esprits : cela le frappa ; & après plusieurs reflexions il resolut de changer absolument sa pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une experience, il faut la pousser plus loin. Eh pourquoi un Esprit ne pourroit-il pas transmettre à son Ouvrage, les mêmes qualitez, qu’il a lui-même ? Ne le voyons-nous pas tous les jours ? Au moins cela vaut-il bien la peine de l’essayer : je suis las des Apoticaires : leurs Sirops, leurs Juleps 13 , & toutes les Drogues Galeniques 14 ruinent les malades & leur santé : changeons de methode ; éprouvons la vertu des Esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle Pharmacie, comme vous allez voir par la description que je vous vais faire des principaux remedes qu’il mit en pratique.

Tisanne purgative.

Prenez trois feuilles de la Logique d’Aristote en Grec 15  ; deux feuilles d’un Traité de Theologie Scholastique le plus aigu, comme par exemple du subtil Scot 16  ; quatre de Paracelse ; une d’Avicenne ; six d’Averroës ; trois de Porphire ; autant de Plotin ; autant de Jamblique 17  : faites infuser le tout pendant 24. heures ; & prenez-en quatre prises par jour.

Purgatif plus violent.

Prenez dix A**. du C***. concernant la B**. & la C**. des I.** 18 , faites les distiller au bain Marie ; mortifiez 19 une goute de l’humeur acre & piquante qui en viendra dans un verre d’eau commune : avalez le tout avec confiance.

Vomitif.

Prenez six Harangues, une douzaine d’Oraisons funebres indifferemment, prenant garde pourtant de ne point se servir de celles de Mr. de N. 20  ; un Recueil de nouveaux Operas, cinquante Romans, trente Memoires nouveaux : mettez le tout dans un matras 21 , laissez-le en digestion pendant deux jours, puis faites-le distiller au feu de sable 22  : & si tout cela ne suffit pas

Autre plus puissant.

Prenez une feuille de Papier marbré 23 , qui ait servi à couvrir un Recueil des pieces des J. F 24  : faites l’infuser l’espace de trois minutes, faites chauffer une cuillerée de cette infusion, & avalez.

Remede très-simple pour guerir de l’Asthme.

Lisez tous les Ouvrages du Reverend Pere Maimbourg ci-devant Jesuite 25 , prenant garde de ne vous arrêter qu’à la fin de chaque periode, & vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à peu, sans qu’il soit besoin de réïterer le remede.

Pour preserver de la Galle, Gratelle 26 , Tigne 27 , farcin des Chevaux 28 .

Prenez trois Categories d’Aristote 29  ; deux degrez Metaphysiques 30  ; une Distinction 31 , six Vers de Chapelain 32  ; une Phrase tirée des Lettres de Mr. l’Abbé de St. Cyran 33  : Ecrivez le tout sur un morceau de Papier, que vous plierez, attacherez à un ruban, & porterez au Col 34 .

Miraculum Chymicum de violenta fermentatione cum fumo, igne, & flammâ.

Misce Quesnellianam infusionem 35 , cum infusione Lallemaniana 36  : fiat fermentatio cum magnâ vi, impetu, & tonitru, acidis pugnantibus, & invicem penetrantibus alcalinos sales : fiet Evaporatio ardentium spirituum : pone liquorem fermentatum in Alembico : nihil inde extrahes, & nihil invenies, nisi caput mortuum 37 .

Lenitivum 38

Recipe Molinæ 39 Anodini chartas duas ; Escobaris relaxativi paginas sex 40  ; Vasquii emollientis folium unum 41  : infunde in aquæ communis lb iiij ad consumptionem dimidiæ partis colentur & exprimantur ; & in expressione dissolve Bauni detersivi 42 , & Tamburini abluentis folia iii 43 .

Fiat Clister.

In Clorosim, quam vulgus pallidos Colores 44 , aut febrim amatoriam appelat 45 .

Recipe Aretini figuras quatuor 46  ; R. Thomæ Sanchii de Matrimonio folia ii. 47 infundantur in aquæ communis libras quinque.

Fiat ptisana aperiens.

Voilà les Drogues, que notre Medecin mit en pratique, avec un succès imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses malades, employer des remedes rares, & qui ne se trouvent presque point ; comme par exemple, une Epître dedicatoire, qui n’ait fait bâiller personne ; une Preface trop courte ; un Mandement fait par un Evêque ; & l’Ouvrage d’un Janseniste meprisé par un Janseniste, ou bien admiré par un Jesuite : Il disoit que ces sortes de remedes ne sont propres qu’à entretenir la Charlatanerie, contre laquelle il avoit une antipathie insurmontable.




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1 Un Nathanaël apparaît dans l’évangile de Jean (I, 43). Sans être forcément répandu, le prénom est clairement identifié comme juif.

2 Mais pas plus que le naïf amateur de curiosités antiques ou les victimes du vendeur de vent de la lettre précédente.

3 « Mais les Persans sont […] possedez de la manie des Talismans, & des Amulettes […] Je n’ai pas vû d’homme en Perse qui ne portât sur lui des Amulettes, & il y en a qui en sont tout chargez ; ils les portent aux bras & pendus au col […] Enfin comme la superstition est sans bornes, ils en attachent par tout, & pour toute sorte de sujet […] ils portent ces papiers pliez & enfermez dans de petits sacs grand comme le bout du pouce. Ces inscriptions sont des passages de l’Alcoran, ou des sentences de Saints ou Prophetes, ou des rebus de la Cabale […] Ils se servent beaucoup de ces Remédes Magiques & d’autres semblables dans les maladies, durant lesquelles ils se vouënt non seulement à tous leurs Saints, mais aussi à des Saints de toutes Religions […] » (Chardin, t. V, p. 145-146 ; voir aussi t. II, p. 288-289) Les juifs portent des phylactères et attachent à leurs portes des parchemins ; mais les amulettes évoquent également les médailles catholiques, ou encore des reliques, comme celles que Louis XIV avait coutume, dit-on, de porter sur lui à la fin de sa vie (Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, 1775, chap. xxviii, t. II, p. 143).

4 Allusion peut-être aussi à la Cabale, dont les pratiquants « s’appliquent principalement à la combinaison de certains mots, de certaines lettres, de certains nombres, par le moyen desquels ils se vantent de découvrir les choses futures, & de pénétrer le sens de plusieurs passages difficiles de l’Ecriture […] » (Calmet, Dictionnaire […] de la Bible , t. I, p. 174).

5 « Illusion par sortilége » (Académie , 1694).

6 Nous rétablissons le texte tel qu’il figure dans les Cahiers de corrections  : soit Montesquieu ne s’est pas aperçu que ce mot manquait, soit l’exemplaire sur lequel il travaillait avait été corrigé en ce sens.

7 Les éditeurs de 1758 (voir variantes 5 et 11) utilisent le même procédé que dans la Lettre 109 (voir variante 6 et note 12), sans que les motifs paraissent identiques puisque les passages supprimés relèvent ici du registre satirique et que les attaques portent plus sur des auteurs (de surcroît appartenant au passé) que sur la religion elle-même ; leur causticité peut néanmoins justifier une demande expresse de correction de la part des autorités. L’affirmation selon laquelle Montesquieu « avoit confié de son vivant aux libraires » son manuscrit est sans vraisemblance (voir notre introduction) : elle sert plutôt à cautionner le procédé.

8 Jean Anisson (1642-1721), libraire lyonnais qui s’installa en 1691 à Paris et devint directeur de l’Imprimerie royale du Louvre. Son catalogue était effectivement riche d’auteurs sérieux : Bossuet, Cicéron, Du Cange ; voir Bibliographia Anissoniana […] ad annum 1724 , Lyon, 1724.

9 « Les éditeurs anciens, » écrit Madeleine Laurain-Portemer, « suivis non sans hésitation par les modernes, ont traduit ces derniers sigles par Connaissance du globe où ils ont cru reconnaître un traité du géographe Pierre Du Val dont Montesquieu possédait un exemplaire à la Brède » (voir Pierre Duval, Catalogue , n o 2622)  ; mais en regardant bien le Grand Cahier de corrections (f. 54 v ), elle déchiffre trois mots biffés qui sont Corruption du goût (« Le dossier des Lettres persanes  : notes sur les cahiers de corrections », Revue historique de Bordeaux 12, 1963, p. 55-56 ; rééd. Revue Montesquieu n o 6, 2002, p. 71- 107). Il s’agit donc du fameux traité de M me Dacier, Des causes de la corruption du goût (1714 ; cf. Lettre 131, note 4) ; selon M. Laurain-Portemer, Montesquieu aurait camouflé ce titre parce que M me Dacier venait de mourir au moment où furent publiées les Lettres persanes (17 août 1720) ; mais l’événement datait de plusieurs mois, et Montesquieu n’avait aucune raison d’épargner cette femme d’un autre siècle, qu’il ne connaissait pas. Il faut plutôt voir là une tendance qui s’affirmera dans L’Esprit des lois : la répugnance à nommer les personnes contre lesquelles s’exerce la critique ; voir par exemple le nouvelliste « feu M. l. C. d. L. » (Lettre 124).

10 Révérend Père jésuite.

11 Nicolas Caussin (1583-1651), auteur de La Cour sainte ou institution chrétienne des grands (Paris, Chapelet, 1625).

12 Alonso Rodríguez (1526-1616), auteur de l’ Exercicio de Perfección , ouvrage traduit comme Pratique de la perfection des vertus (Paris, Chastellain, 1636 ; Catalogue , nº 638).

13 « Potion medicinale faite avec des eaux distillées, & autres ingredients. » (Académie , 1694).

14 La pharmacie galénique, fondée sur l’usage du principe actif des plantes, est couramment opposée à la médecine chimique ; ici elle semble plutôt désigner toute action limitée au corps du patient, par opposition moins à l’hygiène hippocratique qu’à une théorie plus générale de l’homme qui refuse de dissocier le corps et les « esprits ».

15 Montesquieu, comme la plupart de ses contemporains instruits, ne pratique Aristote que dans des éditions bilingues grec-latin, ou des traductions latines ou françaises : voir Catalogue , n os 1398-1401. Dans L’Esprit des lois il utilisera la traduction latine de Lambin : voir Bibliothèque virtuelle Montesquieu , « Une nouvelle analyse ».

16 « Un esprit subtil, est celuy qui comprend aisément les choses. […] Scot a esté appellé dans l’Escole le Docteur subtil. » (Furetière, 1690, art. « Subtil ») John Duns Scot (1265-1308), franciscain, fut professeur à Oxford, Paris et Cologne ; il occupa une position dominante dans son ordre ; sa conception de Dieu divisa la scholastique en thomisme et scotisme.

17 Le point commun de la plupart de ces philosophes, que Montesquieu ne connaissait peut-être pas tous de première main, est qu’ils apparaissent comme les plus subtils des penseurs, mais aussi comme des commentateurs redoublant la complexité des auteurs auxquels ils s’appliquent.

18 Dix arrêts du Conseil concernant la Banque et la Compagnie des Indes, selon les éditeurs des Lettres persanes , Antoine Adam (Genève, Droz, 1954) et Paul Vernière (Paris, Classiques Garnier, 1960) ? Ou « concernant la Bulle et la Constitution des jésuites » (Lettres persanes , Henri Barckhausen éd., Paris, Imprimerie nationale, 1897) ? Si l’on peut hésiter entre « Constitution » et « Compagnie », il semble néanmoins que l’interprétation proposée par Barckhausen soit plus conforme à « l’humeur âcre & piquante » évoquée ensuite ; cette interprétation justifierait à elle seule que Montesquieu ait été incité à supprimer une lettre qui sans cela serait plus burlesque que dangereuse.

19 « Mortifier. verb. act. Alterer un corps naturel, le rendre plus tendre, plus mol. […] On mortifie les drogues par infusion. » (Furetière, 1690, art. « Mortifier »).

20 Sans doute Esprit Fléchier, évêque de Nîmes.

21 « Vaisseau de verre dont se servent les Chymistes pour leurs distillations et autres operations. » Furetière, 1690, art. « Matras »).

22 « [F]eu de sable, ou bain de sable, est quand on place dans un fourneau un vaisseau de verre ou de grez sur du sable, & qu’on l’en entoure aux côtez jusques environ la hauteur de la matiere qu’il contient, afin que le feu ne donne point immédiatement sur le vaisseau, ce qui pouroit le faire casser. », Nicolas Lémery, Pharmacopée universelle , 2 e éd., Paris, Laurent d’Houry, 1716 ( Catalogue , nº 1305), « Ignis arenæ », p. 37.

23 « Le papier marbré, est un papier peint de diverses nuances, ou de différentes couleurs », qui « se fait en appliquant une feuille de papier sur de l’eau où on a détrempé diverses couleurs avec de l’huile & du fiel de bœuf » (Encyclopédie , t. XI, 1765, p. 859a, « Papier marbré (Arts ) ») ; il est utilisé pour des pages de garde.

24 Les Jeux Floraux de Toulouse.

25 Louis Maimbourg (1610-1686), prédicateur et historien, reçut du pape en 1681 l’ordre de quitter la compagnie, pour avoir pris la défense des libertés anglicanes ; voir Bayle, Dictionnaire historique et critique , « Maimbourg », t. II, 1 re partie, p. 501. Montesquieu possédait certains de ses ouvrages ( Catalogue , n os 236, 2996, 2997) ; sa conception de l’histoire dans les Romains est à l’opposé de celle de Maimbourg (voir OC, t 2, p. 261, 272, 275, 281). Cf. Bernard Lamy, La Rhétorique ou l’art de parler (1675 ; Amsterdam, Paul Marret, 1712), livre IV, chap. XIV (« Quel doit être le stile des Historiens », p . 339) : « Le stile d’un Historien doit être coupé, dégagé de longues phrases, & de ces périodes qui tiennent l’esprit en suspens. ».

26 « Maladie du cuir qui fait que le sang picote, & que la chair demange, en sorte qu’il en vient de petites galles seches. » (Furetière, 1690, art. « Gratelle »).

27 Furetière donne tigne ou teigne .

28 « Maladie des chevaux, ou des boeufs. C’est un venin ou corruption du sang qui paroist en forme de boutons ou de cordes le long des veines, & par des ulceres qu’on guerit à peine en y faisant entrer un fer ardent. » (Furetière, 1690, art. « Farcin »).

29 « Categorie. Terme de Logique, ou Predicament. C’est une division de tous les estres selon qu’ils sont en la nature, & qu’on les conçoit dans son esprit, pour les ranger par ordre en diverses classes, & en avoir une connoissance moins confuse. Les anciens Philosophes ont la plus-part établi dix Categories aprés Aristote, la Substance, la Quantité, la Qualité, la Relation, l’Action, la Passion, le Temps, le Lieu, la Situation, l’Habitude ou la Disposition. D’autres n’en ont admis que deux, la Substance, & l’Accident. » (Furetière, 1690, art. « Categorie »).

30 « Terme de Philosophie. On entend par-là les différentes propriétés ou perfections d’une même chose, & on les appelle dégrés, parce que l’on monte de la plus simple & la plus générale à la plus parfaite & la plus composée, qui renferme toutes les précédentes. Par exemple : Etre, substance, vivant, animalité, rationabilité. Gradus metaphysici. On demande en Philosophie quelle distinction il faut admettre entre les dégrés métaphysiques. » (Trévoux, 1752, article « Dégré métaphysique »).

31 Voir Lettre 27, note 13.

32 Sa Pucelle ou la France délivrée (1656) avait subi les virulents sarcasmes de Boileau.

33 Montesquieu possède plusieurs ouvrages de cette figure majeure du jansénisme (Catalogue , n os 389 et 612).

34 Voir les « amulettes » et « talismans » dont il était question au début de la lettre.

35 Le Nouveau Testament en français avec des réflexions morales sur chaque verset (1693 ; Catalogue , nº 35) de Pasquier Quesnel (1634-1719) contribua beaucoup à susciter la bulle Unigenitus , qui condamne cent quinze propositions extraites de son ouvrage ; voir Lettre 22, note 14.

36 Plusieurs jésuites portèrent ce nom, mais il s’agit ici de Jacques Philippe Lallemant (1660-1748), qui écrivit Le Père Quesnel séditieux dans ses Réflexions sur le Nouveau Testament (1704). Jésuites et jansénistes sont donc renvoyés dos à dos.

37 « Miracle chimique issu de fermentation violente avec fumée, feu & flamme. Mêlez une infusion de Quesnel & une infusion de Lallemant. Que s’opère une fermentation d’une grande violence, avec choc & bruit fracassant, les acides & les sels alcalins se combattant & se pénétrant mutuellement ; il se produira une évaporation des esprits ardents : placez le liquide fermenté dans un alambic ; on n’en tirera rien, & on n’y trouvera rien sinon une tête morte. » Cette dernière expression a un sens particulier en chimie, où l’« on appelle tête morte, le marc qui demeure des corps dont on a tiré par la distillation, ou par autre voie, toute l’humidité & les sels. » (Trévoux, 1704, article « Teste »).

38 « Remède lénitif. Prenez deux feuilles de Molina, calmant ; six pages d’Escobar, laxatif ; un feuillet de Vasquez, émollient ; versez dans quatre livres d’eau ordinaire. Filtrez-les & faites-leur rendre leur jus jusqu’à réduction de moitié. Dans ce jus dissolvez trois feuilles de Bauny, détersif, & de Tamburini, purifiant. Prenez-le en clystère. ».

39 Louis Molina (1553-1601), jésuite espagnol et auteur du Liberi arbitrii cum gratiae donis, diuina praescientia, prouidentia, praedestinatione et reprobatione concordia , qui suscita l’opposition des jansénistes en défendant l’idée de la grâce suffisante.

40 Antonio Escobar (1589 ?-1669) est un casuiste espagnol dont la Summa theologiae moralis (1659 ; Catalogue , nº 404) lui avait valu cinquante-deux mentions dans les Provinciales de Pascal. Selon Racine, sa théologie morale « est comme le précis de toutes les abominations des Casuistes » (Abrégé de l’histoire de Port-Royal , 1699 ; Vienne et Paris, 1767, p. 182).

41 Gabriel Vazquez Vazquez, S. J., dit l’« Augustin de l’Espagne » (1549-1604).

42 Etienne Bauny (1564-1649), S. J., auteur d’une Somme des péchés qui se commettent en tous états (1630), manuel à l’usage des confesseurs qui connut plusieurs éditions et fut mis à l’Index en 1640 (Carlos Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus , Bruxelles-Paris 1890, t. I, col. 1058–1959). Il est lui aussi très largement brocardé par les Provinciales ; voir ci-dessus, Lettre 27.

43 Il ne s’agit sans doute pas de Michel-Ange Tamburini (1648-1730), général des jésuites depuis 1706 et opposé au cartésianisme, mais plutôt de Tommaso Tamburini (1591-1675), autre jésuite, auteur d’une Explicatio Decalogi (1659) et de nombreux autres ouvrages de théologie, qui suscitèrent de violentes controverses.

44 « Les filles […] qui sont trop amoureuses ont les pasles couleurs » (Furetière, 1690, « Couleur »).

45 « Contre la chlorose, vulgairement appelée “pâles couleurs” ou “maladie d’amour”. Prenez quatre illustrations de l’Arétin, deux feuilles du Révérend Tomás Sánchez, Du mariage ; versez-les dans cinq livres d’eau ordinaire. Prenez cela en tisane apéritive. »

46 Pietro Aretino, dit L’Arétin (1492-1557), « renommé par ses écrits sales & satiriques », a écrit les Sonetti lussuriosi et les Ragionamenti , où il « traite des desordres des Nones, des Femmes mariées, & des filles de joie. » (Bayle, Dictionnaire historique et critique , « Aretin (Pierre) », remarque I, 1697, t. I, p. 342 et p. 345,). Son ouvrage De omnibus Veneris schematibus est « un recueil contenant seize figures deshonnêtes gravées par le fameux Marc Antoine de Boulogne d’après les desseins de Jules Romain, au bas de chacune desquelles étoit un Sonnet de l’Aretin » (ibid., remarque I , 1715 , t. I, p. 332).

47 Tomás Sánchez casuiste espagnol, a écrit le De sancto matrimonii sacramento (1603) ou De matrimonio, où il traite de tous les cas de conscience concernant le mariage. « Ce prodigieux volume […] contient un examen tres subtil de toutes les impuretés imaginables ; c’est un cloaque qui renferme des choses horribles & qu’on n’oseroit dire. » (Pierre Jurieu, citant Petrus Aurelius, dans Histoire du calvinisme et celle du papisme mises en parallèle , Rotterdam, Reinier Leers, 1683, p. 150) Cf. Lettre 75 , note 20 et Lettre 128, note 9.