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VAR10 Œ58 d'affaire

VAR11 Œ58 a

Lettres Persanes

LETTRE CXXXVI.

Rica à Usbek.
A ***.

Voici une Lettre, que je reçus hier d’un Sçavant ; elle te paroîtra singuliere.

Monsieur,

Il y a six mois que j’ai recueilli la succession d’un Oncle très-riche, qui m’a laissé cinq ou six cens mille livres, & une maison superbement meublée. Il y a plaisir d’avoir du bien lorsqu’on en sçait faire un bon usage. Je n’ai point d’ambition, ni de goût pour les plaisirs : je suis presque toujours enfermé dans un Cabinet, où je mene la vie d’un Sçavant ; c’est dans ce lieu que l’on trouve un curieux amateur de la venerable antiquité 1 .

Lorsque mon Oncle eut fermé les yeux, j’aurois fort souhaité de le faire enterrer avec les Céremonies observées par les anciens Grecs, & Romains : mais je n’avois pour lors ni Lachrymatoires, ni Urnes, ni Lampes antiques.

Mais depuis je me suis bien pourvû de ces precieuses raretez : il y a quelques jours que je vendis ma vaisselle d’argent pour acheter une lampe de terre, qui avoit servi à un Philosophe Stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces, dont mon Oncle avoit couvert presque tous les murs de ses apartemens, pour avoir un petit miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l’usage de Virgile 2  : je suis charmé d’y voir ma figure representée, au lieu de celle du Cigne de Mantoüe. Ce n’est pas tout : j’ai acheté cent Louïs d’Or cinq ou six pieces de monnoye de cuivre, qui avoit cours il y a deux mille ans 3 . Je ne sçache pas avoir à present dans ma maison un seul meuble, qui n’ait été fait avant la decadence de l’Empire. J’ai un petit Cabinet de Manuscrits fort precieux, & fort chers : quoi que je me tuë la vuë à les lire, j’aime beaucoup mieux m’en servir, que des exemplaires imprimez, qui ne sont pas si corrects, & que tout le monde a entre les mains 4 . Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas d’avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins, qui étoient du tems des Romains 5 . Il y en a un qui est près de chez moi, qu’un Proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cens ans. lorsque je vais à ma maison de campagne ; je ne manque jamais d’y passer, quoi qu’il soit très-incommode, & qu’il m’allonge de plus d’une lieuë : Mais ce qui me fait enrager ; c’est qu’on y a mis des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer l’éloignement des Villes voisines : je suis desesperé de voir ces miserables Indices, au lieu des Colonnes milliaires, qui y étoient autrefois : je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes Heritiers, & que je ne les engage à cette depense par mon Testament. Si vous avez, Monsieur, quelque Manuscrit Persan, vous me ferez plaisir de m’en accommoder : je vous le payerai tout ce que vous voudrez ; & je vous donnerai par dessus le marché quelques Ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point un membre inutile de la République des Lettres : Vous y remarquerez entr’autres une Dissertation, où je prouve que la Couronne dont on se servoit autrefois dans les triomphes, étoit de chêne, & non pas de laurier : vous en admirerez une autre, où je prouve par de doctes conjectures tirées des plus graves Auteurs Grecs, que Cambyses fut blessé à la jambe gauche, & non pas à la droite : une autre, où je prouve qu’un petit front étoit une beauté très-recherchée par les Romains. Je vous enverrai encore un Volume in Quarto, en forme d’explication d’un Vers du sixieme Livre de l’Eneide de Virgile 6  : vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours : & quant à present, je me contente de vous envoyer ce fragment d’un ancien Mythologiste Grec, qui n’avoit point paru jusques ici ; & que j’ai découvert dans la poussiere d’une Bibliotheque. Je vous quitte pour une affaire importante que j’ai sur les bras : il s’agit de restituer un beau passage de Pline le Naturaliste, que les Copistes du cinquieme siecle ont étrangement defiguré 7 . Je suis, &c.

Fragmens d’un ancien Mythologiste.

Dans une Isle près des Orcades il nâquit un enfant, qui avoit pour pere Eole Dieu des Vents, & pour mere une Nymphe de Caledonie 8 . On dit de lui qu’il apprit tout seul à compter avec ses doigts, & que dès l’âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les metaux, que sa mere ayant voulu lui donner une bague de laiton, au lieu d’une d’or ; il reconnut la tromperie, & la jetta par terre.

Dès qu’il fut grand, son pere lui apprit le secret d’enfermer les Vents dans une Outre, qu’il vendoit ensuite à tous les Voyageurs : mais comme la marchandise n’étoit pas fort prisée dans son Pays, il le quitta, & se mit à courir le monde, en compagnie de l’aveugle Dieu du Hazard 9 .

Il apprit dans ses voyages que dans la Betique l’or reluisoit de toutes parts : cela fit qu’il y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de Saturne, qui regnoit pour lors : mais ce Dieu ayant quitté la terre ; il s’avisa d’aller dans tous les Carrefours, où il crioit sans cesse d’une voix rauque : Peuples de Betique 10 , vous croyez être riches, parce que vous avez de l’or & de l’argent ; votre erreur me fait pitié : croyez-moi, quittez le Pays des vils métaux ; venez dans l’Empire de l’Imagination, & je vous promets des richesses, qui vous étonneront vous-mêmes. Aussi-tôt il ouvrit une grande partie des Outres qu’il avoit apportées, & il distribua de sa marchandise à qui en voulut 11 .

Le lendemain il revint dans les mêmes Carrefours, & il s’écria : Peuples de Betique, voulez-vous être riches ? Imaginez-vous que je le suis beaucoup, & que vous l’êtes beaucoup aussi : mettez-vous tous les matins dans l’esprit, que votre fortune a doublé pendant la nuit : levez-vous ensuite, & si vous avez des Créanciers, allez-les payer de ce que vous aurez imaginé ; & dites-leur d’imaginer à leur tour.

Il reparut quelques jours après, & il parla ainsi : Peuples de Betique, je vois bien que votre imagination n’est pas si vive, que les premiers jours : laissez-vous conduire à la mienne : je mettrai tous les matins devant vos yeux un écriteau, qui sera pour vous la source des richesses : vous n’y verrez que quatre paroles ; mais elles seront bien significatives : car elles regleront la dot de vos femmes, la legitime de vos enfans 12 , le nombre de vos domestiques : & quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui étoient le plus près de lui ; quant à vous, mes chers enfans, je puis vous appeller de ce nom, car vous avez reçu de moi une seconde naissance ; mon écriteau décidera de la magnificence de vos équipages, de la somptuosité de vos Festins, du nombre & de la pension de vos maîtresses.

A quelques jours de là il arriva dans le Carrefour tout essoufflé, & transporté de colere il s’écria : Peuples de Betique ; je vous avois conseillé d’imaginer, & je vois que vous ne le faites pas : Eh bien à present je vous l’ordonne 13 . Là-dessus il les quitta brusquement : mais la reflexion le rappella sur ses pas. J’apprens que quelques-uns de vous sont assez detestables pour conserver leur or, & leur argent : encore passe pour l’argent ; mais pour de l’or.... pour de l’or.... Ah cela me met dans une indignation.... Je jure par mes Outres sacrées, que s’ils ne viennent me l’apporter, je les punirai severement 14  : puis il ajoûta d’un air tout-à-fait persuasif : croyez-vous que ce soit pour garder ces miserables metaux, que je vous les demande ? Une marque de ma candeur, c’est que lorsque vous me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis sur le champ la moitié 15 .

Le lendemain on l’apperçut de loin, & on le vit s’insinuer avec une voix douce & flatteuse : Peuples de Betique, j’apprens que vous avez une partie de vos tresors dans les Pays étrangers 16  ; je vous prie, faites-les moi venir, vous me ferez plaisir, & je vous en aurai une reconnoissance éternelle.

Le fils d’Eole parloit à des gens qui n’avoient pas grande envie de rire ; ils ne purent pourtant s’en empêcher, ce qui fit qu’il s’en retourna bien confus : mais reprenant courage, il hazarda encore une petite priere. Je sçais que vous avez des pierres precieuses : au nom de Jupiter, défaites-vous-en 17  ; rien ne vous appauvrit comme ces sortes de choses ; défaites-vous-en, vous dis-je ; si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d’affaires excellens : que de richesses vont couler chez vous, si vous faites ce que je vous conseille ! Oui, je vous promets tout ce qu’il y aura de plus pur dans mes Outres.

Enfin il monta sur un treteau, & prenant une voix plus assurée, il dit : Peuples de Betique, j’ai comparé l’heureux état dans lequel vous êtes, avec celui, où je vous trouvai, lorsque j’arrivai ici : je vous vois le plus riche Peuple de la terre ; mais pour achever votre fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. A ces mots, d’une aile legere le fils d’Eole disparut, & laissa ses Auditeurs dans une consternation inexprimable 18  ; ce qui fit qu’il revint le lendemain, & parla ainsi : Je m’aperçus hier que mon discours vous deplut extremement. Eh bien prenez que je ne vous aye rien dit 19  : il est vrai, la moitié c’est trop ; il n’y a qu’à prendre d’autres expediens pour arriver au but, que je me suis proposé : assemblons nos richesses dans un même endroit ; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un gros Volume : aussi-tôt il en disparut les trois quarts 20 .

A Paris le 9. de la Lune de Chahban. 1720.




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1 L’Espion turc (IV, 20, p. 79-82), à l’occasion de la découverte du tombeau de Chilpéric, envoie à son correspondant un cabinet d’antiquités – mais sans ironie aucune. Alors que depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle, les « antiquaires » fondent la science du passé sur l’observation et la classification des objets, mis en relation avec les textes (ce dont témoigne la toute récente et fameuse Antiquité représentée en figures de Dom Montfaucon, 1719 – elle aurait été terminée dès 1711 – Catalogue , nº 3224, achetée postérieurement), ce « savant » n’est en fait qu’un amateur de curiosités, désireux de constituer un cabinet de « précieuses raretés » hétéroclites, à une époque tournant qui verra bientôt (1720-1750) les « coquilles » l’emporter sur les médailles (Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux , Paris, Gallimard, 1987). On peut penser à plusieurs modèles : Montfaucon lui-même (voir aussi la note suivante), le père Hardouin (voir ci-dessous note 7) – voire Fréret, qui s’était voué entièrement à l’Antiquité : tous savants d’envergure, et non riches amateurs trop crédules, mais qu’une passion exclusive pour leur science et la minutie de leurs recherches pouvaient aisément désigner aux sarcasmes de leurs contemporains. En revanche ce ne peut être Caylus, qui ne se consacre à l’Antiquité que bien plus tard, et qui justement dénonce ces collections de type archaïque (voir Alain Schnapp, La Conquête du passé. Aux origines de l’archéologie, Paris, Carré, 1993).

2 On en montrait un à l’abbaye de Saint-Denis ; Dom Montfaucon (selon Montesquieu, qui l’a confondu avec Dom Mabillon) l’aurait cassé : voir Spicilège , nº 387 (« J’ai oui dire que les benedictins employerent d’abord don Bernard de Montfaucon a montrer le tresor de s t Denis[.] qu’il disoit qu’il s’accomodoit assés de ce poste excepté qu’il estoit un peu mal adroit de facon qu’il avoit une fois cassé un miroir de Virgile »).

3 Montesquieu n’en possédait pas moins plusieurs ouvrages de numismatique (Catalogue , n os 3216-3236), dont un récent, celui du père Banduri (1718), acheté au prix (élevé) de soixante livres en mai 1720 ; la « science des médailles » est en vogue dans la mesure où elle offre des témoignages moins corrompus et plus sûrs que les textes, et se prête bien à la collection. Voir Alain Schnapp, La Conquête du passé. Aux origines de l’archéologie, p. 182-189.

4 Avant la fin du XVIIIe siècle, le recours aux manuscrits pour l’établissement des textes antiques n’est pas systématique, le travail des philologues humanistes apparaissant généralement comme la meilleure base dont on puisse partir. Ce qui semble normal au xxi e siècle pouvait être considéré comme présomptueux et inutile au XVIIIe.

5 La collecte d’informations sur les bornes milliaires ou les voies romaines devait donner lieu, mais plus tard, à plusieurs interventions de Fréret à l’Académie des inscriptions.

6 C’est le principe de la satire de Thémiseul de Saint-Hyacinthe, Le Chef-d’œuvre d’un inconnu (La Haye, 1714), qui doit être replacée dans le droit fil de la Querelle d’Homère (Henri Duranton éd., Publications de l’université de Saint-Étienne, 1991, p. 13).

7 Le père Hardouin. Son édition de Pline l’Ancien (1685), dans la collection Ad usum Delphini, fait date. La seconde, monumentale, devra attendre 1723 pour paraître enfin ( Catalogue , nº 1809 ; l’extrait de cette édition qui figure parmi les manuscrits de Montesquieu [Ms 2626/16] est en fait de son fils, et a été exclu pour cette raison des Extraits et notes de lecture II, OC, t. 17). Hardouin s’était aussi déconsidéré par des propositions délirantes sur la littérature antique, qu’il jugeait presque entièrement apocryphe (voir Jean Sgard, « Et si les Anciens étaient modernes… le système du P. Hardouin », D’un siècle à l’autre : Anciens et Modernes , Marseille, 1987, p. 209-219) : Montesquieu le tient pour un fou (Pensées , n os 872 et 1881 ; Spicilège , nº 589 : « Il avoit la credulité d’un enfant, l’audace d’un jeune homme et les réveries d’un viellard. »). Mais si c’est le pointillisme qui est ici visé, on peut penser à ses premières interventions dans le Journal des savants en 1681, ou à bien d’autres travaux d’érudits dans le même périodique.

8 Nom romain de l’Écosse. John Law était né à Édimbourg en 1671 ; son père était orfèvre et banquier.

9 Grand joueur, Law usa avec succès du calcul des probabilités, mais sans doute plus à l’égard des changes que dans les jeux proprement dits (voir Lettre 129). On trouve sa trace en France en 1692, 1695 (auprès de la cour de Saint-Germain), 1707, à Gênes et à Venise, enfin en Hollande (1712) ; il est fixé en France en 1714. En décembre 1713, il entre en contact avec le contrôleur général Desmaretz. La mort du roi et surtout l’opposition de Rouillé de Coudray firent capoter son projet de banque, présenté au Conseil dès octobre 1715. C’est en août 1719 que le Système commença à s’établir véritablement (Edgar Faure, La Banqueroute de Law, Paris, Gallimard, 1977, p. 90).

10 Dans l’Antiquité, la Bétique était une des deux provinces romaines d’Espagne, correspondant à peu près à l’Andalousie, et peut aussi désigner l’ensemble de la péninsule ibérique, dont les richesses minières avaient attiré les conquérants (voir Diodore de Sicile, V, 35-38, et Pline l’Ancien, XXXIII, XXI [78]). L’Espagne, enrichie en principe, mais appauvrie de fait par l’afflux des métaux précieux d’Amérique (voir Lettre 18, Lettre 102, Lettre 114, Lettre 130), n’est ainsi désignée que fugitivement, puisque c’est de la France qu’il est question ici. Mais on pense aussi aux campagnes idylliques de la Bétique des Aventures de Télémaque  : le contraste avec la simplicité patriarcale, gage de bonheur, qui règne chez Fénelon est manifeste (Fénelon, Œuvres , Jacques Le Brun éd., Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 1997, livre VII).

11 Il s’agit « soit des actions rentières au porteur, soit des contrats de constitution de rente » sur la Compagnie des Indes, à partir de la fin d’août 1719, en une « structure sans défaut » selon Edgar Faure (La Banqueroute de Law, p. 225-226). Les premières réactions sont enthousiastes, le cours escompté pour les titres de la Compagnie étant censé connaître une augmentation de 2 000%.

12 « Legitime. s. f. Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu’on ne les en peut priver par une disposition contraire. La legitime des enfans selon la Coustume de Paris, est la moitié de ce que chacun auroit eu ab intestat. » (Furetière, 1690, art. « Legitime »).

13 L’arrêt du 28 janvier 1720 ordonne le cours forcé immédiat des billets de banque et force les dépositaires d’espèces ou de métaux précieux à les remettre aux Monnaies (La Banqueroute de Law , p. 327-330).

14 L’arrêt du 11 mars 1720 prévoit pour le 1 er mai la disparition de l’or comme monnaie, l’argent seul étant conservé (sixième d’écu et livre d’argent, et louis d’argent ou tiers d’écus créés par édit du 15 mars ; ibid., p. 358-391.

15 L’arrêt du 3 décembre 1719 dévalue les monnaies métalliques, alors que depuis le 1 er décembre les espèces ne sont plus reçues à la Banque (ibid., p. 276-278).

16 Une ordonnance du 20 juin ordonne aux sujets du roi de rapatrier les fonds placés à l’étranger (ibid., p. 475).

17 Une déclaration du 4 février 1720 interdit le port de diamants, perles et autres pierres précieuses ; d’autres (18 février) limitent l’emploi des métaux précieux en orfèvrerie. Les interdictions sont réitérées le 4 juillet dans le contexte déflationniste qui suit la crise du 21 mai (ibid., p. 324 et 475).

18 L’arrêt du 21 mai 1720, après le préambule habituel évoquant la situation catastrophique héritée du feu roi, diminua la valeur des actions et des billets de 50%, selon un échéancier de six mois (ibid., p. 428-431), à la stupéfaction générale, le secret ayant été bien gardé. Montesquieu traitera pleinement de cette épisode dans un développement recueilli dans les Pensées , n o 1610 (Textes repris dans les ).

19 Le 29 mai, par un édit peut-être préparé par Law lui-même, mais ne portant pas son nom, sont réintroduites les monnaies d’or et d’argent. Le retour de l’or est confirmé par la fabrication de nouvelles pièces (17 juin 1720), tandis que la rente est restaurée.

20 « Entre le 20 et le 30 juillet, Law remet au Régent un texte qui a été publié sous le titre de Mémoire sur le discrédit , préconisant divers débouchés destinés à absorber les trois quarts des billets » – qui en fait sont retirés le 15 août, selon un échéancier détaillé, le projet du Mémoire étant finalement abandonné (ibid., p. 497 et suiv.). Mais peut-être l’allusion concerne-t-elle plutôt l’arrêt du 15 septembre, qui réduit de trois quarts les comptes en banque (ibid., p. 509-513), ce qui suscite les plus vives réactions.