Autres sites sur
Montesquieu
HAUTHAUT

Du manuscrit à l’édition

Sommaire

Le Catalogue manuscrit de la bibliothèque du château de La Brède constitue à ce jour le principal document sur les lectures de Montesquieu. D’autres sources apparaissent comme prometteuses, mais elles sont peu fiables : les inventaires des livres dressés à La Brède les 24 février et 10 mai 1756 et signalés dans le dossier sur les successions de Montesquieu et de Jeanne de Lartigue (Ms 2720/1) seraient évidemment du plus haut intérêt ; mais on n’en a pas trouvé trace. On ne peut par ailleurs faire aucun fond sur le témoignage de Gustave Brunet, qui prétend en avoir tenu un en main 1 . C’est donc là une piste fermée – on peut douter qu’elle soit un jour ouverte.

Description

Ce Catalogue 2 mérite donc toute notre attention. Il est entré à la bibliothèque municipale de Bordeaux en 1994 : il faisait partie de la dation Jacqueline de Chabannes, et porte désormais la cote Ms 2539. Il se présente sous la forme imposante d’un volume de 614 pages (la pagination est d’origine), haut de 45,5 cm, large de 29,5 ; la reliure, en veau, porte d’importantes marques d’usure. La numérisation permet désormais d’en apprécier tous les détails matériels 3 .

La première page, mais aussi l’ensemble du volume ont été copieusement annotés par des lecteurs du XIXe et du XXe siècle, en particulier par celui qui le premier en envisagea la publication : Raymond Céleste, bibliothécaire de la Ville de Bordeaux, a fait figurer en face de chaque notice plusieurs numéros, en fonction de ses décomptes successifs, ainsi que des remarques sur certains ouvrages ; s’étant vu offrir par le baron Charles de Montesquieu, vers la fin de la décennie 1880, la possibilité de travailler dans la bibliothèque du château 4 , au milieu des livres mêmes de Montesquieu, il a aussi recopié des titres qu’il considérait comme manquants dans le Catalogue manuscrit, soit parce qu’effectivement ils n’y figurent pas, soit parce qu’il ne les avait pas repérés, ce qui est beaucoup plus souvent le cas. Ces interventions, ainsi que celles, plus sommaires, qu’ont suscitées les ventes de 1926, doivent être soigneusement identifiées pour ne pas être confondues avec celles des secrétaires de Montesquieu ; mais elles ne seront pas traitées comme de simples signes parasites : elles ont leur utilité, comme on le verra.

Une vingtaine de pages ont été arrachées ou découpées, plusieurs dizaines sont restées vierges. Plus de 3 200 notices y figurent : la présente numérotation, comme celle des éditions précédentes, court jusqu’à 3 236 5 , mais il faut en fait compter tout au plus 3 180 titres 6 . Ces notices ne se succèdent pas régulièrement et uniformément : de larges blancs sont parfois ménagés, signe que le Catalogue était destiné à s’enrichir, mais aussi peut-être à accueillir des notices omises. Elles sont ordonnées par des rubriques thématiques, dont le titre se répète en tête de chaque page, et dont la première occurrence est suivie, dans un grand nombre de cas mais non systématiquement, d’une citation, le plus souvent en latin, qui en met à distance ironiquement le contenu. Ces rubriques fournissent un classement qui, sans être canonique ni refléter les usages des libraires de l’époque, offre apparemment peu de surprise dans sa succession même : aux bibles succèdent les commentateurs… Mais elles entrent parfois dans le plus grand détail : ainsi, à partir des confessions protestante et catholique, elles distinguent théologiens, controversistes et prédicateurs (concionatores), pour terminer avec les « Ascetici ». Plus remarquable encore apparaît le découpage des champs du savoir, non pas dans sa matière même, mais parce que sont opérées des distinctions qui parfois ne valent que pour quelques ouvrages : deux livres représentent l’histoire de la Savoie, un seul celle de Naples, un également celle de la Sicile. Cette précision, digne de remarque (on arrive ainsi à 97 rubriques), se comprend mieux au regard d’une table des matières finale qui permettait de repérer rapidement les ouvrages recherchés en renvoyant aux pages correspondantes.

Les notices, séparées par un trait de plume, sont parfois précédées d’un astérisque 7 , dont nous n’avons pas encore percé la signification. Elles fournissent un nom d’auteur – mais ce n’est pas systématique –, parfois détaché du reste de la notice par ce qui apparaît comme une virgule, ou plutôt une parenthèse fermante ; l’essentiel est évidemment fourni par le titre, toujours accompagné du lieu d’édition (mais pas du nom du libraire, sauf pour quelques elzévirs et dans des cas très particuliers qui seront exploités 8 ), de la date de l’ouvrage et du nombre de volumes, celui-ci étant aligné en fin de ligne : tous éléments permettant à l’utilisateur qu’était Montesquieu d’identifier à coup sûr l’ouvrage. Sont ainsi reproduits les éléments essentiels des pages de titre, que le secrétaire a manifestement sous les yeux ; quand celle-ci manque ou n’est pas conforme aux usages du XVIIIe siècle, la notice est donc très sommaire ; c’est pour cette raison que cinq incunables 9 , invisibles à la simple lecture du Catalogue manuscrit, doivent être restitués. Mais il ne s’agit pas pour autant dans les autres cas d’une copie servile, par ailleurs impossible lorsque le titre est long, comme c’est souvent le cas jusqu’au XVIIIe siècle : les éléments essentiels en sont retenus, et parfois déformés, comme l’est aussi quelquefois le nom de l’auteur, quand il apparaît 10  ; mais de tels écarts sont relativement faibles. En revanche, la comparaison avec les exemplaires subsistants ou tel ouvrage bien connu fait régulièrement apparaître des erreurs de date, en raison de mauvaises lectures des chiffres romains, ainsi que de fréquentes confusions entre in-octavo et in-douze, parfois entre in-quarto et in-folio : comme c’est souvent le cas à l’époque, le format est pris pour une indication sur la taille de l’ouvrage – sans compter des ouvrages curieusement dits « in-6o » ; tous ceux d’entre eux qui ont pu être retrouvés sont en fait des in-douze.

Le secrétaire qui a accompli la majeure partie de ce travail n’a donc rien d’un spécialiste du livre ; mais il travaille sérieusement : il se donne parfois la peine de distinguer les différentes parties qui composent un ouvrage, d’énumérer les titres de recueils factices, de recopier des titres longs ; il connaît le latin, peut-être l’anglais ; il commet finalement peu d’erreurs sur les titres ou les noms d’auteurs ; et si l’ordre alphabétique paraît parfois malmené, c’est parce qu’il faut faire coexister noms d’auteurs et titres d’ouvrages anonymes. Il fournit à peu près 3 000 titres sur plus de 3 200 ; Montesquieu lui-même n’en signale qu’une quarantaine : ce sont les notices les plus sommaires. Les autres secrétaires sont aussi soigneux, voire plus que le premier.

Ce volume n’a pas été complété après la mort de Montesquieu – mais c’est un point sur lequel il faudra revenir, car l’identification des interventions dans le Catalogue de son fils, Jean-Baptiste de Secondat, qui hérita de sa bibliothèque, fait partie des nouveautés de cette édition. Il a été conservé au château de La Brède depuis l’origine : ses dimensions excluent que Montesquieu l’ait emporté avec lui pendant ses séjours à Paris – qu’en aurait-il fait d’ailleurs, s’il n’avait pas sous la main les livres qui y sont décrits ? Ce manuscrit a sans doute été consulté par ses descendants, avant même les projets d’édition de la fin du XIXe siècle dont il a été fait état, et alors même qu’il avait perdu son utilité, en raison de l’accroissement continu de la bibliothèque à l’époque de Jean-Baptiste de Secondat et dans la seconde moitié du XIXe siècle. Mais il est resté intact, et pour ainsi dire prêt à l’emploi.

L’édition et ses progrès

De 1954 à 1999

Ce manuscrit était connu depuis 1954, grâce à Louis Desgraves ; cette première édition, qui constituait une véritable révélation pour les chercheurs, a servi de base à toutes les études qui avaient à traiter des sources et de la formation de Montesquieu. Mais elle n’était pas sans défaut, et méritait même d’être reprise de fond en comble, ce qui a été fait en 1999 : une nouvelle lecture du manuscrit, une distinction claire entre les informations provenant du Catalogue manuscrit et les ajouts d’éditeur, et surtout une sélection rigoureuse de ces ajouts, restreints à ce qui était observable à partir de sources sûres, autrement dit des exemplaires mêmes qu’avait possédés Montesquieu.

Les catalogues des deux ventes de 1926, qui virent la dispersion d’une partie de cette bibliothèque, avaient été utilisés en 1954 ; en 1999 ils ont été repris de manière méthodique, ce qui permettait de compléter les notices, toujours trop sommaires, du Catalogue manuscrit. L’exploitation du fonds de La Brède constituait une des nouveautés les plus remarquables de l’édition de 1999 : désormais, il était possible de mettre en relation, pour plus de 1 500 ouvrages, un titre et un livre, celui-là même, attesté par son ex-libris, que Montesquieu avait tenu en main. On pouvait ainsi ajouter un très grand nombre d’éléments bibliographiques manquants aux titres correspondants du Catalogue manuscrit, mais aussi signaler des ex-libris antérieurs comme de détailler le contenu d’ouvrages composites ou de recueils factices, ou de signaler des discordances, notamment de dates, entre la notice et l’exemplaire – toutes précisions fournies en note. Outre la disparition de toute incertitude d’ordre bibliographique pour la moitié des titres signalés par le Catalogue manuscrit (bien plus si l’on tient compte des catalogues de 1926), cette démarche apportait une autre vision des choses : en renvoyant le lecteur à une collection existante, elle le faisait passer de la reconstitution purement théorique à la confrontation avec la réalité de la bibliothèque.

Une lecture chronologique du Catalogue manuscrit

Depuis l’édition de 1999, outre la nécessité de traquer quelques erreurs résiduelles, il est apparu qu’il fallait tirer un meilleur parti des documents connus et déjà utilisés, et d’abord du Catalogue manuscrit lui-même : grâce aux travaux que nous avons publiés à partir de 2001, il nous a été possible de dater la quasi-totalité des notices du Catalogue manuscrit 11 , et un grand nombre d’ex-libris portés par les ouvrages subsistants. C’était là une voie plus fructueuse encore qu’on ne pouvait l’espérer, d’autant qu’elle n’est pas sans conséquences sur l’ensemble du corpus manuscrit : il suffira de rappeler ici que la datation des interventions du secrétaire D, responsable d’une importante partie de ce corpus, a été fortement modifiée. On peut désormais repérer des strates d’achat (ou plus exactement d’entrée dans le Catalogue manuscrit), et les mettre en relation avec les préoccupations de Montesquieu quand il prépare telle œuvre ou tel livre de L’Esprit des lois. Il est maintenant possible d’appliquer au Catalogue manuscrit ce qui est devenu une des caractéristiques majeures de l’édition des Œuvres complètes : tenter, dans la mesure du possible, d’en restituer la genèse et l’évolution, sans jamais considérer comme une donnée, et donc comme figé, ce qui peut être analysé comme relevant d’un processus, et qui toujours s’inscrit dans une chronologie. En retour, on retire du Catalogue manuscrit de nouveaux enseignements utiles à l’édition même. D’ores et déjà, il est visible que cette édition du Catalogue s’inscrit dans celle des Œuvres complètes : de par la nature même de son support manuscrit, de par sa fonction d’outil permettant de mieux connaître Montesquieu, et comme pivot d’une œuvre qui s’enrichit de son contenu.

Une documentation nouvelle, ou renouvelée

Nous ne revenons pas ici sur ce qui est exposé dans l’introduction générale de la Bibliothèque virtuelle, l’utilisation des notices de bibliothèques et des catalogues de vente de 1926 (Fonctionnement et utilisation), sinon pour dire que l’édition du Catalogue manuscrit ne fait que signaler l’existence de ces apports documentaires, dont le détail apparaît dans la base de données. Mais il importe de signaler que celle-ci modifie le statut de certaines informations antérieures ; ainsi, en 1999 étaient présentés dans des annexes les titres de soixante-quatre ouvrages qui n’avaient pas été inscrits dans le Catalogue manuscrit du vivant de Montesquieu, mais dont on avait trace sur le Catalogue lui-même (de la main du bibliothécaire de Bordeaux, Raymond Céleste, à la fin du XIXe siècle), ou par les ventes de 1926, ou enfin parce qu’ils appartenaient au fonds de La Brède ou qu’on avait conservé une trace. Cette déclinaison n’est plus possible : il s’agit d’ouvrages relevant de plein droit de la base de données, qui ne doivent pas être confondus avec ceux du Catalogue, et dont la référence doit être spécifique, pour rendre compte de l’origine de l’information. Ils apparaîtront prochainement dans la Bibliothèque virtuelle, et et c’est dans la présentation de celle-ci qu’il doit en être rendu compte. Seule exception : l’appendice 5 de 1999 présentait les soixante-huit lots de l’inventaire après décès du 18 février 1755 ; ce document est désormais présenté à part, parmi la Documentation. Plusieurs identifications supplémentaires ont été effectuées, d’autres ont été précisées ; les relations avec le Catalogue ont été maintenues, puisque près de quarante ouvrages semblent correspondre à des notices du Catalogue manuscrit. Ce sont désormais vingt-six ouvrages supplémentaires qui doivent ainsi alimenter la base de données.

Principes de l’édition du Catalogue

Transcription

La plupart des principes d’édition appliqués ici sont identiques à ceux qui sont en vigueur pour l’édition des Œuvres complètes, mais ils doivent bien sûr être adaptés ou complétés en fonction de la nature spécifique du présent document. La transcription des notices est fidèle à l’orthographe et à la ponctuation du manuscrit : ainsi on trouve « oe » et « æ » là où l’usage moderne veut « œ » et « ae » ; mais les lettres i et j, u et v sont distinguées, comme elles l’étaient en pratique à l’époque ; l’usage des majuscules a été uniformisé pour être rendu conforme à l’usage moderne pour les noms propres, les noms de peuples ou en début de phrase ; les parenthèses ont été complétées quand seule la parenthèse ouvrante et fermante avait été tracée.

Contrairement à l’usage reçu pour les Œuvres complètes, les mots biffés n’ont pas été signalés : ils ne correspondent qu’à une erreur du secrétaire et n’ont pas de signification particulière ; en revanche, les notices biffées ont fait l’objet de remarques spécifiques dans les notes, comme certaines particularités (mots ajoutés par une autre main, etc.).

A été conservé un signe pour lequel aucune explication n’a pu être proposée : un astérisque au début de la notice.

Les abréviations ont été uniformisées quand elles décrivent un format (in-4o, in-fol., etc.), ainsi que le nombre de volumes. Dans le manuscrit, cette dernière indication est généralement placée dans une colonne à droite de la page, pour faciliter la lecture et le repérage au fil de pages manuscrites parfois surchargées et désordonnées ; une ligne de points la relie au corps de la notice. Cette présentation, qui n’avait plus de raison d’être dans une version typographique, n’a pas été conservée.

Présentation du Catalogue

La présentation d’ensemble, en répartissant les informations en « blocs » distincts et en réservant notamment au travail éditorial la colonne latérale de droite, distingue clairement par la typographie les ajouts d’éditeur.

Tout ce qui figure dans le Catalogue manuscrit est reproduit dans la partie centrale : numéros des pages, titre des rubriques, citations de Montesquieu, notices.

La pagination d’origine a été conservée ; seule a été ajoutée la mention « Page » ; les pages arrachées et les pages restées vierges sont signalées comme telles, entre crochets.

Dans le manuscrit, les titres de rubrique figurent en haut de page, et sont répétés pour l’ensemble de la rubrique ; c’est ainsi que l’édition les présente, en faisant apparaître en gras la première occurrence.

Toutes les citations, qu’elles accompagnent le titre d’une rubrique ou celui d’une notice, sont autographes ; elles apparaissent en italiques, pour être mieux distinguées des notices. Leur emplacement, au-dessus ou au-dessous d’un titre de rubrique, ou entre les lignes du titre, n’a pas été respecté : seule la place laissée libre sur le papier en avait déterminé l’emplacement. Les références et les traductions, accompagnées parfois d’un commentaire, figurent au-dessous de chaque citation, nettement différenciées typographiquement, ainsi que le renvoi aux autres utilisations de la même citation.

Les notices de la main du secrétaire D, les plus nombreuses, ne portent aucun identifiant. Celles qui sont dues aux secrétaires E, G, H, L, O, ainsi qu’à Montesquieu et à Jean-Baptiste de Secondat (désignés par M et T), sont précédées des lettres correspondantes, en exposant et en capitales.

La chronologie de ces interventions, notablement différente de celle qui avait été reconnue jusqu’à présent, et justifiée dans Genèse du Catalogue et L’enrichissement du Catalogue 12 , est la suivante :

D : 1731-1732 (voire 1733)
E : 1735-1739
T : 1740 ?
G : 1740-1741
H : début 1741
L : août 1743 – printemps 1744
O : 1745 – juin 1746 et novembre 1747
Les interventions de Montesquieu ne peuvent généralement être datées 13 .

Sont intégrées dans les notices ce qui est tiré des autres sources : l’adresse bibliographique et parfois la date de l’ouvrage, toujours appuyées sur une description précise de l’exemplaire ayant appartenu à Montesquieu.

Les renvois suggérés par le Catalogue manuscrit, sous la forme Vid. (Voir), Voy. ou V., suivie du nom d’une rubrique, sont complétés quand le titre se retrouve dans cette rubrique : le numéro ainsi désigné figure entre crochets ; il est cliquable et renvoie directement à cette nouvelle occurrence.

Dans la vedette précédant la notice figure la numérotation ; elle est identique à celle de l’édition de 1999, qui elle-même reprenait celle de 1954 : les références utilisées antérieurement sont donc toujours valables 14 . Mais la présente édition, à la différence de celle de 1999, s’en tient aux 3236 titres du Catalogue manuscrit. Les soixante-quatre titres qui figuraient dans les appendices de l’édition de 1999 ont été éliminés, comme non pertinents, ou apparaissent dans la base de données.

Dans la vedette apparaît aussi le nom d’auteur ou la désignation bibliographique (quand il s’agit de la Bible), conforme aux notices d’autorité de la Bibliothèque nationale de France.

Dans la colonne de droite figurent des commentaires sommaires sur la notice : corrections de mots du titre ou de dates ; signalement de l’exemplaire quand il subsiste ; éventuellement datation simplifiée de l’acquisition ou de l’entrée dans le Catalogue.

Le développement de ces commentaires (justification des datations et des modalités d’acquisition), les corrections plus complexes et les descriptifs bibliographiques, relèvent de la base de données.

Notes

1 « Nous avons eu en notre pouvoir un inventaire fait avec soin peu de temps après le décès de Montesquieu. Il constate que la bibliothèque renfermait alors 1556 ouvrages divers. » (Gustave Brunet, Fantaisies bibliographiques, Paris, J. Gay, 1864, p. 137-144, ici p. 139 ; exemplaire numérisé, Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Q-4816 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5493453w/f147.image). Ce seul chiffre, rapporté aux trois milliers de titres consignés dans le Catalogue, montre soit que le document consulté par Brunet ne correspond en rien à cet inventaire, soit que la bibliothèque avait alors été délestée de la moitié de son contenu – ce qui retirerait à cet inventaire l’essentiel de son intérêt. La suite montre les mêmes faiblesses : elle signale notamment 294 ouvrages pour la théologie (le Catalogue manuscrit en contient près de 650). Le seul intérêt de cette relation est la mention de quelques ouvrages que Brunet a vus sur les rayons mêmes de la bibliothèque et qui permettent d’identifier certains titres du Catalogue manuscrit – encore faut-il en trouver confirmation par d’autres indices.

2 Rappelons que par « Catalogue » (avec majuscule et sans italique), sans autre précision est désigné le catalogue manuscrit ; par Catalogue, la présente édition critique de ce document. Pour faciliter la lecture, nous avons néanmoins utilisé autant que possible l’expression « Catalogue manuscrit » dans le premier cas.

3 Cette numérisation a été réalisée grâce à un partenariat entre la bibliothèque de Bordeaux et l’UMR 5037. La mise à disposition des images fait l’objet d’une convention entre ces deux parties.

4 Voir Un auteur en quête d’éditeurs ? chap. XI-XII.

5 La numérotation des soixante-quatre titres qu’offraient les annexes de l’édition de 1999 (nos 3237-3300) a été supprimée, et le contenu de celles-ci a été entièrement revu – c’est une différence majeure par rapport à cette édition (voir ci-après Une documentation nouvelle, ou renouvelée).

6 On doit exclure les « doublons », ou plutôt répétitions de titres (voir Genèse, « Du répertoire au projet intellectuel »), soit plus de soixante-dix, dont certains ont d’ailleurs pu nous échapper, retirer les numéros non utilisés dus à des erreurs de la première édition (soit seize), tout en ajoutant les numéros « bis » (au nombre de vingt-sept) – il faut donc tabler sur un peu moins de 3 180.

7 Il n’avait pas été remarqué lors des éditions précédentes. Il apparaît 283 fois.

8 Voir Une nouvelle analyse.

9 Ils correspondent aux nos 710, 1383, 2199, 2708, 2364. Deux autres, qui ne figuraient pas dans le Catalogue manuscrit, sont connus grâce à la première vente de 1926 (Ermolao Barbaro, Castigationes Plinianae, et Doctrinal du temps présent, relié avec L’Abusé en court).

10 On verra (L’enrichissement du Catalogue) ce que nous apprennent ces déformations, notamment avec le secrétaire H.

11 Le premier éditeur du Catalogue, Louis Desgraves (Catalogue, 1954), avait fait quelques tentatives en ce sens (p. XVIII-XX et Appendice II) ; dans le compte rendu que Robert Shackleton avait donné de cet ouvrage, celui-ci les avait sévèrement jugées (French Studies 9, 1955, p. 71-75), invalidant quatre-vingt-quinze des attributions de Louis Desgraves, souvent à juste titre ; mais beaucoup de celles que propose Robert Shackleton nous paraissent tout aussi erronées : ainsi qu’il le rappelle dans son compte rendu (p. 72), il ne pouvait se fier alors qu’à ses notes et donc à ses souvenirs, l’accès au Catalogue n’étant pas aussi facile qu’il l’est aujourd’hui. La seconde édition (1999), en collaboration avec Louis Desgraves, était antérieure à nos propres travaux sur les écritures (C. Volpilhac-Auger, L’Atelier de Montesquieu. Manuscrits inédits de La Brède, Naples, Liguori, « Cahiers Montesquieu », 2001 ; voir aussi ci-après). Elle avait évité ce terrain glissant… La présente édition s’appuie sur les travaux réalisés depuis, qui ont renouvelé la question : Rolando Minuti, introduction au manuscrit du Spicilège par (OC, t. 13, 2002) ; C. Volpilhac-Auger, « Une nouvelle “chaîne secrète” de L’Esprit des lois : l’histoire du texte », dans Montesquieu en 2005, SVEC, 2005, p. 83-216 (notamment « De la main à la plume : les secrétaires de Montesquieu. Une mise au point (juillet 2004) »), dans Montesquieu en 2005, C. Volpilhac-Auger dir., Oxford, Voltaire Foundation, 2005, p. 103-152. Les développements concernant les secrétaires antérieurs à la publication de L’Esprit des lois (1748) ont été repris dans l’introduction du tome III des Œuvres complètes, De l’esprit des loix (Manuscrits), Oxford, Voltaire Foundation, 2008.

12 Les dates de début et de fin d’intervention dans le Catalogue manuscrit sont parfois différentes des dates d’activité car il faut tenir compte de la présence de Montesquieu et du secrétaire à La Brède.

13 Voir cependant « Modalités de travail » dans Genèse du Catalogue.

14 Certains numéros ne sont plus utilisés : justification en est donnée dans la colonne de droite.